VINGT-DEUXIEME FAIT
Jugulation de. la fièvre traumatique .
Le 8 septembre 1836, une jeune fille de la campagne, âgée de 18 ans, fait une chute du haut d'une échelle, à une hauteur de plus de quinze pieds, la tête en avant, sur l'aire d'une grange. Hémorrhagie abondante;
perte complète de connaissance ; pouls petit mais dur et précipité ; fracture de la clavicule droite.
Traitement : Révulsifs aux extrémités; hydro-ferro-cyanate de quinine : 2 granules de quart d'heure en quart d'heure.
Six heures après l'accident, pouls plus plein, moins dur; retour de la connaissance.
Hémorrhagies continues pendant deux jours. Pendant quatre jours, écoulements séro-sanguinolents par l'oreille. Nuits calmes. Mais quinze jours après l'accident et pendant dix-huit jours, fièvi'e ardente; délire avec cris, grande agitation; paralysie faciale, hémiplégies passagères; douleurs violentes dans le conduit auditif droit.
Tous ces symptômes disparaissent sous l'action des alcaloïdes défervescents donnés jusqu'à effet : aconitine, vératrine, digitaline, contre la fièvre; morphine, contre le délire.
Tous les matins Sedlitz Chanteaud comme lavage du canal intestinal.
Le 26 novembre, tous les symptômes inflammatoires ont disparu ; seulement les douleurs irradient du temporal droit à l'épaule du même côté.
Le 1"' octobre, retour brusque des symptômes précédents : fièvre, délire, etc., avec des douleurs lombaires irradiant dans le bas ventre et les cuisses. Je soupçonne l'approche des règles. Hyosciamine, ergotine : 2 granules de chaque toutes les heures. Révulsifs aux extrémités inférieures. Les accidents cessent comme par enchantement à mesure que l'écoulement utérin a lieu.
Traitement consécutif : Arséniate de soude , 8 granules par jour ; Sedlilz Chanteaud ; puis arséniate de fer, 6 granules par jour.
Pendant quatre mois, les douleurs à. la région temporale persistent. Bourdonnement d'oreilles, surdité.
.aujourd'hui guérison parfaite.
])'■ MoROT (au Bignon, Loiret).
Réflexions. — On ne saurait ne pas reconnaître la gravité des symptômes survenus à la suite d'une chute de la hauteur de quinze pieds, la tête en avant. Y a-t-il eu fracture du rocher droit ? On pourrait l'admettre vu l'écoulement de sang par l'oreille et la paralysie faciale ; mais l'heu- , reuse terminaison de l'accident nous porte à croire qu'il y a eu simplement déchirure du tympan et compression du nerf facial dans l'aqueduc de Fallope.
Quoi qu'il en soit, le docteur Morot a pu conjurer les symptômes traumatiques en administrant à temps les alcaloïdes défervescents. C'est la conclusion qu'il faut tirer de ce fait remarquable.