EXAMEN DES YEUX
Cet examen est d'autant plus important que l'œil est non-seulement le miroir de l'âme, mais du corps. Voici ce qu'en dit Hippocrate :
Quant aux yeux, s'ils fuient la lumière, s'il en découle des larmes involontaires, s'ils sont contournés, si l'un est plus petit cjue l'autre, si l'albuginée est rouge, les paupières livides, couvertes de veines, la cornée transparente enduite de chassie, le globe de l'œil fixé vers le haut de l'orbite ou poussé en dehors, ou extrêmement enfoncé, si toute la couleur du visage est changée, on peut considérer ces signes comme funestes et mortels (1).
Pour apprécier la valeur de ces pronostics, il faut se rappeler la composition nerveuse de l'œil et de ses enveloppes. L'œil lui-même n'est que la répétition du cerveau, avec ses membranes ou méninges. Et c'est de cette manière qu'on peut se faire une idée du champ intellectuel, comme du champ visuel, c'est-à-dire que c'est sur sa surface que viennent se peindre les images qui se convertissent en idées, ou plutôt c'est l'âme qui juge ces impressions. Quant aux enveloppes ou oculi tutamina, elles reçoivent leurs nerfs de la troisième paire : oculo-moteur externe; de la quatrième : nerf pathétique ou oculo-moteur interne ; de la cinquième : trijioneaux , et , en outre , des ganglions ophthalmique et sphénopalatin de Meckel. La nature de ces nerfs et leurs rappoi'ts permettent de faire les remarques suivantes : La sensibilité de l'iris est subordonnée à celle de lai'étine : cette dernière est-elle frappée d'une vive lumière, la pupille se resserre. Dans l'amaurose, cette ouverture est immobile. Il existe également des rapports sympathiques de l'iris avec la pituitaire parles nerfs naso-ciliaires. La force motrice du diaphragme oculaire estpuisée directement dans les nerfs moteurs ; la section de ces nerfs, principalement de l'ocwto-moiewr commun, paralyse l'iris.
Indépendamment de ces rapports prochains, l'œil en a d'éloignés, principalement avec le tube digestif : l'irritation de l'iris et du cercle ciliaire produit le vomissement. C'est ce qui a lieu dans l'opération de la cata-
(1) Si namque lucem refugiiuit, aut illacrymant prseter voluntatem ; aut pervetuutur, aut aller ex iis minor fit ; aut quse in lis alba esse Jebent, ruliescunt ; aut in iisdem venulie livescuut, aut nigricant ; aut lippieutium oculorum sordes circa eorum acieni apparant ; aut etiam assidue mobiles, aut tumidi, aut vehementer cavi facti suut; aut eorum aspeelus squalidus, et miuime lucidus ; aut lotius faciei color immutatus : hcec omnia mala, periiiciosaque existimanda.
racte par extraction. L'agacement de \ oculo-moteur commun sur un animal, occasionne une légère douleur et des mouvements vermiculaires dans le tube digestif. Les mêmes effets se produisent par l'irritation des nerfs palatins.
Or, il faut se rappeler que Yocido-moteur commun fournit au ganglion ophthalmique la courte racine, que la longue est fournie par le nerf nasociliaire , et que le ganglion sphéno-palatin, qui reçoit ses racines du maxillaire supérieur, envoie des filets à l'isthme du gosier. D'une autre part, les nerfs palatins communiquent avec ceux du pharynx et ainsi de proche en proche, avec ceux de l'œsophage, de l'estomac et du commencement de l'intestin grêle ; on conçoit aussi comment l'irritation de l'iris ou de son cercle, transmise à la moelle allongée par l'ophthalmique, est réfléchie sur le nerf maxillaire supérieur et de là surle glosso-phari/ngie7i et le pneumogastrique. La présence des vers dans les premières voies détermine une forte dilatation de la pupille.
hdîioculi tutamina .-paupières, voies lacrymales, reçoivent leurs nerfs de \ oculo-moteur commun, qui envoie un filet dans le releveur de la paupière supérieure ; à\\ facial, qui fournit des filets au muscle orhiculaire des paupières; des branches nasales externes, frontales, lacrymales de l'ophthalmique de Willis; des rameaux sous orbitaires du maxillaire supérieur. Les premiers de ces nerfs sont moteurs, les seconds, sensitifs. S'il y a lésion de Yoccido-7noteur commun, la paupière supérieure est tombante et ne peut plus se relever; si c'est le nerf facial qui est lésé, l'œil reste entrebâillé à cause de la chute de la paupière inférieure et de la paralysie de l'orbiculaire. Dans la lésion de la forte racine des trijumeaux, il y a insensibilité de la conjonctive et absence des mouvements de clignotement, les muscles n'étant plus avertis de se contracter. En même temps, l'œil s'irrite et s'enflamme, surtout la conjonctive et l'iris, et le globe tombe en fonte purulente; plus tard, il y a érosion de la cornée; en un mot, il se déclare une véritable ophthalmogonorrhée, qui finit par envahir toutes les membranes de l'œil et détermine sa perte. Il en est de même quand on détruit la portion cervicale du grand sympathique, comme le prouvent les expériences de Cl. Bernard.
Le fait suivant démontre l'importance de l'œil pour le pronostic. Un individu, âgé de 65 ans, avait été transporté dans notre service à l'hôpital civil de Gand, pour une hernie inguino-scrotale , irréductible depuis déjà quatre jours, et ayant des vomissements fécaloïdes. Nous remarquâmes chez ce malade un fort resserrement des pupilles, d'où nous conclûmes à un état spasmodique de la hernie, d'autant qu'on sentait à travers la paroi abdominale des tumeurs bosselées et rénitentes. Nous