‹ Etudes sur Hippocrate au point de vue de la méthode dosimétriqueChapitre 27 sur 130 · SEIZIEME PAIT · texte numérisé non relu

SEIZIEME PAIT

Jugulation de l'asthme.

M. B... a fréquemment des accès d'asthme. Il est à Paris pour quinze jours. En auscultant sa poitrine, je trouve des deux côtés et partout au même degré, des râles ronflants et sibilants (chants d'oiseaux), avec une respiration courte, souvent pénible. Je conseille Farséniate de strychnine : 1 granule trois fois par jour, et journellement un bain d'air comprimé. Trois jours après, je n'entends plus que très-peu de râles. Ce résultat rapide du traitement étant de nature à étonner, je questionne parfaitement le malade, et j'apprends, en effet, qu'il n'a jamais été si prompte-

ment soulagé, et que le jour même où il a commencé à prendre le médicament, il a respiré librement et pu dormir sans être réveillé par l'oppression. Ce bien-être n'a fait qu'augmenter depuis, et je suis persuadé que le malade n'a dû son amélioration qu'à l'arséniate de strychnine et au baiu d'air comprimé. Sous leur influence, la capacité respiratoire, mesurée au spiromètre — capacité qui était de 145 centimètres cubes avant le premier bain — s'est trouvée de 180 centimètres après le huitième bain. Pour ne pas allonger inutilement cette communication, j'ajouterai simplement que dans plusieurs autres cas de dj'spnée asthmatique, j'ai également essayé l'arséniate de strychnine (ou bisulfate), en y ajoutant parfois l'hyosciamine, mais sans faire intervenir les bains d'air comprimé, et l'effet a été bien plus satisfaisant que celui avec les autres médicaments antiasthmatiques que j'avais employés jusqu'ici, et qui avaient pour but, soit de narcotiser les bronches, soit d'en faciliter les sécrétions.

D'' Thierry-Mieg (Paris).

Réflexions. — Une médication pour réussir dans les maladies à symptômes complexes, doit répondre à chacun de ces symptômes pour les détruire ou les contre-balancer. Ainsi, dans l'asthme, il y a, à la fois, resserrement spasmodique des bronches et paralysie des alvéoles pulmonaires; de là, indication de la strj'chnine et de l'hyosciamine, deux médicaments qui semblent se contredire, mais qui en agissant sur des éléments organiques différents, se viennent mutuellement en aide. Les bains d'air comprimé ne sont pas sans danger, puisqu'ils peuvent amener l'emphysème pulmonaire, et surtout l'augmenter quand il existe déjà, comme c'est généralement le cas. Mais marchant de pair avec la strychnine, leur action dilatatrice est moins à craindre.

dix-septième faiX.

Jugulation de tayigine de poitrine.

M. Quanonne, maître d'école, estropié du genou par suite d'une gonarthrocace qu'il a euedans sa jeunesse, d'une haute stature et d'un tempérament fort, ne sortant pas à cause de son infirmité, est pris de temps à autre de sternalgie. Une nuit, il me fait appeler en toute hâte, disant qu'il allait mourir. 'Je le trouve, en effet, dans une grande anxiété, avec une sensation de' resserrement rétro-sternal et des douleurs irradiant le long de deux premiers espaces intercostaux du côté gauche jusque dans

l'épaule et le bras. Pouls petit, plutôt leiit; face pâle, couverte d'une sueur froide. Rien du côté des poumons, ni du cœur. C'était donc à une véritable angine de poitrine que j'avais affaire. Je tis prendre au malade un fort bain de pied sinapisé et lui prescrivis le sulfate de strychnine, la cicutine et l'hyosciamine, à prendre 1 granule de chaque, toutes les demiheui'es, tant que durerait l'accès.

Sur les vives sollicitations du malade, je restai auprès de lui afin de suivre l'action des médicaments. Au bout d'une demi-heure, les élancements douloureux cessèrent, et la poitrine se dilata comme si elle venait d'être soustraite à un grand poids, et la respiration ainsi que la circulation jusque-là comprimées, s'accélérèrent. Craignant une réaction trop brusque, je prescrivis l'aconitine et la vératrine, à prendre 1 granule de chaque par demi-heure, le restant de la nuit.

Le lendemain, je trouvai le malade dans son état normal; mais par crainte d'un nouvel accès la nuit suivante, je prescrivis 12 granules d'hydro-ferro-cyanate de quinine et 6 granules sulfate de strychnine, à prendre 2 par 1 , toutes les heures. La nuit, que je redoutais, n'amena aucun trouble du côté de la poitrine.

Réflexions. — L'angine de poitrine est une névrose de la moelle épinière, irradiant le long du plexus axillaire. Elle présente donc toujoursdu danger. Ce n'est pas seulement à la poitrine que semblable névrose s'observe, mais encore au ventre et aux membres inféi'ieurs. Dans un de nos voyages dans le midi de la France, nous trouvant à Bordeaux, un médecin nous raconta le cas suivant. Une nuit, il fut sonné pour un de ses clients qui s'était réveillé subitement avec d'aflFreuses crampes, partant de la colonne lombaire et irradiant dans tout le côté gauche de l'abdomen et du membre pelvien du même côté. Le docteur ordonna ce qu'on fait en pareilles circonstances, c'est-à-dire des frictions et un antispasmodique à l'intérieur. Le lendemain, il trouva son malade levé, très-bien portant, se proposant même de se mettre en voyage le lendemain. La nuit suivante, le docteur fut sonné de nouveau. Un deuxième accès avait lieu et cette fois fut mortel, car le malade mourut avec tous les phénomènes de la cyanose.

