X PRÉFACE
Qu'on ait pu nous trouver aggressif, violent même — c'est un reproche que les générations futures jugeront, car nous récusons nos contemporains comme juges, pour la raison qu'on ne saurait être juge et partie; elles diront si, oui ou non, nous nous sommes écarté de la vérité.
On ne nous accusera pas d'avoir été uniquement un démolisseur, car, tout en faisant connaître le mal, nous avons indiqué le remède.
L'œuvre d'Hippocrate est restée debout telle que les siècles nous l'ont transmise, mais nous y avons posé le couronnement, c'est-à-dire la thérapeutique.
Abolir la pharmacie galénique, voilà la lâche que nous nous sommes imposée : Et nunc delenda Carlhago est! On ne peut laisser subsister une matière médicale, dont l'illustre auteur de YAnatomie générale a dit que c'est « un incohérent assemblage d'opinions elles-mêmes incohérentes, un ensemble informe d'idées inexactes, d'opinions souvent puériles, de formules aussi bizarrement conçues que fastidieusement assemblées. »
Jugement sévère qui a été confirmé par une autre autorité : « La matière médicale est une collection trompeuse d'annonces décevantes plutôt qu'une véritable science. » (Barbier) (1).
Si l'Lcole croit devoir laisser subsister une pareille honte, tel n'est pas notre sentiment.
Dans notre longue carrière, nous avons eu maintes occasions de constater combien l'éducation médicale de nos jours est défectueuse, n'étant pas assez pratique. On tient les élèves trop longtemps éloignés du lit du malade — c'est dans les amphi-
(1) L'auteur l'ait ici allusion aux remèdes secrets dont les annonces " décevantes <• remplissent la quatrième page des journaus, tant politiques que médicaux. La pharmacie ne représente plus la médecine, mais l'épicerie — encore hésite-t-on d'aller s'en pourvoir, hors les cas de stricte nécessité. Les pharmaciens, si dédaigneux des médicaments dosimélriques — parce qu'ils ne peuvent les manipuler à leur profit — n'hésitent point à se charger de la vente de spécialités dont tout le monde ignore la composition, et que la loi devrait interdire, comme elle interdit toute fraude ; mais :
« Il est avec le Ciel des accommodements. «