‹ Etudes sur Hippocrate au point de vue de la méthode dosimétriqueChapitre 60 sur 130 · ALIMENTATION DES MALADES · texte numérisé non relu

ALIMENTATION DES MALADES

découragé. Je remarquai qu'il s'occupait minutieusement des blessés, mais chaque fois qu'il avait interrogé un malade, je le voyais sourire tristement et s'éloigner en haussant les épaules, après avoir prescrit une potion opiacée. La visite terminée, je le priai de m'indiquer le genre de service qu'il désirait plus spécialement me voir l'endre dans cette ambulance : « Tout, tout ce que vous pourrez! Et tenez! alors que vous ne feriez autre chose que reprendre aux plus malades, ce pain qui les étouffe, quand on vient le leur jeter sur leur grabat, déjà vous leur rendrez un grand service : ils meurent ici faute d'une nourriture appropriée à leur tempérament apauvri! — Mais, docteur, dis-je, si nous organisions une cuisine pour les malades? — Vous les sauveriez! me dit-il. — Nous les sauverons! répartis-je. A l'œuvre! sans perdre de temps. «

Et la courageuse femme se fait instituer « inûrmier-major ». Elle use de son autorité pour réclamer un chariot et quelques hommes. Et la voilà en course avec un caporal, faisant les emplettes les plus nécessaires : deux fourneaux, une batterie de cuisine et tous les menus ustensiles qui manquaient à l'ambulance, charge le tout sur le chariot, les hommes portant dans des paniers les objets fragiles. L'un des fourneaux est posé dans la pharmacie, l'autre dans la salle commune. Deux heures après, il y avait des tisanes chaudes sucrées et alcoolisées, des cataplasmes bouillants, des cruchons d'eau chaude pour réchauffer ces malheureux grelottant sur leur paillasse !

Noble femme ! Elle est morte à la peine, car son cœur s'est brisé à ces déchirants spectacles. Nous qui l'avons vue à l'œuvre, nous pouvons lui rendre ce témoignage et dire que jamais cœur plus noble battit dans une poitrine, nous ne dirons pas de femme, mais d'homme.

Et voilà ce qu'on nomme la guerre! Et dire que l'homme qui a provoqué d'une manière insensée la guerre de 1870, est mort tranquillement dans son lit, sans avoir même subi le supplice du remords, car dans son infatuation, il croyait avoir obéi à son étoile! Et peut-être sans les Zoulous, le fils eût préparé de nouvelles horreurs au monde!

Mais revenons au régime des malades.

La question du boire n'est pas moins importante que celle du manger. Hippocrate n'était pas partisan de l'eau pour boisson dans les maladies aiguës. Voici comment il s'exprime à ce sujet :

Quant à l'eau, je ne vois guère ce que je pourrais dire touchant son usage dans les maladies aiguës ; elle n'a ni la vertu de calmer la toux des pneumoniques, ni celle de faire expectorer, ou du moins, on ne l'y remarque pas, comme dans los boissons proprement dites. L'eau, si on en prend peu, entre l'oxymel et Dij-dromej^ pourra faciliter l'expectoration à raison du changement fait dans la qualité dr la

boisson ; elle remplit un peu, mais elle n'apaise pas la soif, elle relâche et fait de la bile, car de sa nature, elle est bilieuse, fatigante pour les hj-pocondres et trèsaffaiblissante (1).

Le fait est qu'il n'y a rien de plus lourd à l'estomac que l'eau crue ; et comme eUe est absorbée rapidement par les veines gastro-spléniques et gastro-hépatiques, elle tuméfie le foie et la rate et produit une pléthore aqueuse qui peut aller jusqu'à l'albuminurie, ainsi que le font voir les injections aqueuses dans les veines d'un animal.

L'eau froide et crue produit le l'humatisme intestinal, maladie trèscommune en Orient, et où il est probable qu'Hippoci'ate a puisé son aversion de l'eau crue.

L'eau crue n'est bonne, dans les maladies aiguës, qu'en petite quantité et après le vin (2).

Ce qu'Hippocrate dit de l'usage du vin dans les maladies aiguës, est intéressant pour nous, parce qu'il nous fait connaître les vins usités à son époque.

