‹ Etudes sur Hippocrate au point de vue de la méthode dosimétriqueChapitre 22 sur 130 · ONZIEME FAIT · texte numérisé non relu

ONZIEME FAIT

Jugulation de la fièvre jaune ou vomito negro.

Le capitaine du navire Hans, mouillé à l'ancrage de cette ville (Pernambucco, Brésil), me fit appeler le 8 mai (1875), pour le saigner (1). il se plaignait de douleurs de tête, de rachialgie, de douleurs dans les membres, avec fièvre intense, chaleur 40° c, yeux injectés, la face rouge.

N'ayant pas encore l'expérience du traitement dosimétrique dans la fièvre jaune, mais déjà sceptique quant au traitement allopathique, je débutai par la limonade purgative au citrate de magnésie, et, aussitôt l'effet produit, je fis prendre l'aconitine : 1 granule, toutes les demiheures.

Le lendemain, le pouls et la chaleur avaient baissé, mais le thermomètre marquait encore 39° c. Nous ordonnâmes de continuer l'aconitine, mais de quart d'heure en quart d'heure.

Le 10, le pouls et la chaleur avaient baissé sensiblement; la transpiration était très-abondante.

Jepi'escrivis 1 granule d'acide arsénieuxet 1 de valérianate de quinine, d'heure en heure. Le malade, pendant la nuit, vomit plusieurs fois^et eut aussi de selles nombreuses.

Le traitement fut continué le 11. Dans l'après-midi, les vomissements ayant persisté , et le malade les attribuant aux pilules de valérianate de quinine, je les fis suspendre, faisant donner 3 granules de sulfate de strychnine (de 1 milligramme chaque), l'un à six heures, l'autre à minuit, le troisième le matin, ainsi que 2 granules de digitaline à prendre pendant la nuit, conjointement avec 1 granule d'acide arsénieux.

Le 12, les vomissements ayant cessé, les urines allant bien, et le malade ayant eu deux garde-robes pendant la nuit, je suspendis les granules d'acide arsénieux de strychnine, et j'ordonnai 6 granules d'arséniate

(1) Dans les pays chauds, le sang fortement dilaté, distend les vaisseaux et produit ainsi ce que les anciens nommaient •< plethora ad spatbim -. Ou croit (juil n"y a que la saignée pour obvier à ces fausses congestions ; mais après ces évacuations, souvent plus abondantes que de raison, survient un grand affaissement dont la mort est la conséquence. On counaît l'aventure du docteur Sangrado, racontée par Lesage, dans son Gil-Blas ; on croit que c'est une caricature, et cependant c'est une lugubre réalité. Ce vieux chanoine qui meurt parce qu'on ne l'a pas assez saigué et qu'on ne lui a pas fait boire assez d'eau chaude, rappelle les saignées coup sur coup des Sangrados de notre époque. C'est à tel point que les élèves internes se refusaient à ces opérations meurtrières.

de soude et 3 de digitaline par jour : soit 2 d'arséniate de soude et 1 de digitaline, le matin, le midi et à six heures du soir.

La jaunisse se prononça de plus en plus; mais l'état du malade était satisfaisant. Il vint à terre, et je continuai le traitement du 12 toute la journée du 13. Le 14, j'employai seulement 4 granules d'arséniate de soude et 2 granules de digitaline.

Le 15, je continuai les 4 granules d'arséniate de soude et 1 seulement de digitaline, avec trois cuillerées à soupe de vin de cannelle.

Le 16, ce traitement fut continué, et je conseillai au malade départir pour la campagne.

Moi qui ai assisté à beaucoup d'épidémies de lièvre jaune — dernièrement encore à l'hôpital de Pedro II — j'ai vu l'insuffisance de l'allopathie, et je crois que si je n'avais pas employé la méthode dosimétrique, le capitaine du Hans aurait été une nouvelle victime de la maladie. Le traitement a eu lieu à bord, et c'est seulement alors qu'il n'y avait plus de danger que le malade est venu à terre. Il refusa constamment d'aller à l'hôpital ou dans une maison de santé, quoique le navire, véritable foyer d'infection, fût dans une détestable condition pour le traitement d'une pareille maladie. Malgré tout cela, le capitaine du Hans s'est rétabli par les médicaments dosimétriques.

D' JoA Raymund Pereira da Sylva (Pernambucco, Brésil).

Réflexions. — La fièvre jaune est une fièvre bilieuse au maximum; la bile rejetée dans le sang le décompose et, par son alcalinité, altère tous les tissus. Ainsi à l'autopsie on trouve le foie ramolli et ses cellules détruites.

La réaction est violente, les maux de tête et des lombes atroces, le pouls très-accéléré et faible, la chaleur mordicante. Les vomissements ne tardent point à devenir noirs, poisseux, et la peau se couvre de taches noirâtres. En un mot, tous les phénomènes d'une décomposition putride ne tardent point à apparaître. On comprend que l'allopathie soit impuissante devant une pareille maladie ; aussi elle n'avait que des morts à enregistrer, et les médecins en étaient venus à ne plus rien faire, sinon à donner des boissons acidulées. Le traitement dosimétrique a donc été accepté avec enthousiasme par les médecins du Brésil, où le fléau règne presque en permanence. Aujourd'hui le traitement de la fièvre jaune n'est plus qu'un jeu pour eux. Comme on vient de le voir, ce traitement consiste principalement dans l'emploi de la strychnine et des arséniatcs, pour empêcher la décomposition du sang; de la digitaline, pour rétablir la sécrétion urinaire, totalement suspendue ; de l'aconitine, pour modérer la

fièvre, etc., mais toujours, au préalable, le lavage du canal intestinal par le Sedlitz Chanteaud.

Si la fièvre se prolonge et prend un caractère intermittent, on donnera l'arséniate ou l'hydro-ferro-cyanate de quinine. Les douleurs et crampes de l'abdomen seront calmées par la morphine et l'hyosciamine. C'est toujours le même principe hippocratique : « Quo tendit natura eo ducenda. »

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