‹ Etudes sur Hippocrate au point de vue de la méthode dosimétriqueChapitre 39 sur 130 · DE LA FIEVRE ARDENTE · texte numérisé non relu

DE LA FIEVRE ARDENTE

La fièvre ardente a lieu quand les petites veines, desséchées par les ardeurs de l'été, attirent à elles les humeurs ichoreuses, acres, bilieuses; qu'il y a une grosse fièvre, que le corps est accablé de lassitude et de douleurs, comme si on avait le corps rompu. Elle vient, pour l'ordinaire, à la suite de longs voyages, très-pénibles et d'une soif longtemps soufferte. La langue est âpre, sèche et fort noire ; le malade sent comme des morsures au ventre , les selles sont liquides, pâles ; il est fortement altéré. Il y a insomnie, souvent délire. Donnez-lui à boire de l'eau, de l'oxymel coupé avec de l'eau, autant qu'il en voudra. Il faut le faire vomir, s'il a la bouche amère et donner des lavements. Si le mal ne cède point, lâchez le ventre avec le lait d'ànesse cuit. Rien de salé, ni d'amer n'est bon ici, le malade s'en trouverait mal. Ne donner point la purée avant que le temps de la crise soit passé. La maladie est terminée entièrement s'il vient une hémorrhagie du nez, ou de bonnes sueurs critiques, avec des urines épaisses, blanches, qui déposent un sédiment uni, et s'il se fait quelque dépôt. Lorsqu'elle se termine sans ces conditions, il y aura quelque rechute, ou bien il viendra des douleurs aux ischions et aux jambes et le malade aura des crachats épais à rendre avant de recouvrer la santé (1).

(1) Fit autem febris ardens, cum resiccatœ vcuulse tempore œstivo acres et biliosos tenues humores ad se attraxerint, et febris multa detinet, corpusque ossaria lassitudiue vexatuni laborat ac dolet. Fit quoque magna ex parte ex longo itinere, et louga siti, ubi rarefact:e venulœ acres calidasque fluxiones ad se attraxerint. Fit etiam lingua aspera et sicca, valdeque nigra, et ob ventris morsum dolor est, alvi egestiones tum valde liquidce, (uni pallidœ fiunt, sitis adest vehemens et vigiliœ, interdumque mentis alienationes. Huic aquœ et mulsje coctie, et aquosœ, quantum volet, polui exhibeto, et si os amarum fuerit, vomero conducit, et alvum sublucre. Quodsi ad hœc non solvatur, lacté asinino cocto purgato. Saisum autem nihil, neque acre exhibeto, neque euim feret œger. Sorbitionem vero, nisi judicatiouis dies excesserit, non dabis. Et si ex naribus sanguis profluxerit, solvitur afl'eclio, atque si sudores judicatorii legitimi obvenerint, cura urinis albis et crassis, et levibus sodiniontis, et si abscessus aliquis fiât; sin vero ciira liœc solvatur, rcvertelur morbus, vel coxa;, vel cruruni dolor contingit, et si œger evasurus sit, crassa exspuet.

Hippocrate n'est pas uu savant (!). 11 dit les choses simplement, comme il les voit, et s'il place la cause de la fièvre ardente dans les humeurs, c'est que c'est là que s'effectuent les changements les plus appréciables. La fièvi'e est sans doute un acte ^ital, puisqu'elle n'est que l'exagération morbide de la calorification, de la circulation et de la respiration; mais on ne saurait la concevoir sans un changement rapide survenu dans la constitution des liquides. Aussi, dès le début de la fièvre aiguë, il faut procéder au lavage du canal intestinal par leSedlitz Chanteaud, car en même temps que les grandes fonctions de circulation, de respiration et de calorification, les sécrétions' sont altérées, ainsi que le démontrent les saburres de l'estomac, les diarrhées fétides, les urines ammoniacales. Voilà pourquoi le régime au moyen duquel Hippocrate combattait ces états humoraux est encore de saison aujourd'hui ; seulement on a abusé des évacuants sous toutes les formes. Le docteur Sangrado saignait et faisait boire de l'eau chaude ; s'il n'était tombé dans f excès, il n'y aurait rien eu à y redire.

Dans ces derniers temps, on s'est beaucoup attaché aux microbes, comme cause première de la fièvre ; il en sera d'eux comme de l'éternel : P ost hoc er go pr opter hoc ; c'est-à-dire qu'on aura pris l'eifetpour la cause. Tous les liquides soumis à l'influence de la vie, renferment des êtres micrographiques, parce qu'on ne saurait abstraire le macrocosme du microscome. Mais comment celui-ci peut-il tuer celui-là? C'est ce qui n'est pas démontré. Tout ce qu'on sait, c'est qu'il y a antagonisme ; ainsi quand la vitalité baisse ou s'éteint dans les grands corps , aussitôt les petits pullulent au milieu de la décomposition putride.

La conséquence de ce que nous venons de dire, c'est que dans les affections adynamiques et ataxiques, il faut recourir de prime abord aux antifermentatifs, c'est-à-dire aux alcaloïdes défervescents, qui ont pour efiet de faire baisser la chaleur et le pouls et, par conséquent, d'empêcher la fermentation. Bichat a dit que la vie « c'est la résistance à la mort T. ; et jamais définition n'a été plus juste, puisque, augmenter la contractilité organicjue ou insensible, c'est augmenter la somme de résistance vitale. N'a-t-on pas remarqué YuUimum •inoriens, qu'on peut encore provoquer par les excitants. .Si nous avons fondé notre sj'stème de longévité sur l'emploi journalier de la strychnine, c'est parce que cet agent entretient le ton de la fibre organique. Certains sels, tels que le chlorure de sodium, les ai'séniates, empêchent la décomposition putride, c'est-à-dire la mort, en entretenant la contractilité organique, qu'il ne faut pas confondre avec l'élasticité de tissu. Aussi Bichat a-t-il eu grand soin d'étudier séparément les propriétés physiques des corps vivants, et

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