Le vin doux porte moins à la tête que le vin fort; il n'étourdit pas autant et passe plus facilement aux entrailles ; il gonfle le foie et la rate ; il ne convient donc pas à ceux qui ont la bile amère ; il les altère ; il donne des vents dans les intestins grêles. La qualité venteuse ne se fait pas autant sentir dans les gros intestins. Los vents qu'il engendre ne sortent point, ils séjournent aux hypocondres; il est en général moins diurétique que le vin blanc sec. Le vin doux procure le crachat mieux qu'un autre; il ne produit pas autant cet eff"et quand il altère. S'il n'altère point; il convient plus que tout autre pour faire cracher (3).

(1) Ad aquam autem, prœterquam quod in morbis acutis bibitur, nullum quidem aliud munus habeo, quod conferam. Neque enim tussim lenit in pulmonum inflammationibus, neque .çputum educit, imo cseteris minus, si quis perpetuo aquœ potione utatur. Verum si inter acetum mulsum, et aquam mulsam, exigua aqua sorbeatur, sputum educit, propter potuum qualitatis transmutationem. Quandam enim intus inundationem facit. Alioqui neque sitim sedat, sed irritât, siquidem biliosae naturse biliosa est, et prœcordiis mala, seque ipsam malitia superat, biliosissimaque est, TÏresque maxime labefactat, ubi in vacuitatem venerit.

(2) Nempe quod frigida est, et non cocta, tarde permeat, et neque dejectiones, neque urinas movet. Nonnihil etiam insuper ob id laedit, quod natura stercoris expers est. Quod si pedibus etiam dum frigentibus aliquando ebibatur, multo majoi-es bas noxas faciet, ad quancunque tandem inclinaverit. In ejusmodi tamen morbis, ubi vehementem capitis gravitatem, vel mentis kesiouem afferre, suspicatus fueris, vino omuino est abstineudum, tune que aqua utendum, aut vinum aquosum et album, et penitus inodorum prorsus daudum, et post illius potionem aquae exiguum superbibendum.

(3) Dulce quidem vinoso minus caput gravât, et minus caput ferit, magisque sane, quam alterum, intestinorum dejectiones movet, viscerum tamen tumores, hepatis nempe et lienis, auget. Neque igilur his, qui amaram coUigunt bilem, convenit, nempe quod bis sitim facit. Quin etiam in superiore intestino flatum excitât, neque tamen inferiori intestino pro flatus ratione est adversum, etsi sane non valde pénétrât a dulci vino flatus, sed circa prœcordia immoratur. Et certe hoc minus urinas prorsus movet, quam viuosum album. Sputum tamen potentius altero educit, quod dulce est.

Le vin ne peut être utile aux malades que pour autant qu'il soit pur et fort, c'est-à-dire que la fermentation vineuse se soit faite. En Grèce, pour conserver les vins, on les mettait dans des outres de peau de bouc, enduits à l'intérieur d'une couche de résine. Ce double arôme, animal et végétal, donnait au vin un bouquet qui plaisait aux gourmets.

Quand ce vin avait un certain âge, il aidait à l'expectoration tout comme le goudron Guyot de nos jours. A l'époque où nous étions interne à l'hôpital civil de Gand (de 1825 à 1828), les jours d'opération, chacun de nous avait droit à une bouteille de vin de Tours et à une bouteille de vin de Bordeaux. Le vin de Tours tel qu'on le buvait alors, était soufré, c'est-à-dire qu'avant de le mettre dans la futaille, on laisse brûler dans cette dernière une mèche de soufre. Jusqu'à un certain point, cela pouvait vous garantir de la gale, mais comme boisson, ce n'était guère agréable.

Quant au bordeaux, c'était un atfreux mélange de bois de campêche, d'écorce de chêne et d'acétate de plomb pour lui donner un goût sucré. Et comme les pauvres malades recevaient de ce même vin, il n'était pas rare qu'ils fussent pris de coliques de plomb. Nous ne disons pas que les choses se passent encore ainsi aujourd'hui , mais ce que nous pouvons affirmer, c'est que le vin y est de qualité inférieure, à cause du bas prix.

