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PRONOSTICS DE L'ETAT DU VENTRE

Dans toute maladie, il est bon que le ventre soit souple et de volume ordinaire. Si les déjections sont fort liquides ou blanches, ou vertes, ou fort rouges, ou écumeuses, ce sont autant de mauvais signes; comme aussi lorsqu'on va fort peu, rendant des matières tenaces, blanches, jaunâtres, point mêlées (liées). Mais les plus funestes sont les noires, les oléagineuses, les livides et d'odeur infecte.

Les déjections de diverses natures ne sont pas moins funestes, j'entends lorsque les matières sont semblables à des raclures de boyaux, noires, vertes, bilieuses, qui

sortent quelquefois ensemble, d'autres fois séparément. Il est bon que les vents sortent sans éclat et sans bruit. Il est mieux de les rendre avec hruit que de les retenir (1).

Ce que nous avons dit dans le « pronostic « précédent prouve combien il est important d'examiner les matières fécales, du moins dans les affections abdominales, si on veut se renseigner sur l'état des sécrétions et des élaborations. Ainsi, nous signalerons, entre autres, certaines maladies du pancréas qui sont révélées par des selles lactescentes. On avait cru que c'était le chyle qui se perdait ainsi, mais ce sont plutôt les matières grasses mal émulsionnées faute d'un liquide assez abondant ou assez alcalin. On connaît l'état des selles dans l'hépatite, dont on peut suivre ainsi les diverses phases. Dans la péritonite, les selles poracées sont toujours un mauvais signe; il en est de même des selles noires dans le vomito negro. Tout cela peut se corriger par le lavage intestinal au Sedlitz Chanteaud.

L'urine qui dépose un sédiment blanc, bien mêlé, pendant tout le temps de la maladie, jusqu'à sa crise, est bonne : c'est un signe qu'il n'y a pas de danger et que la maladie sera courte. S il y a des interruptions, l'urine étant quelquefois sans sédiment, d'autres fois avec sédiment blanc et égal, la maladie sera plus longue et le salut est moins certain. Lorsque l'urine est, rubiconde, le sédiment de même et égal, le mal sera long. Le sédiment qui ressemble à de la grosse farine fait un mauvais signe; plus mauvais si le sédiment ressemble à de petites écailles. Le sédiment blanc très-ténu est pernicieux. Le plus fâcheux est celui qui ressemble à du gros son. Les nuages blancs suspendus dans les urines sont bons; les noirs, mauvais. L'urine roussàtre, limpide, montre qu'il no se fait pas de coction do la maladie. Si ce symptôme dure fort longtemps, il y a à craindre que les forces ne suffiront pas pour la coction des urines. Les urines les plus funestes sont celles dont l'odeur est infecte, ou qui sont claires comme de l'eau, ou noires, ou d'une consistance épaisse

(1) In omiii vero morbo veutrem moUem esse, et raediocriter extumescere convenit. — At valde aquosum, aut album, aut ex viridi pallidum, aut vehemeuter rubrum, aut spumans dejici, hsec omiiia mala sunt. — Prseter hsec quoque maluni est, quod exiguum. plutinosum, candidum, ex viridi subpallidum, et levé existit. — His vero magis lethalia sunt iiigra, aut pinguia, aut livida aut feruginosa, aut fiptida.

Varia auteni his quidem sunt diuturuiora, nihilo tamen minus exitialia. Hujusmodi sunt strigmentosa, liiliosa, cruenta, porracea et nigra, modo simul inter se mixta, modo per vices prodeuutia. — Flatuin autem sine sonitu quidem ac orepitu exire, ojilimum. Prcestat tamen cum strepitu prodire, quam istic revolvi.

— parmi celles-là les noires sont lesplus fâcheuses; les aqueuses, pour les enfants. Si Ton rend pendant longtemps l'urine crue, limpide, tandis que les autres signes sont d'ailleurs salutaires, c'est signe d'un abcès dans les parties au-dessous du diaphragme. La graisse qui nage sur les urines, comme les toiles d'araignée, est un signe de colliquation. Il faut pour les nuages suspendus dans les urines, examiner s'ils restent en haut, ou s'ils vont au fond, et quelle en est la couleur. Ceux qui se précipitent, ayant les couleurs que j'ai déjà louées, sont bons. Mais s'ils se précipitent ayant les mauvaises couleurs dont j'ai parlé, ils sont mauvais. Pour n'être pas trompé par les urines, examinez s'il n'y a pas de maladie particulière à la vessie, et non pour tout le corps (1).

En l'absence de notions de chimie organique, de physiologie et de microscopie, on comprend qu'Hippocrate n'a pu avoir égard qu'aux caractères objectifs des urines; mais ce qu'il en dit prouve un observateur sagace. N'est-ce point encore à ces signes que le praticien doit s'en rapporter aujourd'hui dans le plus grand nombre des cas? car il n'a pas toujours l'analyse chimique à sa disposition. Et même alors que de doutes encore!

