DOUZIÈME FAIT
• Jiigulation de la cholérine spasmodique .
Une femme de 50 ans, d'un tempérament nervoso-sanguin, est saisie, subitement, la nuit, de vomissements et de diarrhée fréquents; elle sent à l'épigastre un poids qui l'étouffé ; tout son corps est glacé. Pouls insensible, langue saburrale, yeux enfoncés dans les orbites et cernés d'un cercle noir, voix éteinte.
J'ordonne 12 granules d'acide phosphorique et autant de sulfate de strychnine, à prendre un à un, de chaque, tous les quarts d'heure, mais avant, une forte infusion de tilleul chaud, avec deux cuillerées à bouche de sel de Sedlitz Chanteaud.
Il était neuf heures du matin : le traitement fut commencé sur-le-champ ayant une pharmacie de poche sur moi.
A quatre heures du soir, je revois la malade ; plus de vomissements ni de diarrhée; peau chaude, halitueuse, chaleur répandue uniformément sur tout le corps ; pouls à 100.
J'ordonne et laisse à la malade 8 granules d'aconitine et autant d'hydro-ferro-cyanate de quinine, à prendre un à un, ensemble, toutes les heures.
A ma visite du lendemain, à huit heures, la scène était terminée; tout était renti'é dans l'ordre. La malade n'avait pas d'expression assez vive pour me témoigner sa reconnaissance de ce que je l'avais si vite guérie. D' Taulier (Châteauneuf-de-Mazème, Drôme).
Réflexions. — La cholérine spasmodique ne diffère du choléra indien que par une intensité moindre, et on comprend que dans les épidémies, beaucoup de cholérines dégénèrent en choléra. Combattre la première, c'est donc prévenir le second. C'est ainsi que M. Jules Guérin a beaucoup insisté sur ce qu'il a nommé la « diarrhée prémonitoire " . Il est malheureusement ti'op vrai que le choléra confirmé est généralement mortel, mais les traitements qui ont été institués dans les diverses épidémies, ont
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été loin d'être rationnels ; la plupart ont été empiriques, parce qu'on a cherché à atteindre la cause (qui est encore inconnue) et qu'on a négligé les effets.
Ce qu'il faut faire avant tout, c'est le lavage du tractus intestinal avec le Sel Chanteaud, ensuite soutenir le système nerveux par l'acide phosphorique et le sulfate de strjxhnine, combattre la fièvre par l'aconitine, empêcher le retour des accès par la quinine (arséniate ou hydro-ferrocyanate). C'est ce que le docteur Taulier a fait, et on voit qu'il a réussi.
Que ce ne fût qu'une cholérine, nous le voulons bien ; mais elle aurait pu dégénérer en choléra, s'il s'était borné aux évacuants.
Nous renvoyons à notre ouvrage : Le Choléra indieii, dont nous ferons paraître prochainement une nouvelle édition.