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TRAITEMENT DE LA SEPTIEME ESPECE DE FLUXION

Lorsque la fluxion produit la sciatique, on doit appliquer des ventouses, et attirer en dehors, sans scarifications ; donner intérieurement des remèdes chauds, et purger, afin d'ouvrir des voies et au dehors par les ventouses, et en dedans par le moyen des purgatifs chauds. Il arrive, quand une fluxion a été cernée, que ne trouvant par où s'échapper, elle se jette sur les articulations qui cèdent, et qu'elle donne la sciatique ou la phthisie dorsale. Il faut, dans ce cas, purger la tête par des errhins doux, jusqu'à ce que l'on parvienne à détourner les humeurs, et user du même régime que ci-devant. On donne l'élatérium pour purger, et l'on tient le ventre libre au moyen du lait; d'ailleurs, on ne doit pas négliger les fumigations (2).

La sciatique procède souvent de la moelle épinière ; il n'est donc pas étonnant qu'Hippocrate ait fait descendre cette fluxion le long de la queue du cheval. Il en est de même des douleurs rénales. Hippocrate préconise dans ce cas l'élatérium, qu'on a employé dans ces derniers temps dans la

(1) Cum vero posteriore ex parte fluxio in spinam decubuerit, huic tabès ejusmodi suboritur. Lumbos dolor occupât, et anteriores capitis partes ipsi vacuœ videntur.

At vero bilis hoc modo periculi plena est, si iu oculis regius morbus oboriatur, in unguibus livores suborti fuerint, corpus ulcéra habeat, partesque circa ulcéra lividee fuerint, cum sudor non toto corpore, sed aliqua tantum corporis parte erumpit, et cum febre rémanente ex pallido virescens exscreatur, aut si ex.screatio cesset, cum adbuc in pulraone remanet ex pallido virescens. Quod ipsum contineatur, necne, dignosceudum. Cura remanet, in faucibus respirantis strepitum edit, difficultas spirandi periculi plena adest , et singultus febrisque discedit , exscreatione adbuc in pulmone existente, et debili jam œgro alvus secedit. Ista sunt pulmonum iuâammationis et lateralis morbi periculosa indicia.

(2) Cum coxendicum morbus ex fluxione oritur, cucurbitula admota foras attrahere oportet, neque cutem scalpello pertundere et calefacientia propiuando intus calefacere, ut exilus pateat, tum extra, ad cutem per cucurbitulae tractionem, tum intra, ad ventrem, per caliditatem. Ubi namque fluxioni via interclusa fuerit, neque habuerit, quo procédât, via ad articules facta, in id, quod cedit, defluit, et coxendicum morbuni inducit, aut posteriorum partium tabem. Sic affecto caput medicamento irabeciUo purgandum, douée alio avertatur fluxio, et victus ratione, velut antea, utcnduni. Medicameutum autem potui exhibeto deorsum purgans et alvum inferiorem lacté infuso subluito, caetera fomentis curato.

196 PATHOGÉXIE D'HIPPOCRATE.

maladie de Bricht. (Docteur Bird.) Nous avons aujourd'hui l'élatérine qui provoque la diurèse et la diaphorèse, sans coliques, ni vomissements. C'est l'histoire des alcaloïdes de toutes les plantes vireuses contenant un principe acre qui doit en faire rejeter l'emploi.

GENERALITES POUR LE TRAITEMENT DE TOUTES LES MALADIES CATARRHALES OU AUTRES.

Il faut soigner les maladies dès leur eommenceinent, et tâcher d'abord d'arrêter la fluxion quand il j a catarrhe; ou bien, si la maladie vient de toute autre cause, y obvier, dès le principe, par un traitement convenable. Quand le catarrhe est abondant, on doit le détourner ; quand il est médiocre, lui opposer un bon régime (1).