Hippocrate a donc eu raison de dire que le vin jeune est plus préjudiciable aux malades que profitable. Il lui préfère l'hydromel, boisson fort usitée à son époque.

La boisson de l'hydromel, durant tout le cours des maladies aiguës, n'altère pas autant que le vin doux; il adoucit le poumon, facilite l'expectoration et calme la toux; il a quelque chose de détersif, qui divise merveilleusement le crachat. L'hydromel est encore assez diurétique, si l'état des viscères ne le contrarie point ; il est laxatif et il fait couler la bile, tantôt pure, tantôt écumeuse et plus ardente qu'il ne faudrait. Cela arrive surtout aux bilieux, dont les viscères sont gonflés. Quand l'hydromel est aqueux, il facilite davantage l'expectoration; quand il est bien chargé de miel, il fait plus couler la bile, même celle qui est ardente et écumeuse. De telles déjections dénotent un grand mal; elles n'éteignent point le feu des hypocondres, qui sont brûlants ; elles se trouvent accompagnées de douleurs et d'affaissements; il se fait des ulcérations aux intestins et à l'anus. On y remédie comme je vais le dire. Il faut alors abandonner absolument la purée et n'user que de l'hydromel pour toute boisson : c'est le moyen de soulager le malade et d'obtenir un heureux succès.

A cela se réduit tout ce que j'avais à dire au sujet de l'hydromel, pour déterminer à qui on doit le donner ou le refuser, et pour quelle raison. On a souvent blâmé son usage en disant qu'il affaiblit, qu'il énerve, que même il précipite la mort des malades. Ce reproche lui vient de ce qu'on les laisse trop s'afifaiblir en ne leur laissant prendre que de l'hydromel, comme s'il pouvait les nourrir longtemps, ce qui n'est

point. Cependant il soutient les forces bien autrement que ne ferait l'eau pure, à moins qu U ne porte du trouble dans les entrailles (1).

Hippocrate parle ici des désordres que la bile produit dans le canal intestinal, notamment le ramollissement et l'ulcération de la muqueuse. De là l'indication formelle du lavage du tube intestinal par le Sedlitz Chanteaud.

L'hydromel ne peut rien que rafraîchir, à la condition toutefois de n'être point acide, c'est-à-dire qu'il soit fraîchement préparé : une once de miel de bonne qualité, dans une livre d'eau. Les Grecs avaient leur miel de l'Hymette dont ils avaient raison d'être jaloux.

Hippocrate vante également l'oxymel, boisson d'un excellent usage dans la plupart des maladies aiguës. Voici les précautions qu'il indique pour son emploi :

Quand il est fort acide, l'oxymel ne peut être d'aucune utilité pour faire expectorer. S'il poussait les crachats arrêtés, s'il les rendait plus coulants et s'il dilatait en quelque manière les bronches, il soulagerait beaucoup le poumon ; mais quand il est trop acide, U ne pousse pas les crachats au dehors ; au contraire, il les épaissit et produit de mauvais effets , surtout chez les malades qui sont trèsmal et qui ne peuvent tousser forcément pour expulser ce qui embarrasse le poumon. Il faut donc le donner plus ou moins acide suivant les forces du malade et suivant les espérances de guérison qu'il présente ; en l'administrant, le donner à petites doses, et bien tiède. S'il est un peu acide, il humecte la bouche et le gosier; il fait expectorer et il calme la soif; il est doux aux hypocondres et aux viscères. Les vices du miel y sont corrigés par le vinaigre: ce qu'il a de bilieux et de venteux est détruit ; il pousse aux urines et il humecte en même temps les bas intestins et les nettoie. Il devient quelquefois nuisible dans les maladies aiguës en ce qu'il empêche les vents de sortir et les fait refluer, outre qu'il affaiblit un peu et qu'il refroidit les extrémités. Ce sont les seuls inconvénients que j'ai cru reconnaître dans l'oxymel, si tant est qu'on y fasse attention (2).

