DE LA FIÈVRE DE PLENITUDE
DANS LES PREMIÈRES VOIES, QUE CERTAINS MÉDECINS APPELLENT IMPROPREMENT FIÈVRE PUTRIDE.
La fièvre qui vient quand on a beaucoup d'excréments dans les boyaux, ou quand, à la suite du manger, on a des douleurs de côté et beaucoup de malaise jusqu'à ce que les matières soient descendues, demande une boisson d'hydromel abondante. Si l'on sent du poids aux lombes, il faut donner un lavement laxatif ou prendre une médecine. Après la purgation, on s'en tiendra à la purée et à l'hy-
(1) Aiiffina sit, cum sub hyenien, aut vernum tempus, multa et lenta fluxio ex capite ad jugulares venas defluserit, eaeque, propter amplitudinem, copiosiorem fluxionem attraxerint. Frigida aulem et viscida existeus obstruit, et spiritus sangninisque vias occludens, proximum ((uemc|ue sangnineni condeusat, eumque immobilem et stabilem rcddil, cum natura sit frigidiis et ohstruero uatus. Ob id Ruflbcantur, lingiia liveute el rotunda reddita, ac reflexa, propter eas venas, c^ux linguœ subsunt. Secta namque uva, quam quidam columellam appellaut, utraque ex parte veiia crassa apparet. Pleuœ igitur ijisse existeutes, in linguam, quie propter siccitatem rara est, et spongiosa, innixse sunt. Ea vero, prse violentia humorem ex venis recipiens, ex lata rotunda efScitur, ex bene colorata. livida, ex molli, dura, ex bene flexibili, flecli contumax. Ex que cito suflocari contingit, uisi quis brevi succurrat, venis in brachiis et sub lingua sectis, et mpdi<:amenlis, ad dclingonduni exhibitis, et calidis oris collutionibus. Capite etiara abraso, ceratum tum collo, tum capiti apponi débet, et obvoluiis lanis molli spongia, ex aqua calida exprcssa, fotusadhiberi. Aqua autem et mulsa minime frigida potui exhibeaiur, et plisana; cremorem œger sumat, ubi jam ex judicatione in tuto versabitur.
dromel. Puis on passera aux aliments légers, an poisson cuit. On n'usera pour boisson que de vin trempé à souper, et de l'hydromel à dinar. S'il y a des vents rendus par le haut, qu'ils soient de mauvaise odeur, on y remédie en mettant un suppositoire, en prenant des lavements, en usant d'oxymel pour boisson, jusqu'à ce qu'ils descendent et sortent par le bas (1).
On ne saurait dire, précisément, que racoiimulation des matières stercorales dans l'intestin, produit la lièvre putride, mais c'en est au moins une cause déterminante. Nous aurons encore l'occasion de toucher ce point de séméiotique dans le Livre des pronostics.
On ne connaît rien des virus animaux, même de ceux qui se transmettent par inoculation, tels que le virus rabifique, le virus syphilitique, le virus varioleux et son congénère le virus vaccin. Parmi ces virus, on pourrait admettre la fécine, à laquelle quelques auteurs attribuent la fièvre putride ; la sudorine dans les fièvres catarrhales et rhumatismales ; la biline dans les fièvres bilieuses gastriques ; l'uréine dans les fièvres nerveuses ou urémies; la spermatine dans la fièvre d'incontinence, etc. Cette doctrine des virus nous paraît tout aussi rationnelle que celle des germes ou microbes, dont l'existence, en tant que générateurs morbides spéciaux, est contestée par quelques observateurs qui n'entendent point «jurer sur la foi du maître (ou plutôt des maîtres). "
Quoi qu'il en soit, il est important d'écarter de l'économie les produits excrémentitiels, et même les produits récrémentitiels, quand ils ne sont pas utilisés à temps.