Ce précepte est la coniîrmation de la méthode dosimétrique, et ne laisse aucune excuse aux médecins nihilistes; et si Hippocrate a dû recourir à l'expectation, c'est que la pénurie de la matière médicale l'y obligeait. Quel motif y a-t-il d'abandonner la maladie à son cours naturel ? Est-ce pour en constater les désordi-es matériels ? Mais alors c'est faire la part de la mort et non de la vie. Malheureusement, c'est cette stérile histoire naturelle qui prévaut aujourd'hui chez nos organiciens. Pour eux, il n'y a pas de maladies sans lésion matérielle ; de maladie confirmée, c'est-à-dire la plupart du temps au-dessus des ressources de l'art; de sorte que le médecin en est le spectateur impuissant et désolé. Toute maladie est dans son germe, si tant est qu'on puisse admettre les germes morbides. Mais ceux-ci ne peuventils être étoulïés avant leur évolution ? Il faut plutôt admettre, avec Hippocrate, des mouvements tiuxionnaires dus à une stimulation exagérée. Ainsi le vent froid de lest pénétrant dans la poitrine comme la lame d'un couteau, y détermine un point pleurétique. N'attendez pas que ce point se soit évolué, car ce serait une pleurésie et alors on n'est plus maître de la situation. Que faire? Calmer la douleur locale par les ventouses, soit sèches, soit scarifiées, faire un badigeonnage collodionné, mais surtout immobiliser le thorax, car la première condition pour qu'une partie malade revienne à son état normal, c'est le repos. Ainsi, s'est-on

(1) Morbi quidem circa initia curandi sunt, et in his quidem, qui a fluxionibus oriuntur, primuni fluxiones sedandœ. Qui vero alia ex causa, in his morbi principium sedandum et curandum. Deinde, quod inâuxit, si quidem copiosum est, educendum; sin modicum, victus ratione compescendum.

fait une entorse du pied on immobilise l'articulation, au moyen d'un appareil ouaté, à la fois contentif et compressif. Quelle différence feraiton entre une entorse et une pleurésie? Aucune, puisque ce sont les mêmes éléments anatomiques qui sont en jeu. Mais la poitrine, par suite du voisinage du cœur, est sujette à la fièvre. C'est donc celle-ci qu'il faut prévenir : par la cicutine comme calmant, l'aconitine, la digitaline, comme défervescents, et la strychnine pour peu qu'il y ait crise respiratoire. La pleurésie sera ainsi prévenue, tandis que lorsqu'on abandonne l'accident à lui-même, il dégénérera inévitablement en inflammation et épanchement.

Alexandre de Humboldt définit le climat : « L'ensemble des variations atmosphériques qui atFectent nos organes d'une manière sensible : la température, l'humidité, les changements de la pression barométrique, le calme de l'atmosphère, les vents, la tension plus ou moins forte de l'électricité atmosphérique, la pureté de l'air ou la présence de miasmes plus ou moins délétères, enfin ce degré ordinaire de transparence et de sérénité du ciel. » {Cosmos.) Voici comment s'exprime Hippocrate :

Celui qui se propose de faire des recherches exactes en médecine, doit premièrement considérer les effets que chaque saison de l'année peut produire. Car, bien loin de se ressembler, elles diffèrent beaucoup les unes des autres, ainsi que chacune en particulier diffère d'elle-même, d'après les diverses vicissitudes qu'elle peut éprouver. Il doit, en second lieu, connaître la nature des vents chauds et des vents froids : d'abord, de ceux qui sont communs à toutes les régions do la terre, et ensuite, de ceux qui rognent particulièrement dans chaque pays. Il ne lui est pas moins nécessaire de connaître les qualités des eaux, <|ui sont aussi différentes par leur vertu qu'elles le sont par leur saveur et par leur poids (1).

De là la nécessité pour le médecin, allant s'établir dans une localité, de bien s'enquérir de toutes les circonstances relatives à l'air, aux eaux et au

(1) Qui arlom niralicaiu ivcta investigatioiic coiise(iui volet, is priimiin quiilem auiii tempora in consideratiouoin adliibero débet, quid horiim (iiuidi|ue possit. Neque eiiiiu (|ui(l(|iiam habcnt simile, sed cum inter se pbirimum ditToruiit, tum etiam praptor varias, quse in eis coiiliiigunt, mutationes. Deiiide vero ventes, luni calidos, tum frigidos, pra'cipuo quidem eos, qui omnibus sunt communes, ac deiuceps eos, qui ciiiquc regioni sunl iamiliares. Quin etiam ac|uarum (acullali's aniino reputare oportet. Quemadmodum enim gustu et pondère, ita et facultatc singula; plurimum dift'erunt.

sol, s'il ne veut s'exposer à commettre des bévues dont ses malades payeront l'écot.

