‹ Etudes sur Hippocrate au point de vue de la méthode dosimétriqueChapitre 72 sur 130 · LES ENFANTS · texte numérisé non relu

LES ENFANTS

Les enfants tombent dans les convulsions s'ils ont une fièvre aiguë et le ventre constipé ; s'il y a insomnie ou des frayeurs, ou des pleurs continuels ; s'ils changent de couleur, s'ils deviennent rouges, pâles, verts (1).

Il existe une opinion erronée : c'est que les enfants en bas âge n'ont pas besoin d'être médicamentés ; on le comprend avec les moyens grossiers de la vieille pharmacie. Voici l'opinion de Hufeland à ce sujet : •^ Dans le traitement des maladies des enfants il faut tout craindre, mais aussi tout espérer, c'est-à-dire qu'on doit toujours s'attendre à voir éclater subitement des accidents dangereux, mais qu'il ne faut jamais non plus perdre courage, parce que la force créatrice de l'organisme possède tant d'énergie, qu'elle peut réellement faire des prodiges pour ramener l'équilibre. La principale règle doit être de ne point trop faire et de ne pas être trop actif, car l'excitabilité et la sensibilité sont portées à un trèshaut degré. Le précepte de ne point nuire en croyant être utile, n'est nulle part plus rigoureusement appliquable qu'ici. Il faut surtout user de la plus grande circonspection à l'égard des doses : les moins élevées sont les meilleures. Peu, très-peu, produit de grands effets. Ceci s'applique aussi bien au diagnostic qu'à la thérapeutique ; de très-légères causes peuvent produire des effets très-violents : par exemple un peu d'acide dans l'estomac, ou des vents occasionner des convulsions. De même, les plus faibles moyens, ceux qui semblent insignifiants amènent des résultats extraordinaires : par exemple, la magnésie, la terre calcaire, suffisent souvent pour calmer les convulsions. En un mot, rien ne doit semblei" minutieux, rien n'est à dédaigner chez les enfants.

Ces paroles sont fort sages ; et cependant il ne faudrait pas les prendre à la lettre. Il n'y a pas de maladies qui exigent un traitement plus actif, que celles des tout jeunes enfants, parce que, arrivant inopinément, elles peuvent également tuer en peu d'heures. En dehors des convulsions, nous citerons le croup qui emporte tant d'enfants, parce qu'on lui oppose un traitement tardif et débilitant. Nous rapportons ici le fait suivant, parce qu'il nous a été permis d'en suivre les différents phases.

(1) Pueris coiivulsiones accidunt, si febris acula fucril, venter non dejiciat, si vigilent, perterreantur , plorent assidue, et color imnmtctur, et ex vii-idi pallidus, aut lividus, aut ruber coutrahalur.

Nous trouvant, à Londres, chez notre petit-iils, le hasard (ou plutôt le malheur) voulut que son enfant fût pris du croup.

Voici le cas : l'enfant est âgé de 15 mois, d'une bonne constitution; perçant trois molaires au moment de l'invasion de la maladie.

L'enfant ayant passé toute la soirée à jouer avec entrain, est mis au lit à 8 heures. Au moment de me coucher moi-même, vers 1 1 heures, j'allai voir l'enfant, comme je le faisais tous les soirs, et fut surpris d'entendre comme une espèce de râle étouffé. La face était rouge, les ailes du nez battaient, le front était brûlant, le pouls très-accéléré. En même temps l'enfant fut pris d'une toux sèche, légèrement rauque et métallique, qui semblait lui être très-pénible. Ayant ausculté la poitrine, j'entendis distinctement un gargouillement comme si les poumons étaient obstrués par un amas de matières glaireuses. Ces symptômes m'alarmèrent. Je donnai à l'enfant 1 granule d'aconitine pour faire baisser le pouls qui à ce moment battait avec une rapidité vraiment effrayante, en même temps que la chaleur était devenue brûlante. Je n'ai pu prendre le degré de cette chaleur, n'ayant pas en ce moment de thermomètre médical sur moi ; mais on pourra remplir cette lacune dans l'observation, par le rapport qui a dû exister entre les degrés de chaleur et le nombre des pulsations : 128 à 130, c'est-à-dire 40 à 41° c.