(1) At aqua mulsa, per totum morhum in acutis epota, iis prorsus, qiii bilem amaram coacervant, et quibus viscera intumescunt, minus, quam non talibus, est idonea. Sitim tamen minus, quam dulce viaum, infert. Pulmonem enim emollit, et sputum mediocriter educil, tussimque sedat. Habet naraque detergens quiddam, quod plus, quam par est, viscidum sputum reddit. Mulsa quoque urinas abunde provocat, nisi quid ex visceribus prohibeat. Quin et biliosa magis per alvum dejicit, interdum laudabilia quidem, interdum etiam bile sincera plus, quam par, est colorata, et magis spumantia idque biljosis et visceris alicujus inflammatione laborantibus potius contingit. Mulsa igitur dilutior sputum magis educit, et pulmonem emollit. At spumantes alvi egestiones, et plus, quam convenit, sincera bile exsaturalas, calidioresque, sincera magis, quam aquosa demittit. Talis autem dejectio, et alia graves quidem habet noxas. Neque enim prsecordiorum ardorem exstinguit, sed concitat, implaciditatemque , et incontinentem membrorum jactationera efficit , intestinaque et sedem exulcerat, quorum medelae scribentur. In hujusmodi igitur morbis, relictis sorbitionibus, si aqua mulsa alterius potiouis loco utaris, ut raulta féliciter consequaris, ita non multum successu frustraberis.

(2) Acetum autem mulsum (oxymel vocatum), epoium. multiplicem quidem in bis morbis utili-

L'oxymel est incisif, dissout les glaires et par là en favorise le rejet, mais il est nécessaii-e d'y joindre un expectorant proprement dit, tel que l'oxymel scillitique ou, ce qui vaut mieux, 2 à 3 granules de scillitine, avec chaque cuillerée de boisson.

La précaution indiquée par Hippocrate : de ne pas donner l'oxymel trop acide, est fort juste. On affaiblit ainsi l'estomac et on empêche la digestion. On connaît la manie des jeunes personnes, de boire du vinaigre pour faire passer ce qu'elles nomment " la graisse de pension » . Portai a vu, chez un enfant, l'abus du vinaigre, produire l'amincissement des parois de l'estomac. Desault rapporte l'histoire d'une demoiselle qui voulant se faire maigrir en buvant du vinaigre, devint phthisique.

Hippocrate entre dana de grands détails quant à cette partie de l'hygiène trop souvent négligée, ou se remplissant dans des conditions tellement défavorables, qu'au lieu d'être utiles, les bains sont plutôt une source de dangers.

Les bains conviennent dans bien des maladies, pour en user journellement ou non . Il arrive souvent qu'on s'en passe faute d'avoir à la main tout ce qui est nécessaire. Peu de maisons sont fournies de tout ce qui y faut et des serviteurs dont on a besoin. Or, si on prend des bains autrement qu'on ne le doit, ils nuisent beaucoup, loin d'être utiles.

On doit avoir une pièce qui ne fume point, beaucoup d'eau qui se renouvelle souvent, et qui ne vienne pas à flot, à moins qu'il ne le faille (comme pour les douches). Elle ne doit point être de grand frottement sur le corps, ou si elle en fait, elle doit être chaude et plus abondante qu'on ne l'emploie en douches. Il faut qu'en la renouvelant elle ne se refroidisse point et qu'elle soit aussitôt remplacée ; que le passage pour arriver à la baignoire, soit court et qu'on puisse y entrer et sortir commodément. Celui qui prend le bain, doit y être à son aise, ne point parler, n'avoir rien à faire lui-mémo ; c'est aux autres à donner l'eau, à frotter, à tenir tout prêt au degré de température convenable et à faire jouer fréquemment le mécanisme

tatem habere, comperips. Nam et spirituiii sursum oducil, et farilem reddit spirationom. Has vero habet utendi opportunitates. Quod quidem valde acre est, nihil moderati effecerit ad sputa, quse lion facile cxeuut. Nam si ea educeret, qua; stridulam in faucibus asperitatem H^ciuut, et lubricitatem induceret, ae veluti si guttur dilataret, pulmonera utique leniret, cum ipsum emolliat. Quse sicpiidem cnntingerciil, magnam utilitatem pr.'estarent. Interdum vero, quod valde acre est, sputiim minime educit, sed magis glutinosum reddit, noxamqne facit. Maxinie(|nc ita affecli sunt, qui, cum alioqui perniciose habent, neque tussire, nequeea, quœintus contiuentur exscreare possunt. Ad hoc igitur segrotantis roijur coiijicere oportel, et si de eo spes conceperis, exhibere. Et cum dare vohieris perquam tepidum, paulatimque hujusmodi, neque affatim exhibebis.