Ainsi, la première chose que doit faire quelqu'un en arrivant dans une ville qu'il ne connaît point, c'est d'examiner avec soin son exposition par rapport aux vents et au différent lever ou coucher du soleil, parce qu'il y a bien de la différence entre une ville exposée au nord et celle qui l'est au midi ; entre une ville exposée au levant et une autre qui l'est au couchant (1).

Voilà pour l'air et les vents. Il en est de même des eaux ; non quant à leurs contaminations accidentelles auxquelles on peut parer par des mesures d'hygiène et de police, mais quant à leur état naturel. Ainsi les eaux crues, séléniteuses, ne contenant pas des sels solubles, ne conviennent point à la nutrition. C'est ce que Hippocrate fait remarquer.

C'est avec la même attention qu'il doit examiner les eaux dont les habitants font usage : savoir, si elles sont molles et sans odeur, ou si elles sont dures; si elles viennent de lieux élevés et de rochers, ou si elles sont crues et saumâtres (2).

Il en est de même des conditions du sol. Il est évident que les dérodements ont amené de grands changements dans l'état des populations. Toutes les maladies nommées endémiques, dépendent du manque de végétation.

Il doit de plus considérer si le sol est nu et sec, ou couvert d'arbres et humide; s'il est enfoncé et brûlé par des chaleurs étouffantes, ou si c'est un lieu élevé et froid (3).

Viennent ensuite le genre de vie des habitants.

Il doit enfin examiner le genre de vie et le régime auquel les habitants se plaisent davantage : savoir, s'ils sont grands buveurs et grands mangeurs, et en même temps adonnés à la paresse; ou s'ils aiment au contraire le travail et l'exercice, et que malgré cela ils mangent et boivent peu. C'est de semblables observations qu'il faut partir pour juger du reste (4).

(1) Quare si quis ad iirbem sibi ignotam pervenerit, is ejus situs curam habere débet, ut cognoscat, quomodo ad veutos, aut solis exortum sit esposita. Neque enim easdem vires habet, quse ad septentrionem, et quœ ad austrum sita est, ut neque ejus, qua? ad exorientem solem aut occidentem spectat.

(2) Et hsec quidem optime animo concipienda sunt, et quomodo ad aquas habeant, utrum palustribus et moUibus utantur, an duris, et ex sublimi ac saxosis locis scaturientibus, sive saisis ac coctu diificillibus.

(3) Terra etiam ipsa inspicienda, nuda ne sit, et aquis careat, an densa et irrigua, et an cavo loco sita sit et sestuoso, an vero sublimi et frigide.

(4) Hominum quoque victus ratio, quanam maxime delecteutur, inspicienda, an potui et cibis, et otio dediti, an exercitationibus et laboribus gaudeant, et an edaces sint, et a potu sibi tempèrent. Et ex his singula reputare oportet.

De la nature des maladies doit dépendre leur traitement. C'est ainsi que Bagiivi dit : « Aliter enim, in morbis curandis, tractandi sunt Itali, sub adusto climate et sobre vilenies ; aliter Galli, Hispani, Angli, Germani, aliique sua quique utentes aeris temperie et suo qiiidem victus génère. r> Le grand médecin italien s'est évidemment inspiré des préceptes d'Hippocrate.

Le médecin qui sera instruit de toutes ces circonstances, ou du moins de la plupart d'elles, sera en état de bien connaître la nature des maladies qui sont particulières à la ville où il arrive pour la première fois, ou qui sont communes à tous les pays ; de manière qu'il ne sera ni embarrassé dans leur traitement, ni exposé aux erreurs que doivent naturellement commettre ceux qui négligent ces connaissances préliminaires (1).

Cependant il ne faut pas accorder aux conditions climatériques plus d'importance que de raison. 11 est évident que si la.diététique ou le genre de vie doit varier d'après les pays, les maladies otFrent cependant un cachet vital uniforme et par conséquent exigent un traitement commun.

