DES CONGESTIONS CÉRÉBRALES ET DE L'APOPLEXIE
Ce paragraphe a une grande importance, parce qu'il y est question de la fièvre algide apoplectiforme qu'il ne faut pas confondre avec l'apoplexie ou l'hémorrhagie cérébrale. La distinction est d'autant plus importante qu'il s'agit d'une question de vie ou de mort. Une erreur de diagnostic peut être mortelle à cause de la saignée. Ce n'est pas qu'Hippocrate exclut cette dernière, mais il en précise les indications , c'est-àdire quand il y a congestion et non simplement hypostase, ce qui est le cas dans la fièvre apoplectiforme : « Il en résulte des froids, qui sont la suite de la stagnation du sang, des vertiges, la perte de la parole, des pesanteurs de tête, des convulsions. »
Nous citerons ici le cas suivant qui prouvera combien il faut être prudent dans ces conditions.
En 1824, nous étions interne à l'hôpital civil de Gand. C'était au fort de la doctrine de Broussais, et on ne voyait partout que motifs à saigner. La phlébotomie ne suffisait point; on voulait aller plus droit au but, c'est-à-dire qu'on pratiquait l'artériotomie là où la compression était possible : aux tempes. Un après-midi, on vint nous appeler pour un voisin qui, nous disait-on, venait d'être frappé d'apoplexie. (11 faut dire qu'à cette époque, il y avait autour de l'hôpital des prairies qui étaient inondées par la Lys, une grande partie de l'année, et donnaient ainsi lieu à des fièvres marécageuses. Nous nous rendîmes — avec un autre interne — auprès du malade, muni de lancettes et d'un bistouri au besoin (un médecin était alors toujours armé de pied en cap; aujourd'hui il a sa pharmacie de poche). Nous le trouvâmes avec tous les symptômes de l'apoplexie et nous empressâmes de pratiquer de chaque côté une artériotomie temporale. A mesure que le sang coulait, il nous parut que le malade était moins oppressé et, par conséquent, nous jugeâmes bien du résultat de notre opération. Vers le soir, il revint eu elFet à lui, mais restant
dextri internam, et sanguinem detrahere, habita seoundum habitum et :etatem pluris aut minons ratione. Horum autem quam plurimis ista accedunt : faciei rubores, oculornra iramohilitates, et maimum disteiidones, dentium stridores, pulsationes, njaxillarum adductio, extremorum rcfrigeratio, et spirituum in venis interoeptiones. Cum dolores accesserint, bilis atrœ acriumi|ue humorum affluxiones fiunt. Demorsœ autem partes intern;e dolent, demorsreque, et admodum arel'acla» vense, tura iutenduntur, tum inflammatione tentatîe, ea, quse aflluuut, attraliunt. Ex quo corrupto sanj^uine, et spiritihus, vias, qute in ipso secundura uaturara habent, pervadere nequeuntibus, perfrige rationes fiunt, ob stabilitatem, vertigines, vocis defectio, capitis gravitas, et convulsioncs, si jam ad cor, aut hepar, aut ad venara pervenerint. Hinc morbi comitiales, aut parliuni resolutiones fiunt, si in loca, qu;e cas partes ambiuiit, fluxiones inciderint, et spiritibus exire iiequeuntibus exaruerint. His sane, prius adhiliitis fomentis, statim per initia venani secare convenit, quum adhuc sublati sunt, qui affligunt, tum spiritus, tum liumores. Facilius cnim remédia adhibentur. Et recreatis viribus, et .-al judicationes adhibita consideratione, si non levatur, ventrem superiorem medicanienio purgare oportet; ad inferiorem vero alvum, uisi per infusum subducatur, lac asininum coctum exhibeto, nec minus quara duodecim heminas aeger bibat, et, si virium robur adfuerit, plus cpiam sedecim.
lOS TRAITÉ DE LA FIÈVRE.
très-faible; il y eut une transpiration. Cette rémission aurait dû nous éclairer, mais nous avions présent à l'esprit le magister dixit. Le lendemain, vers la même heure, un deuxième accès eut lieu et tua le malade. La perte de sang, autant que le fait de n'avoir pas administré la quinine, avait amené ce déplorable résultat.
Errare humanum est. Et puis, nous n'avions pas encore suflSsamment d'expérience personnelle. Deux ans après (en 1826) éclatait une terrible épidémie de fièvre pernicieuse, en Hollande et en Belgique. Ce fut, en quelque sorte, l'avant-garde du choléra asiatique. Eh bien! tous les malades auxquels on n'administra point la quinine en temps, moururent, la plupart ayant présenté des signes apoplectiformes, quelques-uns des convulsions, des contractures indiquant un foyer d'irritation qu'on avait laissé le temps de s'établir.
Les anciens avaient, sur la circulation, des idées tout autres que nous : ils admettaient que les veines contenaient le sang, et les artères ce qu'ils nommaient V esprit vital, lequel, dans le cerveau, se convertissait en esprits animaux. Cette idée ingénieuse leur était venue en voyant, sur les animaux, les artères plus ou moins vides, tandis que les veines regorgent de sang. Ils expliquaient les hémorrhagies artérielles par des ouvertures de ces dernières, qui avaient permis à l'esprit vital de s'échapper.
Ne connaissant pas la pression barométrique, ils expliquaient ce phénomène par lliorreur du vide. Ils pensaient donc que, dans les congestions, la pression de l'esprit vital dans les artères était trop grande, et ils saignaient pour rétablir la circulation, comme on donne de l'air à un tonneau pour le faire couler.
Tout cet échafaudage théorique s'est écroulé sous la découverte d'Harvey; la saignée ne s'est plus pratiquée alors que quantitativement et qualitativement, c'est-à-dire pour diminuer le volume du sang ou en changer la nature, c'est-à-dire pour remplacer un sang vicié, étouffé, par un sang rafraîchi au moyen de la diète et des médicaments. On alla même jusqu'à la transfusion, prétendant ainsi obtenir une nouvelle. jeunesse, c'est-à-dire le rêve de ceux qui ont abusé de la vie.
Le parlement de Paris dut finir par interdire cette opération, à cause des morts nombreuses auxquelles elle donna lieu et des duperies auxquelles elle servait de prétexte.
Hippoci-ate ne proscrivait pas la saignée ; il la pratiquait de préférence dans la veine basilique du bras, afin de dégager plus promptement la tête. Il connaissait donc le rapport des veines du bras avec celles du cou ; mais il ignorait qu'il y eût des valvules empêchant la descente du