qui doit donner de l'eau. Il faut se servir d'épongés au lieu de racloirs ; ne pas oindre le corps avant qu'il n'ait été humecté. Soyez attentif à faire sécher la tête le plus qu'il est possible, en l'essuyant avec des éponges ; qu'on ne laisse point refroidir les extrémités, ni la tête, ni le reste du corps. On ne doit pas entrer au bain quand on a pris depuis peu la purée ou même quelque boisson nourrissante. Il ne faut rien avaler de suite après en être sorti. Il n'est pas à beaucoup près indifférent que le malade fut dans l'habitude ou non de prendre le bain dans l'état de santé. Ceux qui l'aiment et qui y sont habitués, en retirent du bien; ils deviennent indisposés quand ils en sont privés. Le bain vaut absolument mieux dans la pneumonie que dans la fièvre ardente ; il calme les douleurs de côté, celles de la poitrine, celles du dos; il hâte la coction des crachats et l'expectoration ; il facilite la respiration, il dissipe les lassitudes, il assouplit les membres et ramollit la peau; il est diurétique, il soulage les pesanteurs de tète et il rend coulante la pituite qui doit sortir par le nez. Tels sont les effets avantageux des bains (1).

On voit qu'Hippoci^ate n'omet aucun détail dans une opération où tout doit se faire avec la plus grande méthode et toutes les précautions voulues. Que de lois n'arrive-t-il pas qu'en faisant prendre un bain à un pneumonique, il gagne une pleurésie par surcroît!

D'autres fois, la difficulté de sortir le malade du bain est un obstacle, surtout s'il est paralysé. Il faut donc disposer au fond de la baignoire une sangle qu'on hisse avec un treuil jusqu'à hauteur du lit, afin de placer le malade commodément. Tous les soins subsidiaires : le sécher, le frotter, l'oindre, doivent se faire rapidement sous les couvertures, et non le laisser exposé à l'air le corps tout fumant, c'est-à-dire le glacer par la rapide évaporation.

Après avoir exposé les avantages du bain, Hippocrate fait connaître les dangers et les contre-indications.

Tels sont les effets avantageux des bains, mais il est à craindre qu'au lieu du bien

(1) Balneum vero in plerisque morbis ad usum contulerit, partira quidem a?sidue, partira vero minime. Interdumque eo minus utendum, cum ad id homines sint imparati. In paucis enim domibus, quse sunt ad agendum necessaria aut accommodata, prœparata reperiuntur, neque rainistri, quales decet. At nisi quis perbelle lavetur, non raediocrcm incurret noxam. Nam et teolo, fumo carente, opus est, et aqua liberali, et fréquent! balneo, sed non admodum large affuso, nisi res itapostularit. Et detersione quidem potius minime utendum. Quodsidet ersione opus sit, calido ipso et multo copiosiore, quam fieri soleat, detersorio medicamento utendum, et non pauca aqua affundenda, et celeriter diffundenda. Via ad solium sit brevis, et ad facilem tum ingressum, tum exitum. Qui lavatur, moderate se componat et taceat, nihilque ipse faciat, sed alios perfundere et detergere permittat. Multa etiam medii tempérament! mixtio paranda, et celeres fieri pertusiones debeut, spongiisque strigilis loco utendum, neque valde siccum corpus inungendum. Caput tamen spongia detersum, quoad ejus maxime fieri poterit, resiccari oportet, neque extremîe corporis partes, neque caput, neque reliijuum corpus refrigerari debent. Et ueque post recentem sorbitionem, neque post potum, lavandum, neque statira a balneo sorbendum, aut hibendum. Magni tamen referre, existimandum est, si œger, dum valebat, balnei Talde cupidus fuerit, et lavari assuetus. Taies enim appetunt magis, et loti utilitatem sentiunt, et laeduntur non loti.

