ALIMENTATION DES MALADES
le potage, ou la crème qu'elles prétendaient que le malade avait refusés. Mais s'il est nuisible de ne pas alimenter les malades, il faut leur donner une alimentation appropriée : de bons consommés, des potages succulents, des laitages. La tisane dont parle Hippocrate, avec une certaine complaisance, n'est pas celle des bôpitaux, dont le cbiendent et la réglisse font tous les frais. Voici comment il veut qu'elle soit composée :
La tisane doit être faite de la plus belle orge, bien cuite — à moins que le malade ne doive user delà simple décoction. Outre ses autres qualités, la tisane peut, àraison de l'onctuosité de l'orge, former une boisson, qui ne saurait nuire. Elle ne s'attache nulle part, ne séjourne point dans les premières voies; elle passe très-facilement, n'altère point et se digère sans peine, n'a rien de rude, et s'élabore parfaitement dans le corps, toutes conditions qui sont nécessaires (1).
Hippocrate indique trois sortes de préparations d'orge : 1° une forte décoction; 2° une décoction dans laquelle on fait passer, par expression, une partie de l'orge ; 3° la décoction avec la purée de toute l'orge (ou la tisane entière).
Hippocrate n'est pas d'avis de bourrer les malades de pain, comme cela se pratique souvent dans les hôpitaux. Voici comment il s'exprime à ce sujet :
Vous ne serez pas étonné, si je vous dis que la micbe, quand on n'y est pas habitué, donne des gonflements et des vents dans l'estomac, ou des coliques violentes; que le pain mangé tout chaud donne une soif ardente, une prompte satiété, qu'il dessèche et se digère difficilement; que le pain mollet et, le pain bis sont des alimeiits entièrement différents pour ceux qui ne sont pas habitués à manger indistinctement de l'un et de l'autre. Il en est de même de la miche, si elle est sèche et dure, ou bien molle et tendre. La farine de froment nouveau diflfôre aussi de la vieille pour ceux qui n'en ont point l'habitude (2).
Toutes ces remarques ont leur importance pour le régime des malades. Il est certain que dans les hôpitaux le pain laisse souvent beaucoup à
(1) At ptisanam ex horJeo, quaui optimo, confici et optime coctam esse oportet, idque praesertim, si non solo cremore uti debeas. At reliquas enim virtutes istud etiam accedit, quoJ ptisana; lubricitas efficit, ut liordeum devoratum minime lœdat, cum uusquara adhîerescat, neque secundum thoracis rectitudinem immoretur. Est autem maxime lubrica, sitimque minime infert, et facillime coquitur, estque infirmissima, si optime cocta fuerit, quibus omnibus opus habet.
(2) \'erum (minus fortasse miraberisj, si noveris, quantara raaza turbationem, et tumorem, et flatura, et termina prseter cousuetudinem iiigesta ventricule exhibeat ei, qui ea vesei minime consuevit ; vel qualem panis ipse calidus ingistus sitim inducat, et repentinam repletionem, tara quod exsiccet, tum etiam, quod tarde descendat ; ei quam varia inter se efficiaut panes purissimi et confusanei, in cibo prœter consuetudinem assumpti ; itemque maza prseter morem sicca, aut humida, aut lenta, et quale quid efliciant poleutœ récentes in non assuetis, aliœque iis, qui recentibus sunt assueti.
désirer, et que la perte d'appétit, la tiatuleuce, la diarrhée, uont souvent pas d'autres causes. Ajoutez à cela les falsifications qu'on fait subir au paiu, soit dans sa substance (la farine), soit dans sa fabrication. La plus dangereuse de ces sophistications est celle par le sulfate de cuivre, afin de pouvoir travailler les farines avariées, ce (jui rend le pain doublement dangereux.
Aujourd'hui ces fraudes sont moins communes, parce que la police a l'œil dessus, mais nous avons connu le temps où elles étaient générales. Les boulangers se gênaient si peu, qu'ils ne se donnaient pas même la peine de dissoudre le sulfate de cuivre , dont on trouvait des cristaux entiers dans la mie. Ce fut une des causes des ravages du choléra.
On substitue à la fai'ine de froment ou de seigle, des farines de féveroles, de ma'is, cette dernière étant nuisible à cause des cryptogames qui s'y trouvent. En Italie, la pellagre est due à l'usage de la polenta, fabriquée avec de la farine de maïs.
Malheureusement, le système des soumissions publiques laisse beaucoup de marge à la fraude. Mieux vaut une régie qu'on peut surveiller de près.
En somme, aux malades alités, il faut une alimentation de facile digestion, et comme l'estomac est en défaut, il faut lui venir en aide par la quassine, qui est son stimulant propre : 2 ou 3 granules aux repas.
On emploiera également avec succès la pepsine. Celle qui est fabriquée par la maison Chanteaud (rue des Francs-Bourgeois, 54, à Paris), contient cent pour cent de pepsine.
On sait que la pepsine est le principe dissolvant de re.stomac, sans lequel la digestion stomacale ne se ferait pas.
Pour ce qui concerne les malades non alités, il faut la ration de repos et non la ration de travail, sans tomber ni dans l'un, ni dans l'autre excès : trop ou trop peu. On ne gagne rien à rationner les malades; si on ne les laisse manger à leur laim, ils trouvent toujours moyen d'enfreindre le régime auquel on les soumet, et c'est là un danger de rechute. Mieux vaut parler à leur raison qu'entrer en lutte avec leur voracité.
Nous ne pouvons mieux terminer ce chapitre relatif au régime des malades que par une citation extraite d'un livre trop peu connu : Journal d'une infirmière, pendant la guerre de 1870-1871 ; Sarrebruck, Metz, Cambrai, par M'"* la baronne de Crombrugghe, une de ces femmes courageuses qui à cette triste époque se sont dévouées au service des blessés.
- C'est principalement l'anémie, produite par les privations, qui emporte les malheureux. Le chirurgien de ma salle m'a paru profondément