QUATORZIEME FAIT
Jugulation de la fièvre ophthalmique rhumatismale.
Nous ne sommes pas de la confrérie des chirurgiens oculistes et cependant nous manquerions à notre conscience si nous gardions pour nous les nombreux succès obtenus par la dosimétrie dans différents cas d'ophthalmie. Nous nous bornerons à quelques réflexions sur le traitement médical de l'ophthalmie rhumatismale aiguë.
Trois malades observés dans ces derniers temps et trois succès rapides, obtenus après deux à quatre jours de maladie, tels sont les faits.
Nous ne dirons rien de particulier sur la symptomatologie de ces trois
cas, qui sont identiques. Nos clients sont tous les trois arthritiques, ils ont été observés dans la même constitution médicale rhumatismale. Nous nous bornerons aux indications à remplir : combattre 1 eréthisme vasculaire ; — combattre le myosis et la vascularisation morbide de l'œil, en même temps que les hyperesthésies ; — combattre la diathèse et l'influence de la constitution médicale.
1° Combattre téréthisme vasculaire . — Dans les cas que nous avons observés, la digitaline était surtout indiquée, s'il est vrai qu'on peut considérer le rhumatisme aigu comme une fièvre angioténique. La digitaline a une action résolutive par l'ischémie qu'elle produit sur les vaisseaux de l'œil.
2° Combattre le myosis et la vascularisation morbide de tœil, en même temps que thyperesthésie. — Cette triple indication fut remplie par la daturine. Ou sait qu'en effet la daturine est mydriatique et que, de plus, elle diminue la vascularisation de l'œil.
3° Combattre la diathèse et tinfluence de la constitution saisonnière. — Or, nos malades étaient arthritiques, et, de plus, nous étions en pleine constitution rhumatismale. L'arthritisme réclame les alcalins et quelquefois les arséniates. Nous avons donné en même temps le salicylate de soude et l'acide arsénieux.
En résumé : digitaline, daturine, salicylate de soude, acide arsénieux, 1 granule de chaque , tous les quarts d'heure jusqu'à effet ; sedlitz le matin, avec 6 granules de podophyllin, comme dérivatif sur le gros intestin.
Traitement externe : Bourdonnets de charpie sèche appliqués les uns sur les autres et maintenus en place de manière à exercer une légère compression et à assurer l'immobilisation de l'œil rhumatisé, comme dans l'arthrite rhumatismale. L'immobilisation est un antiphlogistique d'ordre externe. Mais les vésicatoires et les sangsues, et les onguents et les collyres? Dans l'ophthalmie rhumatismale aiguë, le boneens nous oblige à y renoncer. La digitaline nous permet de laisser les sangsues se reposer tranquillement dans leur bocal; la dérivation sur le gros intestin, obtenue par le podophyllin, est bien supérieure à la révulsion locale. Quant à la daturine, elle met les collyres à la porte et cela avec raison(l).
En effet, la forme d'administration des mydriatiques n'est pas arbitraire; cette question est même de première importance. Si nous com-
(1) Nous abaiidounons volontiers à l'auteur les vésicatoires et les collyres ; mais les sangsues sont quelquefois un moyen de dérivation nécessaire, seulement il ne faut pas en faire un moyen exclusif. La maladie n'est pas dans le sang, car il f;i\uli-nit alors faire comme le docteur Sanj^rado, c'est-à-dire saigner jusqu'à épuisement complci.
parons nos guérisons avec les cas traités selon l'art [secundum artem) et selon la formule (la routine souvent!), nous voyons chez ces derniers des leucomes rebelles, [des ulcères interminables de la cornée; tandis que la bonne fée jugulatrice, la dosimétrie, rend au malade un œil dans son état normal. Faudra-t-il réunir une nouvelle cour des miracles pour connaître de ces cas? Non certes, il suffit de savoir que si le collyre à l'atropine rend les plus grands services dans le traitement de l'iritis, en faisant cesser les douleurs intolérables qui résultent du spasme permanent des muscles accommodateurs, il est essentiellement dangereux d'y recourir dans la conjonctivite et la kératite.
Un autre motif fera renoncer à l'usage du collyre d'atropine, dans l'état aigu, en général : c'est l'idiosyncrasie de certaines personnes pour l'instillation du collyre. Nous donnions dernièrement nos soins à une personne, bien portante, du reste, pour un myosis spasmodique, et nous faisions instiller dans l'œil, deux fois par jour, 5 gouttes du collyre d'atropine (20 centigrammes pour 30 grammes d'hydrolat de lavande). Le soir même après la deuxième instillation, la patiente se plaignit d'élancements, avec sensation de brûlure et larmoiement. Nous fîmes cesser aussitôt le collyre et finies prendre des granules d'atropine ; 6 granules suffirent pour amener une amélioration du myosis. Il n'y eut aucune inflammation du côté des yeux.
D"" F. Paquet, à Roubaix (Nord).
Réflexions . — La dosimétrie apportera tout un changement — on pourrait dire une révolution — dans l'ophtlialmo-théraphie, jusqu'ici abandonnée aux spécialistes. Sans médire de ces derniers, on peut dire qu'ils négligent généralement les moyens internes ; aussi leurs cures se prolongent-elles au détriment de leurs malades ! C'est au point de devoir avoir peur d'eux (des oculistes) comme des dentistes. Autrefois les médecins suffisaient parfaitement à leur besogne, aujourd'hui ils se sont laissés dépouiller successivement de leurs attributions. Ils font un peu comme le fermier qui envoie son blé au moulin et reçoit en retour du son.