J'administrai ensuite 1 granule d'émétine qui amena un vomissement presque instantané de matières bilieuses. Ayant ainsi dégagé l'estomac, je continuai à donner l'aconitine pour faire tomber )a fièvre qui augmentait toujours : un second granule, et un troisième, le quart d'heure • après .

La fièvre n'ayant pas diminué et la chaleur restant toujours intense, j'administrai un quatrième granule. Pas do changement ! Pouls toujours entre 125 et 130. Je donnai un cinquième granule, et, au bout d'un nouveau quart d'heure, un sixième granule, tout en hésitant un peu, je l'avoue, sur ces doses administrées coup sur coup, à un enfant si jeune.

Après le sixième granule, j'eus la joie de sentir le pouls se ralentir spontanément, comme par miracle, et, au bout d'un quart d'heure, revenir à son état normal; la clialeui disparut graduellement, en même temps que l'enfant était pris d'une légère transpiration de bon augure. Je le fis néanmoins mettre dans un bain chaud et lui administrai un lavement tiède, contenant une pleine cuillerée à dessert de Sedlitz Chanteaud.

Ce cas soulève de sérieuses réflexions et fera voir aux médecins encore hésitants, qu'il est grandement temps pour eux de se rallier à la dosimétrie.

On sait que le croup généralement survient à l'entrée de la nuit, l'enfant ayant été couché sans apparence de mal.

A ceux qui pourraient croire qu'il s'est agi ici d'une simple bronchite, nous ferons observer que celle-ci est précédée de sjanptômes catarrhaux. D'ailleurs, une bronchite débutant d'emblée, serait déjà un cas grave par lui-même, à cause de l'imminence de l'asphyxie.

Nous rapprocherons de cette observation une autre que Wett donne dans son volumineux compendium : Leçons sur les maladies des enfants.

" Une petite fille de 4 ans, le 25 juin, présenta de la raucité de la voix avec perte d'appétit, sans paraître autrement malade. Le 27, elle paraissait moins bien ; pendant la nuit la petite malade fut fort agitée, avec difficulté de respirer. Le 28, respiration plus difficile, mais peu de toux, avec des moments de suffocation. La nuit, la respiration prit un caractère croupal, ainsi que la dyspnée. Le 29, un chirurgien ordonna des médicaments dont chaque dose provoqua des vomissements, chaque fois suivis d'une grande amélioration et d'une cessation presque complète de la toux croupale. On crut l'enfant guérie, mais comme elle restait faible, on la conduisit à l'hôpital des Enfants, le P"' juillet, à 9 heures du matin. La petite malade était assise sur les genoux de la mère, la face pâle et livide, avec la respiration sifflante, la peau sèche, le pouls très-fréquent et faible, mais sans cette anxiété habituelle du croup trèsavancé. Elle fut admise à 9 heures du matin et mourut à 6 heures du soir, sans qu'il se fût produit, avant la mort, de grands malaises ou des efforts violents pour respirer. A l'autopsie le dépôt étendu de fausses membranes dans la trachée et les bronches, montra que, malgré l'amélioration apparente pendant un temps, la maladie avait dû, pendant tout ce temps, faire des progrès sans éveiller les soupçons de la famille, progrès méconnus même par le médecin traitant, r^ [Op. cit., p. 489.)

Nous demanderons où est la sécurité des familles si des maladies aussi caractérisées que le croup peuvent être méconnues par le médecin traitant. Celui-ci ne doit-il pas au moins prévoir? Dans de semblables conditions, la médecine ne seraitpas même une science d'augures!

Nous ferons observer combien, dans le premier cas (celui de l'enfant de notre petit-fils), les secours ont été prompts et méthodiques, grâce à la dosimétrie, tandis que dans le cas cité par Wett les secours ont été tardifs et incertains. En eff'ct, le 25 juin, l'enfant (âgé de 4 ans) commence à présenter de la raucité de la voix avec perte d'appétit, sans paraître autrement malade. Mais faut-il que tous les symptômes d'une maladie aussi grave que le croup se soient déclarés pour agir? Le 27, c'est-àdire deux jours après, l'enfant paraissait moins bien. Le 28, la respiration

s'engagea et, dans la nuit, prit un caractère croupal. Ce ne fut que le 29 qu'un chirurgien ordonna des vomitifs , qui amenèrent une cessation trompeuse des symptômes, mais qui laissèrent après eux une grande faiblesse de l'enfant, qu'on transporta alors à l'hôpital. Or, on sait combien ce transport est dangereux, surtout par un temps froid et humide, comme il en règne encore à Londres au mois de juin. Il faut admettre qu'il s'écoula encore une heure ou deux avant que l'enfant pût être admis, probablement dans un vestibule froid, car la pauvre mère le tenait sur ses genoux, la face pâle et livide, avec une respiration sifflante, la peau sèche, le pouls très-fréquent, c'est-à-dire les mêmes symptômes que chez l'enfant de notre petit-fils.

