DU RÉGIME
Nulle question n'est plus importante que celle du régime dans les maladies aiguës.
Pour résoudre cette question, il faut étudier l'influence de la diète sur les phénomènes chimiques de la respiration.
Dans la diète absolue, le corps se détruit d'une quantité de matière proportionnelle au déficit de l'aliment, fournissant ainsi de sa propre substance, pour sa dépense journalière, tout ce que l'aliment ne lui donne pas.
C'est là ce qui résulte des études de M. Chossat sur l'inanition, et les recherches de MAI. Regnault et Reiset sur la respiration.
On sait, d'après les expériences de MM. Andral et Gavarret, qu'un homme adulte bien portant, brûle, à 10° c, environ 11 grammes de charbon par heure, en moyenne 240 grammes par 24 heures, qui sont éliminés sous forme d'acide carbonique , d'urée et d'autres produits d'excrétion. Or, si on considère que 100 grammes de viande ou do sang contiennent environ 11 grammes de charbon, pour obtenir les 240 grammes de charbon nécessaires à la respiration de 24 heures, il faut détruire environ 2 kilogrammes de viande.
On voit par là qu'un jour de diète détermine une perte énorme dans l'organisme; et cette perte s'exerce sur tous les matériaux de calorification les plus aptes à être employés immédiatement. Elle peut être diminuée par l'excès de graisse disponible ; par le repos, mais on ne saurait
se refuser à admettre qu'elle est considérable, et qu'elle devient plus redoutable après quinze ou vingt-cinq jours d'abstinence pour ainsi dire complète, comme il est d'usage dans les maladies aiguës et particulièrement dans les fièvres typhoïdes graves.
Le résultat immédiat de la diète, c'est la diminution graduelle du poids du corps ; cette diminution peut s'élever en moyenne à 0,4. La vie n'est plus possible après cette limite de diminution de poids du corps. Le chiffre de 0,4 adopté par M. Chossat est un résultat moyen, que plusieurs influences peuvent changer, mais qui n'en reste pas moins acquis.
Les effets de la diète absolue, ou l'abstinence de tout aliment, sont plus marqués encore dans l'état de maladie, et on peut dire que les fièvres graves y puisent leur intensité. On voit alors le calorique du corps s'élever à 40, 41, 42° c, à cause de la combustion rapide des éléments carbonnés et hydrocarbounés, notamment de la graisse.
C'est là une réflexion que n'ont pas faite les médecins diététistes (affameurs, devrait-on dire) , mais qui n'a pas échappé à Hippocrate, puisqu'il dit :
Plus les pertes par les évacuations et les purgations sont grandes, plus il faut nourrir les malades jusqu'au temps de la crise et même pendant les deux jours qui la suivent, lorsqu'elle se fait le cinquième, le septième et neuvième jour. On donnera le matin la purée d'orge, et l'on passera lentement aux autres aliments (1).
Il est évident que puisque la nature fait un effort pour rejeter l'agent morbide, il faut la soutenir et non l'affaiblir en supprimant toute nourriture, autrement il en est comme d'une place forte à laquelle on retirerait ses munitions et ses vivres au moment où elle va être attaquée.
Hippocrate signale les dangers d'une diète trop prolongée, quand il faut ensuite nourrir le malade :
Si après avoir tenu longtemps le malade sans aliment, on donne tout de suite la purée d'orge, avant d'avoir évacué, on irritera les douleurs quand il y en a, et on la fera venir là où il n'y en a pas, et la respiraticfft en sera rendue plus fréquente, ce qui est un grand mal. Le poumon en sera desséché, les, hypocondres, le ventre et le diaphragme se fatigueront. Plus encore, s'il y a douleur de côté, continue, qui résiste aux fomentations chaudes, et si le crachat ne se peut expectorer ou s'il sort
(1) Quoque copiosior purgatio fuerit; eo major quantilas arl judicationem usque adjicienda, praecipue vero duobus ab judicatione diebus, quibiis quidera, aut quimo, aut septimo, aut nono judicatio fieri, videatur, ut eliam dieriun paritatis et imparitatis ratio habeatur. Post hoc autem mane quidem sorbitione utendum, vespere vero ad cibos transeundum.