PREFACE. XIII
métrie, loin de leur enlever des malades, leur en amènera par la confiance qu'ils auront en eux.
Aujourd'hui, ce qui fait que des malades appellent le médecin trop tard, c'est la crainte de devenir malades tout à fait. C'est ainsi que beaucoup de gens hésitent à confier leur montre à l'horloger; ils préfèrent l'avoir marchant mal que ne marchant plus du tout.
C'est parce que la Dosimétrie a inscrit sur son drapeau la jugulation des maladies aiguës, que les médecins expectants la repoussent, craignant de donner un démenti à toute leur carrière passée. A ce compte, il eût fallu également interdire les chemins de fer et les télégraphes. Ce n'est pas que le désir en ait manqué : on croit encore entendre la voix de Thiers déclarant que les chemins de fer étaient tout au plus bons à servir de joujoux aux désœuvrés; à peine admettait-il le petit chemin de fer de Paris à Saint-Germain. Que d'obstacles Stephenson ne rencontra-t-il pas dans son pays? En voyant sa première locomotive lancée sur le railway de Liverpool à Manchester, ses chers compatriotes le traitaient de fou courant à sa ruine! Le dirai-je? la Dosimétrie m'eût conduit à la misère si je n'avais pris mes mesures d'avance. Toujours est-il qu'elle m'a valu la perte d'une clientèle qui était loin d'être épuisée. Mais les innovateurs doivent savoir se résigner à un sort prévu d'avance. Grâce au Ciel, la réforme s'est faite plutôt qu'on ne pouvait le prévoir. C'est peut-être la première fois qu'un auteur aura vu réussir son œuvre de son vivant.
L'expectation en médecine conduit à l'épuisement des malades; sous ce rappoil, Ilippocrate a parfaitement reconnu les dangers d'une diète prolongée — : on fait ainsi des maladies de langueur qui n'auraient pas pris cette marche sans cela.
Nous ne serions nullement embarrassé de citer des exemples. C'est la diète qui empêche la résolution des maladies par l'épuisement des forces vitales. C'est la diète (|ui d'un simple embarras gastri(}ue l'ail ime aU'ecliuii typhoïde. C'est la dièlc (jui entre-
XIV PRéPACE.
tient la fièvre, parce que l'économie est obligée de brûler ses propres matériaux.
Nous nous souvenons du typhus des Flandres occasionné par la maladie des pommes de terre, presque l'unique aliment des classes ouvrières dans ces provinces dont on vante la prospérité, mais qui, en réalité, sont l'Irlande de la Belgique, au point que le moindre manquement dans le rendement de terres si péniblement grattées (c'est le mot propre) par les habitants, donne lieu à des maladies de misère physiologique. Tous ces malheureux suaient la fièvre et suintaient le carbonate d'ammoniaque. C'étaient de véritables cadavres vivants, ayant à peine assez de souffle pour n'être pas des cadavres morts.
Dans la terrible campagne de 1812 et 1813, c'est le manque de vivres qui remplit les hôpitaux de typhysés. Eh bien! disons-le hautement, en dehors de ces circonstances désastreuses, ce sont les médecins diétélistes (ou plutôt affameurs) qui font prendre à leurs malades le chemin du cimetière, en laissant s'épuiser leurs forces. Hippocrate le savait parfaitement, ainsi que le prouve son Traité du Régime dans les maladies aiguës. Broussais voyait partout des gastro-entérites, ne s'apercevant pas que c'était lui qui les fabriquait de toutes pièces en affamant ses malades. Le docteur Sangiado saignait ses patients à outrance et leur faisait boire de l'eau chaude au point de les distendre comme des outres. Malheureusement, ce n'était pas un conte pour rire , mais une lugubre réalité, car Le Sage élait un esprit sérieux qui ne se fût pas permis de mettre en scène les graves docteurs de son époque si, comme ceux que Molière a traduits devant le tribunal du public, ils n'avaient été un fléau pour l'humanité.
Mais les médecins allopathes sont obligés de recourir à la diète, afin d'épuiser la maladie qu'ils sont impuissants à combattre. La maladie organique, ce sont eux qui la laissent s'établir; c'est leur objectif, car il n'y a pas pour eux de maladie sans lésion matérielle.
Le mot « lésion » vient du latin lœdcre, blesser; or des plaies