L'enfant admis dans les salles à 9 heures du matin, succombait à 6 heures du soir, sans grands malaises ou efforts violents de respirer, c'est-à-dire qu'il n'en avait plus la force.

C'est le cas, malheureusement, de tous ces petits êtres transportés à l'hôpital m extremis; c'est-à-dire qu'ils n'y arrivent que pour mourir.

Nous voici loin des convulsions des enfants : moins loin qu'on ne le pense, car toute maladie aiguë, chez l'enfant, peut donner lieu à des convulsions. 11 faut donc calmer en même temps le système nerveux et le système circulatoire. C'est pourquoi la brucine, combinée avec l'acouitine et la digitaline, fait cesser presque immédiatement les mouvements convulsifs. On écrase 1 granule de chacun de ces alcaloïdes dans un peu d'eau sucrée et on donne une cuillerée à café toutes les demi-heures jusqu'à ce que le calme soit tout à fait rétabli. Il est rare que cette médication échoue, tandis que les antispasmodiques ordinaires ne fout que précipiter la mort.

C'est pourquoi Hippocrate dit :

On doit tirer pour les enfants, comme [jour les grandes personnes, le pronostic de guérison ou de mort de tous les signes, tels queje les ai rapportés. Je parle ici des maladies aiguës et de celles qui en sont la suite. Celui qui peut juger d'avance si la maladie durera plus ou moins de jours, celui-là doit apprendre à bien connaîtrela force de signe de toute espèce, notamment de ceux qui se tirent des urines, de ci-achats qui sortent mêlés de pus ou de bile (1).

\\) Morituros autem, et superl'uturos, tiira pueros, tiim alios, ex omnibus signis conjicies, velut in singulis singula descripta sunt. Atriiie h;ec a me, et de inorbis acutis, et de his, qui ab iis oriuntur, dicuntur. — Qui vero superl'uturos ex morbo, et morituros, eosque, quibus pluribus diebus, et quibus paucioribus perseverabit morbus, recte prieaoscere volet, is iutelligeulia comprebeiisam omnium signorura doctriaam œstimare débet, et eorum vires iiiter se coUatas ratione expendere, velut scriptum est, cum in aliis, tum in urinis, et sputis, ubi una et pus, et bilis, tussi rejecta fuerint.

En effet, les signes critiques (si critiques il y a) sont bien plus marqués chez l'enfant que chez l'adulte. Ceci est surtout vrai pour les urines, la bile et les matières rejetées par l'expectoration, ainsi qu'on le voit dans les maladies diphthéritiques.

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C'est sur cette doctrine que repose toute la pathogénie d'Hippocrate. Indépendamment de l'esprit vital des artères et du sang des veines, il admettait dans tout le corps une vapeur halitueuse, se portant d'un point à un autre, par suite d'un appel vital, favorisé par les conditions physiques : Vbi stimulus ibi affluxus, et venant se jeter, tantôt sur les surfaces libres, tantôt sur les parenchymes. A cause de la condensation par le froid ou de la raréfaction par la chaleur, ces vapeurs descendaient ou remontaient. Etaient-elles retenues pendant un certain temps dans les tissus, elles devenaient plus épaisses et donnaient lieu aux engorgements et aux inflammations.

Cette doctrine n'a rien d'antiphysiologique. Ce sont les vapeurs séreuses se condensant au contact de l'air, comme on le voit à l'ouverture d'un a-nimal. Ces évaporations constituent la perspiration insensible de la peau, des muqueuses, des séreuses articulaires et splanchniques, du tissu cellulaire, des muscles, des vaisseaux, des glandes.