Grâce à la dosimétrie l'unification de la médecine deviendra une vérité : unita medecina. Le grand point, c'est de ne pas se laisser tromper à la forme et croire qu'on a aflFaire à une maladie sthénique quand la plupart du temps elle est asthénique. Ainsi, une pneumonie ne se traite pas autrement en Italie qu'en France. S'il y a dos différences, elles n'existent qu'aux exti'êmes. La dosimétrie tend, au contraire, à uniformiser les tempéraments.

Ainsi, la nécessité de la saignée peut être absolue, mais il ne faut pas l'ériger en système, comme le font les Saugrados. Il faut qu'il y ait surabondance de sang et non simplement stase sanguine. Si dans ces cas ou saigne, il faut immédiatement après administrer la strychnine, afin de produire le resserrement des vaisseaux. Dans les inflammations hypostatiques, il faut recourir à l'aconitine et à la digitaline, sauf à employer les déplétions sanguines comme moyen de dérivation.

La médecine a de grands rapports avec la météorologie, ainsi que le fait remarquer Hippocrate.

Le médecin pourra même prédire, à mesure que l'année s'avance, tant les maladies générales qui doivent affliger toute la ville en été ou en hiver, que colles dont chacun de ses habitants est menacé en particulier, à cause de quelque changement

(1) Hœc enim prœcipue quidem orania, aut certe pluriraa probe qui aj,'noverit, cum ail urbem silù ignotam pervenerit, eiiin neqiie morbi reginiii familiares, iieque commuiiiuiii, (pia sit iialui'a, latere polerit, ut iieque in eonira curatione ha'sitare, aut aliorrare possit. Quio cerle contingere soient, si quis istorum coguitiouem non ante aninao perceptam habuerit.

dans le régime. Car c'est en connaissant les divers changements des saisons, le lever et le coucher des astres, et la manière dont tous ces phénomènes se succèdent qu'il pourra prévoir quelle sera la constitution de toute l'année : et cette méthode d'examiner et de connaître d'avance les temps à venir lui rendra surtout facile la connaissance de tous les cas particuliers, ainsi que des moyens les plus propres à rétablir la santé de ses malades et à exercer son art avec le plus grand succès (1).

Nos pères tenaient grandement compte des saisons : à l'entrée du printemps ils saignaient, — à l'entrée de l'automne ils purgeaient; — on ne saurait nier que cette prophylaxie n'eût sou utilité. L'usage journalier ou du moins hebdomadaire du Sedlitz Chanteaud rend ces précautions superflues.

A propos de l'exposition des villes, Hippocrate fait observer qu'une orientation trop directe doit amener certaines maladies.

Toute ville exposée habituellement aux vents chauds, tels que ceux qui soufflent entre le levant et le couchant d'hiver, et qui est à l'abri des vents septentrionaux, doit abonder en eaux ; mais ces eaux sont saumâtres, peu profondes, et par conséquent chaudes en été et froides en hiver. Elles sont contraires à la santé de l'homme et doivent lui occasionner différentes maladies (2) .

Quant aux maux familiers à cette ville, les femmes sont maladives et sujettes aux pertes utérines ; beaucoup sont stériles par mauvaise santé plutôt que par nature, ou éprouvent de fausses-couches fréquentes (3).

(1) Qui vero ista recte cognoTerit, is cujusque temporis impendentis, et anni statum prsedicere poterit, et quiaam morbi tam œstate, quam hyeme, in urbe communiter sint grassaturi, timi etiam quioam cuique privatim ex victus mutatione impeudere debeant. Qui enim temporum mutationes, astrorumque ortus el obitus, ut horum quseque eveniant, tenuerit, is utique futurum anni statum prsevidere poterit. Hac ratione investigando, qui temporum occasiones prsesenserit, is masime cujusque naturam cognoverit, et plerumque sauitas illi succedet, minimumque in arte recta via aberraverit. Quod si cui ista ad rarum sublimium speculationem pertinere videantur, is si sententia destiterit, facile intelliget, ad artem medicam astronomiam ipsam non minimum, sed plurimum potius conferre, quippe cum una cum anni temporibus hominum ventriculi mutationem accipiant. Quonam autem pacto, quîe diximus, singula consideranda et exploranda sint, deinceps aperiam.

