TREIZIEME FAIT
Jugulation de Viléiis nerveux.
J'ai été appelé tout dernièrement pour un cas d'iléus, et grâce au traitement par l'hyosciamine aidé de l'arséniate de strychnine, avec l'huile de ricin comme adjuvant, ainsi que l'indique le professeur Burggraeve dans son Répertoire, j'ai pleinement réussi. Il ne me convient pas de garder à mon actif un succès qui revient de plein droit à la dosimétrie .
D' Cahours (à Paris).
Réflexions. — Dans l'intérêt de la dosimétrie, il ne faut pas en exagérer la puissance. 11 faut donc distinguer l'iléus proprement dit, de l'étranglement interne ; mais comme la limite est difficile à établir, il faut toujours commencer le traitement par l'hyosciamine et la strychnine, avec l'huile de ricin comme adjuvant. L'iléus dépend d'un resserrement spasmodique de l'intestin ; c'est à ce genre d'affections que se rapporte la colique des peintres. Nous citerons ici le cas suivant, parce qu'il fait voir la connexité qu'il y a entre l'iléus et l'étranglement, c'est-à-dire qu'il faut lever les deux à la fois.
Un ouvrier peintre est amené dans notre service pour une hernie étranglée, sur la ligne blanche de l'abdomen, au-dessus de l'ombilic. Nous pensâmes d'abord avoir affaire à une hernie de l'estomac tant les vomissements étaient violents, et, sans perdre de temps, nous procédâmes à la kélotomie. C'était une petite portion de l'intestin jéjunum
qui s'était engagée, à travers une éraillure de la ligne blanche et s'y était étranglée. Il faut dire que cet homme était en traitement depuis six semaines pour une colique satui'nine et qu'il présentait tous les caractères de la cachexie de plomb. L'opération terminée, nous fîmes donner au malade une cuillerée d'huile de ricin, avec 1 granule d'hyosciamine, en recommandant, s'il n'y avait pas d'effet, de répéter la potion toutes les demi-heures.
Le lendemain matin, à notre visite, nous trouvâmes notre opéré dans le même état, c'est-à-dire constipé, mais les coliques avaient cessé. Nous fîmes alors ajouter à l'hyosciamine le sulfate de strychnine, à prendre ensemble, avec une cuillerée d'huile de ricin. Au bout de trois quarts d'heure, la débâcle s'opérait.
Comme on le voit, l'hyosciamine n'avait rempli que la moitié de l'indication, c'est-à-dire fait cesser la coarctation spasmodique de l'intestin, qui existait sur divers points, puisque des bosselures se dessinaient à travers la paroi abdominale. Dans les intervalles, il y avait paralysie, de sorte que pour rétablir le cours des matières, il a fallu recourir à la strychnine.
Cela prouve encore une fois que grâce à la dosimétrie, la médecine est devenue précise, mathématique. Mais pour cela, il fallait des armes de précision. En médecine ordinaire, il ne serait pas venu à l'idée de combiner deux moyens antagonistes. Mais l'antagonisme n'existerait en réalité que si les deux agents s'adressaient au même élément morbide, soit spasme, soitparalysie.il y a, au contraire, des actions électives, c'est-àdire s'adressant à chacun des éléments morbides spécialement enjeu. C'est ce qu'on ignorait avant la dosimétrie.