Les reins sont les serpentins distillatoires du corps , on peut donc juger par les urines, du degré de coction des humeurs (pour parler comme Hippocrate). Si elles (les urines) sont citrines, sans autre odeur que celle qu'elles exhalent quand elles sont fraîchement émises, ou avec des arômes propres aux aliments et aux boissons, si elles ne renferment aucun dépôt que du mucus qui se condense en un léger nuage, Hippocrate affirme qu'elles sont saines, bien cuites. Quand, au contraire, elles sont brunâtres, ammoniacales, huileuses, elles sont mauvaises, c'est ce que

(1) Urina optima est, in qua per omne terapiis, quoad morbus judicatus fiierit, subsidet album, levé, et îejuale. Securitatem euim, brevemque morbum fore significat. — Quod si intermittat, et interdura quidem pura niejalur, iuterdum etiam subsideat album et lave, diuturnior, et minus securus morbus evadit. — At urina subrubra, simileque, quod subsidet, et levé, htec longe quidem diuturuior, quam prima fil, valde tamen salutaris.

Sedimenta autem in urinis, crassiores hordei tosti non exacte moliti partes refereutia, prava sunt; hisque pejora lamiuis similia. Alba vero, et teuuia, valde prava ; atque his etiam détériora, furfuracea. — Nubeculœ, qufe per urinas feruntur, albse quidem bonae ; nigrœ vero malœ sunt. — Quoad autem urina fulva fuerit, et tenuis, crudum esse morbum indicat. Quod si diutius talis urina perseveret, pei'iculum est, ne non possit œger sufficere, quoad urina coucoquatur.

At exitiosiores sunt uriuœ fœiidîe, et aquosœ, et nigrœ, et crassae. — Ad hsec in viris quidem et mulieribus urinse nigrse, in pueris aquo.?», deterrimse. — Quibusurinse tenues et crudœ multo tempore redduntur, si reliqua signa salutaria sint, in ils absccssus ad loca iufra septum trausversum exspeclari débet. — Quin etiam piuguediues supra innatantes, araneorum telas referentes, damnare oportet ; colliquationem namque significant.

In urinis autem, qufe nubeculas habeut, considerandum venil, uirum suiierne, an inferne ferantur, et quosnam habeant colores. Et quae quidem deorsura feruntur, cum dictis coloribus, bonse censendœ, et commendandœ ; at quse sursum feruntur, malfe, et viiuperandse. Neque vero tibi imponat vesica quoquo modo affecta, si hujusmodi urinas reddiderit. Non enim totius corporis, sed ipsius per se indicium est.

l'expérience de chaque jour confirme. Nous avons parlé plus haut des pigments de l'urine, empruntés au sang et à la bile et qui dénotent toujours une crase imparfaite de ces deux humeurs. C'est ainsi que s'expliquent les diverses cachexies. Mais il faut remonter à ces derniers temps pour avoir des notions exactes à cet sujet. Ainsi de l'urémie, par exemple, qui joue un rôle si important dans les affections nerveuses indépendantes d'une lésion du centre cérébro-spinal.

Dans l'examen séméiotique des urines, Hippocrate parle d'urines oléagineuses : il ne peut s'agir que de la lipurie, sur laquelle le professeurs Spring nous donne quelques renseignements.

L'excès de graisse dans les urines, ne peut être reconnu que par l'analyse chimique, de sorte que les propriétés physiques et organoleptiques de l'urine paraissent celles de l'urine normale. Quelquefois cependant, elle exhale une odeur particulière, due à des acides volatils, notamment à l'acide butyrique. On l'observe chez les personnes qui se mettent subitement à maigrir, tels que certains phtbisiques et les individus plus ou moins obèses, qui vont habiter les pays chauds. C'est donc une espèce de lipurie dyshémique. Les expériences de Gluge et de Cl. Bernard, qui ont vu l'urine devenir graisseuse chez des chiens fortement nourris de graisse, mettent le fait à peu près hors de doute.

La graisse peut apparaître dans les urines sous forme de globules microscopiques, libres ou agglomérés, de façon à composer des corpuscules granuleux. Quelquefois même ces globules sont contenus dans des cellules épithéliales. Ce sont peut-être ces globules qui ont fait dire à Hippocrate que la graisse qui noge sur les urines comme des. toiles d'araignée, est un signe de colliquation. Quoique produit excrémentitiel, les urines ont une grande importance dans les métamorphoses organiques. Les reins chez l'homme et les mammifères n'ont point de système porte comme le foie, il en résulte que les pertes organoplastiques par les urines donnent lieu à un état de consomption. Hippocrate n'a connu ni l'albuminurie, ni la glycosurie, mais il a préjugé en quelque sorte ces deux états morbides en disant que dans les urines il faut avoir égard aux maladies générales du corps, et à celles des voies urinaires proprement dites.

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