Ce fait démontre, une fois de plus, combien il est important d'agir de suite quand on se trouve devant un accès survenu subitement et indiquant qu'une portion du centre nerveux cérébro-spinal est atteint. Il n'y a pas de doute que si le lendemain matin, le docteur, trouvant son malade bien après le violent accès do la nuit, avait donné l'arséniate de quinine et le sulfate de strychnine, il eût eu la chance de sauver son malade.

Cette précaution est nécessaire dans les pays marécageux et à l'em-

boucliure des grands fleuves. Nous avons déjà eu occasion de parler de la terrible épidémie de fièvre pernicieuse qui, en 1826, sévit en Hollande et en Belgique. La plupart des malades auxquels on n'administra point la quinine à temps, succombèrent. Chez notre malade, le cas a été tout à fait sporadique ; en administrant, la strychnine, la cicutine, l'hyosciamine nous avons combattu la névrodynie du plexus axiUaire, mais nous avons eu soin de prévenir l'accès subséquent qui aurait pu se produire, au moyen de l'hydro-ferro-cyanate de quinine et du sulfate de strychnine.

Le fait suivant, que nous empruntons à M. le docteur Fontaine, de Bar-sur-Seine, confirmera ce que nous venons de dire de l'angine de poitrine, affection encore mal définie par les auteurs.

« Le 2 septembre 1872, je fus appelé à soigner le sieur C..., vigneron à Celles, âgé de 58 ans, d'un tempérament bilioso-nerveux, d'une constitution sèche, que j'avais déjà traité, il y a deux ans, pour une sciatique des plus rebelles. Il me dit avoir eu, la veille, à 9 heures du soir, un accès d'oppression épouvantable; que sa poitrine était serrée comme dans un étau, mais sans râles ; une sensation de malaise indéfinissable, avec sueur froide, ce qui lui fit croire que sa dernière heure était venue. Son accès, avec diverses intermittences de calme, a duré jusqu'à une heure du matin. Il a eu de l'engourdissement au bout des doigts, mais il ne se plaint pas d'avoir souffert plus à gauche qu'à droite. Sa tête se renversait en arrièi-e et il ne pouvait se tenir ni assis ni couché. L'auscultation ne me révéla rien du côté de la poitrine ; le pouls était à 75 ; aucun bruit anormal du côté du cœur.

En pressant sur la colonne vertébrale, je déterminai une douleur vive au niveau des premières vei'tèbres dorsales. Pensant à une méningite spinale, je fis prendre au malade 60 centigrammes de calomel en quatre paquets un de quart d'heure en quart d'heure ; tisane de chiendent, réglisse et orge mi.eUée. — J'avertis le malade qu'il sera peut-être nécessaire de lui mettre quelques pointes de feu sur les côtés de la colonne vertébrale.

Le lendemain, point d'accès. La douleur persiste au niveau des premières vertèbres dorsales. Le malade se croyant guéri, se refuse à subir la cautérisation au fer rouge.

Le 6 septembre, je fus appelé de nouveau, à quatre heures du matin. Le malade a eu, la veille, à neuf heures du soir, puis le matin à trois heures, un accès très-violent de suffocation, avec sueurs froides par tout le corps, mais cette fois, la douleur était bien localisée à la partie latérale gauche du sternum et s'était propagée au bras du même côté et aux doigts de la main, notamment à l'annulaire et au petit doigt. La tête ne s'était pas renversée en arrière, mais il y avait eu une sensation d'eu-

gourdissement derrière le cou et vers l'oreille du côté gauche. Le pouls et les signes d'auscultation sont exactement les mêmes que les trois jours précédents. La douleur excitée par la pression existe toujours au niveau des premières vertèbres dorsales.

Reconnaissant alors l'angine de poitrine, j'ai prescris : hyosciamine, arséniate de strychnine, à prendre alternativement 1 granule de chaque toutes les demi-heures dans une cuillerée à café d'eau.. Cette médication continuée pendant cinq jours, au bout desquels je fis prendre pendant trois jours encore l'arséniate de strychnine seul, à la même dose, mais en espaçant davantage les prises , fut suivie d'une guérison complète. Le malade a repris les travaux de sa pénible profession, et malgré les intempéries de la saison, n'a, jusqu'ici, éprouvé aucune récidive. »

Nous disions que l'angine de poitrine est une affection jusqu'ici mal définie par les auteurs ; pour s'en assurer, il n'y a qu'à ouvrir le premier compendium venu.

L'angine de poitrine, comme nous le ferons voir plus loin, est de date ancienne : voici comment Arétée s'exprime à ce sujet : « Dans la seconde espèce d'angine (synanche) , les organes respiratoii'es , loin d'être gonflés, sont, au contraire, plus resserrés que dans l'état normal; et cependant, la suffocation est extrême, c'est ce qui fait que les malades croient avoir une inflammation latente dans les parties les plus secrètes de la poiti'ine, comme aux environs du cœur ou du poumon. Quant à moi, je pense que cette maladie n'est qu'un vice de l'air même qui, par une altération particulière, devient très-chaud et très-sec, sans qu'il y ait pour cela aucune inflammation dans quelque partie que ce soit. »

On voit combien on était encore loin alors de la question, c'est-à-dire la névrodynie delà moelle épinière.

L'opinion que l'angine de poitrine est un accès pernicieux est la plus rationnelle, tant à cause de sa brusque invasion, que de son intermittence. Elle est également la plus juste au point de vue du traitement, puisque celui-ci a pour base l'arséniate de strychnine et l'hydro-ferro-cyanate de quinine. L'hyosciamine, la cicutine sont des calmants; c'est-à-dire la variante. C'est ainsi que la thérapeutique doit être comprise, c'est-à-dire au point de vue de la cause et des effets.

Page 1