‹ Etudes sur Hippocrate au point de vue de la méthode dosimétriqueChapitre 37 sur 130 · VINGT-SEPTIEME FAIT · texte numérisé non relu

VINGT-SEPTIEME FAIT

Jugiilation de la dyspepsie goutteuse.

L'attaque goutteuse survient sans fièvre; la douleur changeant constamment de place et se portant, en un instant, sur les oi^anes éloignés. La crise fut incomplète; les urines avec un sédiment épais, rougeâtre; sueurs peu abondantes pendant le sommeil.

Le malade se présente à moi le lendemain de la crise, avec une bouche sèche, la langue couverte d'un enduit blanchâtre et une salive mousseuse, etc. Il accuse un goût amer, avec inappétence. Somnolence; courbature.

Je prescris : quassine, 4 granules par jour. Pour boisson de l'eau de citron. Pour régime : le matin, à 7 heures, du pain avec de l'eau; à 9 heures, du lait coupé, avec du tapioca ; à midi, un bouillon ; à 4 heures, pour dernier repas, du petit-lait avec de l'orge perlée. Sur le ventre, une flanelle doublée d'une couche d'ouate. Le majade garda la chambre, bien chauiFée. Tous les deux jours, le matin, il prit une cuillerée d'huile de ricin. Tous les trois jours, un bain de pied d'un demi-heure. Sous l'influence de ce traitement et de ce régime, la santé s'est vemise en peu de jours.

D' Nackers, à Morsele (Belgique).

Réflexions. — L'intérêt de cette observation est dans l'emploi de la quassine pour combattre la dyspepsie à laquelle on sait que les goutteux sont fort sujets et qui donne souvent lieu à des gastralgies crampiformes qui peuvent amener la mort. C'est ce que le vulgaire nomme la goutte remontée, et les médecins, la goutte atone, parce qu'elle ne peut se porter aux lieux d'élection. Dans ce cas, les allopathes ont quelquefois recours à l'extrait alcoolique de noix vomique, qui n'est pas sans danger, ainsi que le docteur WilUème en cite un cas, dans son Ywvedes Dyspepsies. Ce fait est d'autant plus remarquable que c'est un médecin qui en est le sujet. Le docteur Schmidtmann, qui préconise ce moyen, dit qu'étant atteint d'une gastralgie de ce genre, il prit 2 grains (ou 12 centigrammes) d'extrait alcoolique de noix vomique, à 7 heures du matin et autant à 10 heures; qu'étant sorti peu de temps après, pour aller visiter ses malades, il se sentit saisi, au milieu de la rue, d'une telle rigidité dans les membres inférieurs, qu'il lui devint impossible de les mouvoir à

volonté ; il commença à chanceler et se crut sur le point de tomber. Les muscles de la face étaient le siège de la même tension et de la même raideur ; « comme si, dit-il, tout l'intiux nerveux s'y était porté. J'étais pris d'une ébriété et de vertiges si forts, que je fus forcé de m'appuyer, pendant un quart d'heure, contre le mur d'une maison voisine. Au bout de ce temps, tous les symptômes s'étaient évanouis. -

Il est évident que le brave docteur Schmidtmann avait trop pris de noix vomique. Cependant cela ne lui servit pas de leçon, car, peu de temps après, il donna la même quantité d'extrait à un hypocondriaque, qui faillit en mourir. Il est vrai que les allopathes, par le fait de l'habitude, deviennent inconscients, tant ils se croient infaillibles! C'est toujours la maladie qui tue le malade et non pas eux.

La quassine est parfaitement indiquée dans la goutte atone, parce qu'elle se rapproche de la strj'chnine, dont elle n'a pas la violence; mais c'est un tonique très-énergique, et par conséquent convient dans les crises incomplètes de la goutte.

Dans la goutte aiguë, c'est-à-dire avec fièvre, on emploie avec succès l'arséniate de strychnine, l'aconitine et la digitaline : 1 granule de chaque, toutes les heures, dans la* période ascendante, et l'hydro-ferro-cyanate de quinine, quand il y a rémission.

Depuis Hippocrate, on a dit, avec raison, qu'on ne guérit point de la goutte, mais on peut l'éliminer insensiblement en empêchant la fièvre.

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