Le Sedlitz Chanteaud en tant que lavage et moyen de drainage ne saurait être négligé, mais il faut dans quelques cas les alcaloïdes, tels que la strychnine, qui active le ton des organes, le podophyllin qui augmente les sécrétions intestinales, la pylocarpine qui pousse à la sueur et à la salive, etc..
(1) Si febris corripuerit, veteri stercore uon subeunte, vel receuti cibo accepto, sive cum lateris dolore, sive non, is quieti permittendus, dum primum ad inferiorem alnira cibi recrementa descenderint. Potu vero aceto mulso uteiidum. At cum gravitas ad lumbos deveiierit, inferiorem alvum iul'uso subluere, aut medicamento purgaute uti oportet. Post purgationem, primum ex sorbitione victum instituere et aquœ mulsœ potum ; deinde cibos et pisces coctos, et vinum aquosum ad uoctem exiguum, interdiu vero mulsam aquosam. Quod si flatus graveolentes fuerinf, vel glans, vel alvi infusum proderit ; alioqui in aceii mulsi potu continere oportet, donec cibi ad inferiorem alvum descenderint, tuncque per infusum alvum subducere.
EXPLICATION DU FROID DES EXTREMITES AU COMiMENCEMENT DES REDOUBLEMENTS.
Quand tout le chaud se porto à la tète et qu'il l'incendie, les pieds doivent naturellement se refroidir; ils sont de leur nature peu charnus, ils ont beaucoup de nerfs et ils se trouvent fort éloignés do la poitrine, où est le foyer de tout le corps. Il est naturel aussi qu'ils se réchauffent quand la fièvre diminue, et que la chaleur se répandant partout, la poitrine et la tête soient rafraîchis. C'est alors le temps de nourrir; tandis que les pieds sont fi-oids, le ventre est chaud, l'appétit ne se fait pas sentir, les hypocondres sont tendus, le malade ne sait comment se tenir ; tout l'intérieur se trouble, la connaissance se perd ; on est dans des angoisses, on sent comme des morsures piquantes; l'on a des envies de vomir, et si l'on vomit, les efforts du vomissement augmentent les douleurs. Tout s'apaise quand la chaleur va aux pieds, que les urines et les sueurs arrivent. C'est alors, je le répète, le moment propre pour donner la purée. Dans l'autre temps, elle serait funeste (1).
La doctrine de la calorilication qu'expose ici Hippocrate, est celle de Lavoisier. Mais ni l'un ni l'autre ne sont plus dans le vrai, puisqu'on sait aujourd'hui que la combustion a lieu par le changement du sang artériel en sang veineux, c'est-à-dire le contraire de ce qu'on avait admis jusqu'alors.
Mais il est certain que la chaleur se retirant de la périphérie, elle augmente au centre, et qu'ainsi Boerhaave,en s'inspirant des idées d'Hippocrate, a eu raison de poser comme conditions de santé : la tête fraîche, le ventre libre et les pieds chauds. Les inégalités de la circulation font donc beaucoup de nos malaises, ainsi qu'Hippocrate le fait remarquer, c'est donc à rétablir l'équilibre que doit s'appliquer le médecin. Pour cela,
(1) Frigentibus autem adhuc, pedibiLs, neque potum, neque sorbitionem, neque aliud quippiam ejusmodi exhibebis. Veriim maximi iiouderis esse, exislimato, si exspectes, dum valde incaluerint, tum(|ue quod ulile est, exbibeas. Siquidem ut plurimura accessionis febrilis sigiium est pedum frigiditas. Quo tempore, si quid exhibueris, maxime per omnia peccaveris. Morbura iiamque non parum auxei'is. At ubi febris desiuit, pedes vice versa reliquo corpore calidiores evadunt. Ubi enim pedes réfrigérât, augetur, et ex thorace accensa flammam ad caput remittit. Toto autem calore confertim sursum coucurrente, et ad caput exhalante, non immerito pedes, cum uatura excarnes sint et nervosi refrigerantur. Prœterea eliam a calidis locis multum distantes refrigerantur, sese colllgente ad tlioracem calore. Rursusque eadem ratioue, cum febris solvatur, et in munitas partes dissipetur, ad pedes calor descendit. Quo tempore cum caput ipsorum et thorax refrigeretur, ea de causa cibus exhibendus. Cum naraque frigidi pedes fuerint, ventrem calore et multo fastidio redundare, necesse est, prîecordiaque intendi, et corpus varie jactari propter internam turbationem, mentis abalienationem et dolores, feger vellicatur, vomere affectât, et cura prava vomuerit, dolel. Al descendente calore ad pedes, urinaque exeunte, quamvis minime siidor erunipal, sedanlur omnia, eoquc tempore sorbitionem exhibere convenit, alioqui peruiciosa est.