(2) Civitas, quae ventis calidis est exposita, iis videlicet, qui inter brumalem solem exorientem et occidentem perflant, eique sunt peculiares, a septentrionalibus autem ventis tecta est, ea aquarum subsalsarum copia abundat, quse cum e sublimi scaturiant, eas œstate quidem calidas, hyeme vero frigidas esse necesse est.

(3) Morbi autem hi sunt patrii. Primum quidem mulieres morbis et fluxionibus sunt obncxife; deinde multœ ex morbo, non natura stériles, crebrisque abortiouibus conflictantur. Pueris vero convulsiones impendent, et crebri anhelitus, quos puerilem afTectum efScere, et sacrum esse existimant. Viris autem intestinorum difficultates, et alvi profluvia, febres algidae, et hibernœ diuturnse, pustulœ multîe nocturnfe epinyctides dictie, et sanguinis profiuvia per ora venarum, quœ in ano sunt, hsemorrhoides vocantur. Morbi autem latérales, pleuritides dictœ, et pulmonum inflammationes, febres ardentes, et quicunque acuti morbi censentur, raro coutingunt. Xequeenim ejusmodi morbi, ubi alvi liquidée fuerint, invalescere possunt. Lippitudines vero humidae oboriuntur, neque molestée, neque longœ, nisi ex temporum immutatione morbus aliquis omnibus communis invadat. Ac ubi quinquagesimum annum excesserint, destillationes ex cerebro superveniunt, quœ bomines aliqua corporis parte résolûtes reddunt, ubi caput derepente soli expositum, aut frigore correptum

CLIMATOLOCtIE. 203

Dans les villes orientées au nord , les maladies régnantes sont de nature correspondante à cette température.

Quant aux villes qui ont une exposition opposée à celle dont je viens de parler, c'est-à-dire, qui étant à l'abri du vent du midi ainsi que de tous les vents chauds, reçoivent habituellement les vents froids qui soufflent entre le couchant et le levant d'été, voici ce qu'on y remarque : les eaux y sont dures et froides, et ne sont guère susceptibles d'être corrigées (1).

Voici pour les villes exposées au levant :

Je vais parler des villes exposées aux vents qui soufflent entre le levant d'été et celui d'hiver, et de celles qui ont une exposition contraire. Les villes exposées à l'orient doivent naturellement être plus salubres que celles qui sont tournées du côté du nord ou du midi, quand même elles ne seraient éloignées de ces dernières que d'un stade. C'est que dans les premières, le chaud et le froid sont d'abord plus modérés : et qu'ensuite les eaux dont les sources regardent l'orient doivent nécessairement être limpides, sans odeur, molles et agréables à boire; parce que le soleil à son lever les corrige, en dissipant, par ses rayons, le brouillard qui ordinairement occupe l'atmosphère dans la matinée.

Les hommes ont le teint plus vif et plus fleuri, à moins que quelque maladie ne l'altère. Ils ont la voix claire, et sont d'un caractère plus doux ou d'un esprit plus

fuerit. Atque ii quidem morbi his sunt patrii, prîeterquam quod, si morbus aliquis omnino communis ex anni teraporum mutatione occupaverit, hiijus etiam participes existiiut.

(1) At quse civitates his coutrarium situm habent, et ventis frigidis iuter ortum et occasum solis œstivum sunt expositîe, iisque hi veiiti sunt patrii, ab austro autem et sestivis obtectte sunt, de his sic se res habet. Primum quidem aquœ, tum durte, tura frigida^, fere dulces evadunt. Homines autem robustes, et exsuccos esse necesse est, et plerosque ventres inferiores iudomitos, et duros habere, superiores vero fluxiliores, bileque magis, quam pituita reduudare. Capita sana et dura habent, et pleraque vasa ipsis iutro rumpuntur. Morbi autom apud eos passim vagantur, latérales muiti, et qui acuti esse censentur. Quod sic se habere necesse est, cum alvi duras existant. Multi quoque quavis ex occasione pus intro colligunt. Cujus rei causa est corporis distensio, et ventris durities. Siccitas enim et aquœ frigiditas in causa sunt, ut vasa intro rumpantur. Ejusmodi autera naturas cibis, non multis potibus obuoxias esse necesse est, Neque enim fieri potest, ut simul multum edant aut bibant. Lippitudines autem iis quidem per intervalla coutingunt, ita tamen asperse ac véhémentes, ut confertim oculi rumpantur. yEstate vero iis, qui nondum trigesimum annum attigerunt, Tehementes fiunt sanguinis e naribus eruptiones. Morbi enim, qui sacri appellantur, pauci ii quidem, sed véhémentes. Hos longioris esse vit.ie, quam Cfeteros, œquum est, iisque ulcère citra inflammationem suboriri, neque admodum exasperari, moresque agrestes potius esse, quam mansuetos. Ac viris quidem hi morbi sunt familiares, prseterquam si quis omues communiter ex temporum anni mutatione invadat.