on n'en retire du mal loi'squ'on manque à quelques-unes des choses que j'ai recommandées. Chacune peut le rendre nuisible, si elle n'est pas préparée et administrée comme il faut. Le bain ne convient nullement aux malades qui ont le ventre lâche, ni à ceux qui sont constipés depuis longtemps sans pouvoir aller; ni aux malades affaiblis, ni à ceux qui ont des nausées ou des vomissements, ni à ceux qui regorgent de bile, ni à ceux qui ont des hémorrhagies du nez, à moins qu'elles ne coulent pas suffisamment. On doit donc connaître quand l'écoulement de l'hémorrhagie est assez abondant ; s'il ne l'est point, on fera bien de donner le bain, soit à tout le corps, quoique le mal n'attaijue que quelques parties, soit au siège seulement. Quand on a toutes les commodités pour cela, et que le malade paraisse devoir bien se trouver du bain, il faut l'y mettre chaque jour. On peut même le donner deux fois par jour à ceux qui l'aiment. Il convient mieux aux malades qui prennent la purée, qu'à ceux qui n'usent que de la tisane crémée. Ceux-ci peuvent cependant être mis au bain ; mais rarement ceux qui prennent seulement la décoction d'orge. Les cas où l'on peut faire baigner ces derniers sont rares. Il sera facile, d'après ce que j'ai dit, de déterminer en quels cas les bains sont utiles ou non, ayant égard au régime qui s'observe dans la nourriture. On baignera ceux qui se trouvent dans les circonstances où le bain est bon; on ne saignera pas ceux en qui, loin de trouver des signes propres à faire présumer que le bain serait utile, on remarque ceux qui le font reconnaître comme dangereux (1).

(1) At quibus alvus est in morbis plus œquo humida, iis bahieum minime opportunum est, neque iis quibus plus justo sistitur, neque prius soluta est. Sed neque eos, qui viribus suutexsolutis, lavare oportet, neque stomacbi fastidio laborantes, neque vomiturientes, neque biliosum éructantes, neque quibus sanguis ex naribus profluit, nisi parcius, quam occasio postulet, effluat, occasiones autem nosti ; sin vero parcius, quam expédiât, profluxit, lavare convenit, sive corpus universum in reliquis, sive caput duntaxat utiiitatem sentiat. Si igitur apparatus convenientes fuerint, œgerque non gravate balueum ferre posse videatur, quotidie lavare expedit. Lavandi autem cupidos si bis die laveris, nihil peccabis. Cseterum qui tota ptisana utuntur, multo tutius assumere balnea possunt, quam qui solo succo, quamquam et ii interdum iiti possunt, minime vero, qui solo potu, quibus tamen partim quoque licet.

Nulle part, Hippocrate ne s'est montré plus médecin que dans son traité des Pronostics.

Comme un pilote habile, aux approches de l'orage, il nous apprend à carguer nos voiles.

Un médecin doit s'attacher à connaître d'avance les phénomènes des maladies : celui qui dira aux malades leur état actuel, et l'état qui a précédé, en leur faisant apercevoir une partie des circonstances qu'ils omettaient, qui pourra prédire ce qui doit encore survenir, sera nécessairement reconnu pour être bien au fait des maladies, et on se livrera avec confiance à ses soins (1).

La confiance des malades est le fondement, la base de toute médication, puisque sans elle cette médication est mal observée ou seulement pour la forme. Mais pour cela il faut que le médecin ne soit pas lui-même un sceptique et, à moins de bonnes raisons, ne transige pas avec ce qu'il a ordonné. La confiance en son art doit inspirer celle de son malade. L'homme est un être moral tout autant que physique, c'est donc le moral de son malade que le bon médecin doit rassurer avant tout.

Le médecin doit tirer ses premières informations de son coup d'œil ; il évitera ainsi à ses malades des interrogations inutiles, et rectifiera au besoin ses réponses, dictées quelquefois par la peur ou l'imagination.

(1) Operre pretium mihi facturus racdicus %idet»r. si ad providenliam sibi comparandam omne studium adhibeat. Cum namque prtcsenserit, et pr.TilixPiit apiid œgrolos, tum prreseulia, lum prœt'n-ita, tum futura, quœque ;cgri omittunt, exposuerit, res utique .-ogrotantium mogis agnoscere credetur, adeo ut majore cum fîducia sese homines medico committere aiideant.

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