il a des moyens diététiques et des moyens thérapeutiques. On aurait tort de penser que ces derniers ne s'appliquent qu'aux maladies confirmées ; ils tendent, au contraii'e, à les prévenir. Mais il faut, pour cela, que les médicaments ne soient eux-mêmes une cause de malaise, comme ceux que nous fournit la vieille pharmacie, et qui inspirent le dégoût rien que d'y penser. Il est évident que la vertu des remèdes n'est ni dans leur saveur, ni leur odeur. Voilà pourquoi il faut recourir aux principes simples qui pouvant être donnés sous un petit volume et enveloppés d'une couche de sucre de lait, n'exercent aucune action fâcheuse sur le tégument buccal et pharyngien. Tels sont les médicaments dosimétriques préparés avec tant de soins par notre collaborateur AI. Ch. Chanteaud. Ainsi veut-on stimuler l'action digestive de l'estomac? I granule de quassine répond à 15 grammes d'une infusion de quassia amara. S'agit-il d'activer la diurèse? 2 ou 3 granules de digitaline suffisent. Faut-il faire tomber la fièvre et égaliser la chaleur? On a recours à l'aconitine, à la vératrine, etc.
Hippocrate résume les généralités pour toutes les maladies de la manière suivante :
Le régime est une chose capitale dans les maladies aiguës comme dans les chroniques; aussi bien que l'observation des rehaussements dans les fièvres et de leurs relâches, pour saisir 1 a-propos, pour ne point prescrire la nourriture à contretemps, et pour la donner au moment où elle ne peut nuire, qui est lorsque le malade se trouve le plus loin de l'entrée dans le redoublement.
Il faut discerner si les maux de tète viennent de quelque exercice, de course, de vojages ou de toute autre grande fatigue, comme des excès dans le commerce des femmes.
On ne doit négliger aucune remarque concernant la couleur de la peau, l'enrouement de la voix, les douleurs de la rate, l'extrême pâleur, les difficultés de respirer, la toux sèche, l'altération, les flatuosités, les gonflements de veines, la tension aux hypocondres, les tiraillements des côtes, les douleurs au dos, les crampes, les éblouissements, les bourdonnements d'oreilles, les incontinences d'urines, la jaunisse, les selles de matières non digérées, les hémorrhagies par le nez ou par l'anus, les douleurs fortes qui courent dans les emphysèmes.
On no doit purger dans aucun de ces cas, jusqu'à ce que le malade se trouve mieux ; il y aurait du danger et rien de bon à attendre des purgatifs; ils troubleraient le mal dans sa marche et mettraient des obstacles à la crise.
Si c'est le cas de tirer du sang, il faut auparavant faire que le ventre ne soit pas lâche ; saignez alors; mettez à une diète sévère et supprimez le vin. Ordonnez ensuite le régime convenable en tout et prescrivez tout ce qui concerne les fomentations et les fumigations de vapeur; après quoi, si c'est le cas de donner des lavements émollients, on les ordonne; si c'est celui de purger, on, ordonne la purgation. Employez l'ellébore avec sécurité pour faire vomir, mais non pour purger, dans aucun de ces cas dont je viens [de parler.