Quod autem ad mulieres attinet, multae ob aquas duras, coctu difficiles, et frigidas, durse sunt. Neque enim commodœ contingunt purgationes menstruse, sed paucje et pravîe. Deinde non nisi segre pariunt, neque admodum abortionibus tentantur. Cum vei'o pepererant, pueros enutrire non possunt. Lac siquidem aquarum durilate et cruditate estinguitur. Tabès etiam fréquentes a partu contingunt. Prae violentia enim rupturis ac convulsionibus prehenduutur. Pueris vero, dum parvi sunt, testium tumores aquosi suboriuutur, qui procedente aetate disparent, seroque hac in civitate pubescunt.

pénétrant que ceux des régions septentrionales ; de même que toutes les autres productions y sont meilleures que celles des pays du nord.

La modération du froid et du chaud fait que les villes ainsi situées ont une température analogue à celle du printemps. Leurs maladies, en moindre nombre et moins fortes qu'ailleurs, ressemblent cependant à celles des villes tournées du côté des vents chauds. Les femmes y sont extrêmement fécondes, et accouchent aisément (1).

Au contraire, l'exposition des villes qui regardent l'occident, qui sont à l'abri des vents de l'orient, et sur lesquelles ceux du nord et du midi ne font que glisser légèrement, doit nécessairement être très-insalubre. Premièrement leurs eaux ne sont point limpides, parce que le brouillard qui, pour l'ordinaire, dans la matinée, occupe l'atmosphère, se mêle avec elles, en altère la limpidité, et que le soleil qui devait le dissiper ne les éclaire que lorsqu'il est déjà fort élevé sur l'horizon. En second lieu, il souffle pendant les matinées d'été des brises fraîches ; il y tombe des rosées, et le reste de la journée, le soleil, en s'avançant vers l'occident, cuit singulièrement les hommes. Aussi doivent-ils naturellement avoir le teint décoloré, la complexion du corps faible, et participer à toutes les maladies dont j'ai parlé, et dont il n'y a aucune qui leur soit exclusivement affectée.

Ils doivent, de plus, avoir la voix forte et rauque en respirant un air qui est ordinairement impur et malsain. Les vents du nord ne le corrigent guère, parce qu'ils 3' séjournent peu : et ceux qui y soufflent habituellement sont très-humides ; car telle est la nature des vents occidentaux. La température des vOles qui y sont exposées est très-analogue à celle de l'automne, par rapport aux alternatives du chaud et du froid qui se font sentir dans le même jour; de manière que le soir on y éprouve une température bien différente de celle du matin. Voilà ce que j'avais à observer sur la nature des vents salubres, et de ceux qui ne le sont point (2).

(1) At vero civitates, quse ad ventes inter œstivum solis orlum et hibernum sunt expositse, et quse lis contrario modo se habent, de his sic se res habet. Quœ quidem soli orienti sunt espositse, eas salubriores esse par est, his, quse ad septentriones et ventes calidos obversse sunt, etsi stadium unum intersit.

Primum si quidem calor et frigus temperate se habent, deinde aquas, quœ solis ortum spectant, omnes limpidas esse, et odoratas ac molles, et amœnas in hac civitate suboriri necesse est. Sol namque emergens et perlustrans eas reprimit. Diluculum enim ipse aër ut plurimum semper affundit. Hominum habitus coloratiores et vividiores sunt, nisi alius quis morbus prohibeat. Homines clara voce sunt praediti, et ad iram ac prudeutiam melius sunt comparati, quam septentrionales, siquidem et reliqua illic nascentia praestantiora sunt. Ac fere sic sila civitas, quoad calidi et frigiJi temperationem, veri similis est; tum etiam morbi quidem paucioreset debiliores gignuntur, eorumque morborum sunt similes, qui in civitatibus, quœ ad calidos ventos spectant, oriuntur. Et mulieres illic valde fecundœ evadunt, lacileque pariunt. Ac de his hoc quidem habet modo.

