‹ Etudes sur Hippocrate au point de vue de la méthode dosimétriqueChapitre 82 sur 130 · DOCTRINE PARTICULIÈRE DE LA PÉRIPNEUMONIE ET DE LA PLEURÉSIE · texte numérisé non relu

DOCTRINE PARTICULIÈRE DE LA PÉRIPNEUMONIE ET DE LA PLEURÉSIE

La péripneumonie est beaucoup plus dangereuse. Les douleurs en sont plus fortes au flanc et à la poitrine. La langue a beaucoup de cette couleur pâle, verte. Le gosier souflre à raison de la fluxion. Le travail est extrême, et l'oppression est à son dernier point le septième ou le huitième jour : si la fièvre ne désempare point le huitième, le malade meurt de faiblesse ou d'oppression, ou de l'une et de l'autre (2) .

La terminaison de la pneumonie par la mort, endéans les sept premiers jours, a lieu, comme le dit Hippocrate, par oppression et faiblesse.

(1) At cum iu thoracem fluxio decubuerit, bilisque i'uerit, Cjuod liiiic raanifestum est, dolor laleris moliitudiuem prehendit, et claviculara, quœ ei e regione respondet, febris adest, linguaque superiore parte ex vii-idi pallescit, et concreta exscreaiUur. In hoc morbo periculum septimo aut nono die instat. L'bi utraque latera dolueriiit, reliquaque similiter u( iu priore se habuerint, hœc quidem pulmoiiis inflammatio est, illa vero pleuritis, eamque ob causam oriuiitur.

(2) Hune oisi febris septimo die dimiserit, moritur, aut suffocatur, aut utrumque coutiagit.

Rarement il se produit, durant ce terme, un effort critique assez puissant pour dégager le poumon, soit par la transpiration, soit par les urines, ou autres évacuations, qui, dans ce cas, ne font qu'augmenter la faiblesse du malade. Il faut donc recourir, de prime abord, à la strychnine, à l'aconitine, à la vératrine, pour faire tomber la fièvre et empêcher la paralysie pulmonaire. C'est ce que n'ont pas compris les organiciens. Il est vrai qu'ils n'ont qu'un objectif : l'anatomie pathologique. On dirait que toute leur éducation médicale s'est faite dans les amphithéâti'es.

Hippocrate prévoit la terminaison de la pneumonie par suppuration ou gangrène.

Si la fièvre après s'être calmée pendant deux jours, à la suite du neuvième, reprend encore, on meurt ordinairement; ou bien il s'établit une suppuration intérieure : si la fièvre ne reprend que le douzième jour, la suppuration se fera : si le malade arrive jusqu'au quatorzième, sans fièvre, il est sauvé. Tous ceux en qui la suppuration s'établit, à la suite d'une péripneumonie ou d'une pleurésie, ne périssent point ; il y en a qui réchappent. La suppuration arrive quand la pituite se porte au même lieu où se porte aussi la fluxion de la bile ; or les fluxions de bile seule sont coulantes, et se procurent ordinairement des issues qui les terminent. Lorsque la bile est peu coulante, la suppuration s'établit et la fluxion ne discontinue point. La suppuration se fait, parce que l'on crache moins qu'il n'arrive d'humeurs au poumon. Ce qui y vient et qui y séjourne se convertit en pus. Le pus restant dans le poumon et dans la poitrine, y fait des ulcères et de la pourriture. Quand l'ulcère est établi, le poumon se fond ; on le rend avec les crachats. La toux, par ses secousses, attire encore plus d'humeurs de la tête. Les petits ulcères formés dans le poumon s'ouvrent de toutes parts à cause de son mouvement; en sorte que, quand la tête même ne fournirait plus d'humeurs, les ulcères du poumon suffisent pour entretenir la maladie. Les ulcères forment quelquefois un empyème; la maladie peut alors se guérir plus facilement, surtout si l'empyème se manifeste au dehors, comme on voit quelquefois une ouverture se faire à l'endroit où il a ramolli les chairs. Le crachement de pus diminue à mesure qu'il se ramasse : quand on remue le corps, on sent le pus fluctuer; on entend même quelque bruit. On doit alors appliquer le feu. La pbthisie a lieu lorsque la fluxion se porte en un seul endroit, comme dans l'empj'ème, par la trachée et par les bronches, qui entrent dans la composition du poumon, et que l'humeur y arrive peu à peu, n'apportant conséquemment que peu d'humidité dans le poumon. Elle s'y épaissit et se dessèche dans les bronches, parce qu'elle n'y vient pas en abondance; mais elle excite la toux, en s'attachant aux bronches dont elle remplit les cavités étroites : elle rend ainsi l'entrée difficile au souffle ; d'où il résulte de l'oppression, par le besoin du souffle qui manque. On sent alors dans le poumon des picotements qui n'ont pas lieu lorsque la fluxion y découle de la tète en grande quantité. Si la fluxion devient grande, tout le corps étant surchargé d'humeurs, la phthisie se change en empyème; quand, au contraire, le corps devient sec, les empyématiques passent de l'empyème à la phtliisio. Voici à quoi on connaît qu'il y a un empyème. Le malade ressent d'abord des douleurs aux flancs. Lorsque le

