DES DEUX ESPECES D'HYDROPISIES, L'AQUEUSE ET LA VENTEUSE
Il y a deux espèces d'hydropisies : l'anasarque, qu'il est difficile de guérir, même quand elle commence à se former, et l'empliysémateuse, qui ne guérit pas sans un grand bonheur. Il faut dans le traitement de l'une ou l'autre, de l'exercice, des fumigations, de la tempérance et n'user que d'aliments socs, mordicants. C'est le moyen de faire couler les urines et de recouvrer la santé. Quand il y a de l'oppression, qu'on est dans le printemps, que le sujet est vigoureux, à la fleur de l'âge, on doit le saigner du bras, lai donner du pain chaud trempé dans du vin et do l'huile ; le laisser peu boire; lui prescrire beaucoup d'exercice, des promenades sur un terrain inégal et l'usage de la viande de porc cuite dans du vinaigre (1).
Hippocrate n'a pu caractériser beaucoup d'aiFections que par l'apparence extérieure qu'elles donnent au corps. Ainsi entre un hydropique et un emphysémateux, les apparences sont les mêmes, puisqu'il y a pâleur, bouffissure, empreinte des doigts, quoique moins longtemps dans le deuxième cas que dans le premier.
Quoi qu'il en soit, Hippocrate a parfaitement déterminé le caractère de curabililé relative de l'anasarque idiopathique, c'est-à-dire due à un vice du sang. Il insiste surtout, dans ce cas, sur les toniques, " comme moyen de faire couler les urines ". Les arséniates, les ferrugineux, sont principalement indiqués dans ce cas.
Quant à l'anasarque symptomatique, elle est le plus souvent l'indice d'une affection du cœur, et si le sujet est encore dans la force de l'âge, surtout au printemps, s'il y a oppression, il faut lui pratiquer la saignée du bras. La strychnine et la digitaline sont indiquées dans ce cas, et, pour peu qu'il y ait tendance à l'obésité, l'arséniate de soude , de potasse ou d'antimoine. Le reste n'est plus qu'une question de régime qui doit être analeptique sans exciter. Quant à l'emphysème, Hippocrate a fait surtout allusion aux pneumatoses; or, il n'est pas plus étonnant qu'il se soit trompé dans son diagnostic, que de voir de nos jours des physimétries
(1) Hydropum cum duae sint naturae, hic'quidem, qui hyposarcidios (velut sub carne), dicitur, ubi hominem aggreditur, evitari nou potest. Aller vero, cum flatibus, multam felicitatem ad curationem requirit, prjecipueque multos labores, fotum et temperantiam. Sicca œger edat et acria, nempe cum hac ratioiie plurimam urinam reddat, et maxime viribus valeat. Quod si difficultate spirandi teneatur, auiii tempus œstivura fuerit, pestas vigeat, et virium robur adsit, sanguiuem ex brachio detrahere convenit. Deinde panes calidos, vino nigro et oleo intinctos, is edat, quam paucissimo potu utatur, quam plurimum laboret, suillaque ex aceto cocta vescatur, ut asperis obambulationibus reluctari possit.
confondues avec la grossesse ou avec des tumeurs enkystées des ovaires. Nous citerons, à ce sujet, le cas suivant, afin de mettre les rieurs en garde contre eux-mêmes.
Une femme, déjà à l'âge de retour, présentait dans le flanc gauche une tumeur qu'un médecin avait diagnostiqué comme appartenant à l'ovaire. La malade était profondément chloro-anémique. 11 y avait oppression et palpitations. Nous ffimes consulté, conjointement avec un confrère ayant vieilli dans la pratique des accouchements. La tumeur était nettement circonscrite, dans la région iliaque gauche, sans bosselures ni duretés, offrant au contraire de l'élasticité, mais sans sonorité appréciable. Nous fûmes tous d'accord que c'était un kyste, pour en tenter l'injection iodée. Mais avant d'y plonger le bistouri, nous jugeâmes prudent de faire le cathétérisme. Nous voyons encore d'ici la scène! le vieil accoucheur, par privilège d'âge, ayant le trois-quarts en main, nous, introduisant la sonde. A peine avait-elle pénétré dans la vessie et livré passage à un jet d'urine, sans bruit aucun : ni sifflement, ni glouglou, que la tumeur s'évanouit, ne laissant aucune trace. Qu'était-ce? Par où avaitelle passé? Nous l'ignorons complètement; mais nous affirmons le fait.
DE L'ESQUINANCIE, SA CAUSE, SES SYMPTOxMES, SON PROCESSUS CURATIF.
L'esquinancie a lieu quand, dans l'hiver ou le printemps, une fluxion abondante d'iiumeurs épaisses se jette sur les veines jugulaires qui, à cause de leur volume, ont une forte attraction. Si la viscosité et la froideur de ces humeurs les y font arrêter, le souffle et le sang des environs s'arrêtent aussi, à cause des obstacles que le froid leur oppose. Le malade, en conséquence, tombe dans la suffocation ; la langue devient pesante; elle prend une couleur violette, elle s'arrondit. Sa pointe se relève à cause du gonflement des veines sublinguales ; celles qui vont à la luette et à ce qu'on nomme les piliers, qui sont de chaque côté, se gonflent aiissi. Les veines qui communiquent avec la langue qui devient sèche, se gorgent et la raréfient ; elles limbibent comme une éponge, c'est ce qui la fait paraître ronde, de plate qu'elle était, et la rend livide, lui enlevant sa bonne couleur, et qui lui fait perdre sa souplesse, en la rendant âpre et dure, à moins qu'on ne saigne promptement au bras et aux ranines, et qu'on ne purge au moj'en des remèdes fondants dans la bouche. On prescrira aussi des gargarismes chauds ; on rasera la tête pour y appliquer des cérats ; on en mettra aussi autour du cou ; on enveloppera les parties avec de la laine ou avec des éponges imbibées; on fera des fumigations humides; on donnera de l'hydromel et de l'eau chaude, la tisane crémée pour nourriture, quand la crise aura tourné en bien. Dans l'été ou dans l'automne, la fluxion étant chaude et nitreuse,
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à cause du piquant et de l'ardeur de la saison, il se fait des excoriations et des ulcères là où le souffle s'accumule et l'orthopnée se joint à l'esquinancie. Les parties qu'on voit dans la bouche ne sont pas aussi enflées; les tendons de la nuque occasionnent des rides sous l'occiput, comme dans le tétanos; la voix est grêle, la respiration est petite, l'inspiration fréquente et laborieuse ; il se fait des ulcères dans la trachée ; le poumon se remplit et ne peut recevoir l'air. Cette esquinancie est plus terrible et plus mortelle, à raison de l'ardeur et de l'âcreté des matières dans cette saison, à moins qu'elles ne se portent d'elles-mêmes dans les parties extérieures du cou (1).
Même au point de vue de l'anatomie, cette description de l'esquinancie est tracée de main de maître. Il n'y a que les applications physiologiques qui sont celles du temps; mais qu'importe? les résultats pratiques sont les mêmes. Nous aurons l'occasion, dans le Livre des pronostics, de faire voir que tout ce qu'Hippocrate dit de l'esquinancie se rapporte particulièrement à l'angine maligne qui est mortelle quand le mal ne se porte point au dehors et gagne au contraire en profondeur. La strychnine, l'aconitine, la vératrine, l'hydro-ferro-cyanate de quinine, le sulfure de calcium, sont les moyens indiqués dans ces graves et rapides affections.