(2j At vero quœ ad occasum sunt espositœ, et a ventis, qui ab oriente spiraut, obtect;e, tum a calidis ventis, tum etiam IVigidis a septentrione leviter perflantur, harum urbium situm maxime morbo esse obnoxium necesse est. Primum siquidem aquse minime sunt limpidfe. Cujus rei causa est, quod aer plurimum matutinum tempus occupât, qui aquœ admixtus, illius splendorum obscurat. Neque enim, nisi in altum evectus, sol splendescit. Fer testatem vero mane quidem aurœ frigidœ spiraut, et ros decidit ; de reliquo vero, ad ipsas sol se demittens, quam maxime homiues percoquit. Quare et décolores eos esse par est et inflrmos, prœdiclisque omnibus morbis participare, cum nulla ex parte ab eis separentur. Gravem etiam et raucam vocem eos habere est consentaneum, ob aerem, qui istic ut plurimum impurus et morbosus existit. Neque enim ab aquilonibus multum perpurgatur,

Hippocrate s'occupe ensuite des eaux, quant à leur influence pathogénique :

Je vais maintenant ajouter tout ce qui reste à dire sur les eaux (ne les ayant jusqu'ici considérées que relativement à leur exposition). Je ferai eonnaitro leurs qualités plus ou moins salubres, ainsi que les maux ou les biens qui doivent résulter de leur usage, qui a une très-grande influence sur la santé des hommes.

Les eaux de marais, d'étang, et toutes les eaux dormantes en général, sont nécessairement chaudes en été, épaisses et d'une mauvaise odeur, par cela même qu'elles ne sont point courantes. Alimentées sans cesse par de nouvelles pluies, et brûlées par l'ardeur du soleil, elles doivent être louches, malsaines et propres à augmenter la bile. En hiver, au contraire, les neiges et les gelées les rendent froides et troubles, de manière qu'elles augmentent beaucoup la pituite, et qu'elles deviennent très-propres à causer des enrouements.

Ceux qui en font usage ont toujours la rate très-volumineuse et dure, le ventre dur, émacié, chaud ; les épaules, les clavicules et la face fort décharnées. Cet amaigrissement tient à l'état même de la rate, dont le volume n'augmente qu'aux dépens de leurs chairs. Ils mangent beaucoup et sont toujours altérés. Ils ont le ventre supérieur et inférieur fort secs, au point qu'il leur faut des médecines plus fortes pour les purger. Cette maladie leur est familière en été aussi bien qu'en hiver.

Ils sont de plus sujets à des hydropisies aussi fréquentes que mortelles ; car il y règne en été beaucoup de dysenteries , de diarrhées et de fièvres quartes trèslongues : or toutes ces maladies, lorsqu'elles traînent en longueur, finissent par jeter les sujets ainsi constitués dans des hydropisies mortelles. Telles sont les maladies qui les affligent pendant l'été.

Quant à celles de l'hiver, les jeunes gens sont, dans cette saison, sujets aux péripneumonies, aux affections maniaques ; et les plus âgés, aux fièvres ardentes, à cause de la dureté du ventre.

Les femmes sont sujettes aux œdèmes et aux leucophlegmasies. Elles conçoivent et elles accouchent difficilement. Les enfants qu'elles mettent au monde sont d'abord gros et boursouflés; mais ils maigrissent et deviennent chétifs pendant qu'on les élève. Les évacuations qui suivent leurs couches ne se font point d'une manière avantageuse.

Les hernies sont les maladies les plus familières à l'enfance. A l'âge viril, on est sujet aux varices et aux ulcères des jambes; en sorte qu'il est impossible que des hommes de cette nature jouissent d'une longue vie : aussi vieillissent-ils avant le terme prescrit par la nature.