Les fluxions sont causées par le froid, en ce que les chairs et les veines de la tète se condensent, si le froid les frappe quand elles sont cliaudes; elles se rétrécissent donc, de manière que l'humeur qui y est contenue en est exprimée. Les chairs mêmes sont obligées de la verser en diminuant do volume. La contraction de la

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peau, en serrant les racines des cheveux, les fait se dresser. Les liquides comprimés ainsi, se répandent partout où ils peuvent (1).

Voilà pour les fluxions opérées par le froid. Voici celles opérées par la chaleur.

Les fluxions sont causées par le chaud, en ce que les chairs se raréfient quand elles s'échauflfent ; leurs pores sont alors élargis, et l'humeur qu'elles contiennent est atténuée; elle cède facilement ainsi à toute compression. Plus la réfraction est grande, plus il se fait d'épanchement, surtout lorsque les chairs se trouvent pleines d'humeurs; ce qu'elles ne peuvent plus en contenir, s'échappe alors de toutes parts. Lorsqu'une fois elles se sont fait une voie, elles s'écoulent par cet endroit, jusqu'à ce que le corps se desséchant, la voie se rétrécit. Comme toutes les parties sont en communication, l'humidité qui s'y trouve est attirée par les parties sèches. Le corps de l'homme étant perméable, il est facile à celles qui ne sont point imbibées ni augmentées de volume, d'attirer l'humeur, surtout si ce sont les inférieures qui se trouvent sèches, et les supérieures chargées d'humidité, ainsi que cela est en effet; car il y a dans le haut plus de veines que dans le bas ; et les chairs de la tête, qui sont plus minces, ont moins besoin d'humidité. Le chemin se trouve ainsi plus facile, des parties trop humectées vers les sèches ; outre que toute partie sèche attire l'humidité. On ne peut d'ailleurs nier que les humeurs ne tendent naturellement vers le bas, quelque légères qu'elles puissent être, et quelle que soit la force qui les meut (2).

D'après cette explication, il en est du terrain animal, comme du terrain végétal, c'est-à-dire que l'un comme l'autre a besoin d'être drainé. Par suite de la stagnation des humeurs, il devient acre, acide, les prin-

(1) Fluxiones autem contiiigunt, et perfrigerato valde carne, et supertumefacta. Propter frigus quidem fluxiones fiunt, cum capitis caro et veuae distentje fuerint, ejeque carne propter horrorem in angustum coacta et elideute, humorem exprimunt, simul etiam carnes ipsœ in angustum contractae, vicissim exprimunt, et capilli, velut undique simul vehementer compressi, eriguntur. Hinc quod expressum fuerit, quocuuque sors tulerit, fluit.

(2) Quiu et ob caliditatem fluit, cum carnes rarefactae tansitus prœbuerint, humorque calefactus tenuior evaserit. Quidquid enim humidum concalfactum fuerit, tenuius evadit, et quidquid cedit, fluit. Potissimum autem ubi quid valde supertumelactum fuerit, hanc ob causam, fluit.

Carnes adraodum repletae cum copiam capere nequeant, humor, qui contineri non potuit, effluit, fluitque, quocunque datum fuerit.

Omnino autem fluidis factis fluxionibus, fluidus etiam fit locus, in quem fertur, quoad fluxionis vise prîe gracilitate compressse fuerint, cum corpus resiccatum fuerit. Cum enim corpus sibi ipsi commuuicet, quamcunque in partem humor obtigerit, siccitatem in se suscipit ac deducit. Neque vero ipsam deducere est diflicile, cum corpus vacuum existât, minimeque prœ gracilitate intumescat.

Cum autem inferiores partes siccae evaserint, superiores vero humidae (superiora enim vasa magis humida suut cum plures vense smt parte superiore, quam inferiore, et capitis carnes minore indigeant humiditate), tum sane sicca corporis pars humorem ex capite ducit, simulque meatus ei, quse ducit, magis patent, quam ei, a qua ducitur. Cum enim ipsi sicci existant, ex eo sibi qusestum parant, simulque humores natura deorsum l'erri soient, vel si vis modica contingat.

cipes excrémentitiels y étant retenus. Ainsi s'expliquent une foule d'affections humorales : goutteuses, rhumatismales, herpétiques, etc.

Le Sedlitz Chanteaud a pour effet d'opérer ce drainage, puisqu'il produit une perspiration sensible, tant des muqueuses que de la peau. C'est une des conditions de santé.

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