pus s'est rassemblé, le travail est le même; la toux a lieu ; les crachats sont purulents; l'oppression est considérable : si l'empyème ne s'ouvre point en dehors, on sent le pus fluctuer, faire même du bruit, comme un liquide dans une outre. Quand ces signes ne se montrent point, et que cependant il y a un empyème, on peut le conjecturer par la grande oppression, par la voix rauque. Les pieds et les genoux s'enflent, principalement du côté où est l'empyème ; le thorax se courbe ; il y a des lassitudes extrêmes, des sueurs dans tout le corps ; on sent alternativement des froids et des chauds ; les ongles deviennent crochus ; on a des ardeurs au ventre ; ce sont autant de signes de l'empyème (1).

La description des désordres pulmonaires, faite ici par Hippocrate, est d'autant plus remarquable qu'il n'a pu faire d'autopsies. C'est donc objectivement qu'il a pu en juger : par des crachats, tantôt purulents, tantôt bilieux, tantôt sanguinolents, tantôt noirâtres ou sphacéleux, par les bruits d'auscultation, ou enûn par les changements survenus dans la forme du thorax. C'est ainsi qu'il décrit parfaitement l'empyème, et constate

(1) Quod si nono die, duobus interpositis diebus, corripiat, hic etiam ut plurimum aut moritur, aut suppuratus evadit. Si vero duodecimo die, suppuratus sit : si decimo quarto, convalescit.

Et qui ex pulmonis iuflammatione, aut morbo laterali, pus intro colliguut, minime moriuntur, sed ccnvalescunt. Puruleiiti vero ut plurimum lîunt, cum fiuxio ad eumdem locum, velut in bilis flusionibus, decubuerit; sed in bilis quidem fluxiouibus multum defluit, et ubi defluxit, sedatur, purulentis vero, tum minus defluit, tum minime sedatur. Pui-uleuti quin etiam fiunt, cum minus excreant, quam ad pulmonem defluit. Quod enim in pulmone coUigitur et defluit, in pus vertitur. Pus autem in pulmone et thorace coUectum ulcérât et pulrefacit. Et ubi ulcus exsiccatum fuerit, ab ulcerata parle, et ab eo, quod per sputum repurgatur, defluit. Ac simul quidem caput concussum magis fluit, simulque ex ulcerato thorace, et pulmone magis fluit, et ulcéra motu ipso resiccantur, ut, etiamsi, quod a capite defluit, cesset, id tamen, quod ab ipsis ulceribus procedit, ad morbum faciendum satis esse possit. Fit etiam ab ulcère purulentus, et levior hic morbus est.

Fit vero etiam extra pulmonem, potissimum quidem ex rupto, et ubi caro contussa fuerit, circa quam pus colligitur, coUectumque, si quis corpus concutiat, fluctuât, et strepitum facit. Et haec quidem inustione curantur.

At vero tabès fit, cum ad eumdem locum, velut in purulente, fluxio fertur, per guttur et asperas arterias, aortas appellatas, quse pulmonem et guttur conjungunt. Defluit autem in pulmonem sensim assidue, uec copiosam in pulmone humiditatem facit. Dum enim resiccatur, quod defluit, in gutture concrescens, nimirum cum non eluitur, sed sensim influit ac detinetur, tussira inducit, et in asperis arteriis (aortis dictis) detentum, quod iufluit, cum hEe angusta foramina habeant, angustiam spiritui exhibet, eamque spirandi dilBcultatem facit, ut ea velut déficiente, semper respirare desideret.

Quin etiam in pulmone, cum non admodum humidus existât, pruritus exoritur. Cum vero multum ex capite defluxerit, pruritus in pulmone non sit, cum siquidem copiosum sit, quod in ipsum defluit et suppurati ex tabidis hujusmodi liunt, ubi humidius corpus redditum fuerit, contraque ubi siccius, ex suppuratis tabidi.

Suppuratos hac ratione dignoscas. Lateris molUtudinem ab initio dolor detinct; ubi vero jam pus coUectum est, et dolor similiter vexât, cum tussis suboritur, tum pus excreatur, et difllcultas spirandi occupât. Quod si nonduni pus eruperit, in lateris moUitudine concussum, velut in utre strepitum edit. At si horum nihil adfuerit, suppuratio tamen adsit, ex bis signis conjecturam facias. Magna spirandi difficultas adest; subraucum loquitur; pedes et genua intumescunt, magis vero ei' ea lateris moUitudine; in qua pus iuest, thorax incurvatur, et membrorum solutio oritur; sudore etiam totum corpus perfunditur ; interdum quidem sibi calidus, interdum etiam frigidus videtur; ungues circumtenduntur, et venter incalescit. Atque ex his suppurati dignosceudi sunt.

des cas où le pus s'est fait jour au dehors par ulcération. Nous avons vu plus haut qu'il n'attendait pas ce moment, puisqu'il conseille l'ouverture du thorax par le feu ou par le fer.

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