Il arrive encore que les femmes se croient enceintes, et que, lorsqu'elles sont parvenues au terme, le volume du ventre disparait : c'est que cette prétendue

eum Bon assidue perflent, qui vero assidue perflant, iisquc incumhunt, aquosissimi sunt. Quandoquidem qui ab occasu spirant venli, autumno fere similes sunt, similisquc est hic civitatis silus, quoad diei mutationem, quod multuni iuter raatutinum et vespertinum tempus intercedit. Ac de ventis quidera, convenioiites siiil, necne, sic se res habet.

grossesse n'est qu'une hvdropisie de la matrice. Ainsi, je regarde ces sortes d'eaux comme mauvaises à tous égards (1).

Dans cette description des régions marécageuses, Hippocrate ne parle point du traitement des fièvres intermittentes. Il faut croire que ce traitement consistait en grande partie dans la diététique et l'emploi des simples croissant dans ces contrées. — Un médecin flamand, feu le docteur Wauters, a publié une « pharmacopée des pauvres ", où il mentionne les plantes fébrifuges propres aux contrées où régnent les fièvres palustres. Ce sont, en général, des amers ou toniques fixes, qui furent remplacés depuis par le quinquina, jusqu'à ce que celui-ci fût détrôné à son tour par la quinine.

Mais indépendamment des fébrifuges végétaux, on se servait de fébrifuges minéraux, principalement de l'acide arsénieux; et il faut croire que ce moyen était déjà usité à l'époque d'Hippocrate, du moins dans les contrées marécageuses qui avoisinent la mer Noire ou Palus-Méotides. L'histoire nous apprend que Mithridate, roi de Pont, s'était tellement habitué à l'usage de l'arsenic, que lorsqu'il voulut ensuite s'empoisonner par cette substance pour ne pas tomber vivant aux mains de Pompée ; il ne put y parvenir et fut obligé de s'achever en se passant son épée par le coi'ps. Si cette anecdote était vraie, eUe prouverait que Mithi'idate

(1) Deinceps vero de aquis nobis commemorandum est, et quse morbosfe, et quae saluberrirnse existant, et quae ab aqua tum mala, tum bona provenire œquum sit. Plurimum enini moment! ad sanitatem confert.

Quœ igitur sunt palustres, et stabiles, et lacustres, eas per œstatem quidem calidas, crassas, et olidas esse necesse est. Cum enim non perfluant, sed semper novo imbre accedente augeantur, et a sole exurantur, eas décolores esse, et pravas, et biliosas necesse est ; per hyemem vero glaciatas et û-igidas, et tum a nive, tum a glacie turbidas, adeoque maxime pituitam gignere, et raucedinem excitare ; bibentibus autem lienes semper magnos esse, et compresses, ventres vero duros et tenues, ac calidos; humeros vero et jugula, et faciem extenuari. In lienem enim carnes coUiquescunt, ideoque graciles sunt. Taies vero edaces et siticulosos esse necesse est, ventresque tum superiores, tum inferiores siccissimos babere, proindeque medicamentis valentioribus indigere. Hic quidem morbus ipsis et per sestatem, et per hyemem est consuetus. Ad haec etiam aquœ inter cutem tum fréquentes, tum maxime lethales contingunt. Multœ enim intestinorum difficultates, et alvi profluvia per sestatem incidunt, et febres etiam quartanse diuturnse. Hi autem morbi, cum longius producuntur, bujusmodi naturas ad aquam intercutem deducunt, et perimunt. Et hi quidem morbi ipsis per festatem contingunt. Per hyemem vero junioribus pulmonum inflammationes et insaniœ; senioribus autem febres ardentes, ob ventris duritiem. Jlulieribus vero tumores proveniunt, et pituita alba vixque concipiunt, et cum difficultate fœtus magnos et tumidos pariunt, quique postea, dum educantur, contabescunt, et détériores evadunt. Neque bona post partum mulieribus purgatio contingit. Pueris vero herniœ potissimum superveniunt, et varices viris, tibiarumque ulcéra, ut proinde ejusmodi naturœ loiiga; esse vitœ uequeant, sed ante tempus senescant. Prœterea mulieres sibi praîgnantes videntur, et cum pariendi tempus iustat, ventris moles disparet. Quod contingit ob aquam intercutem, cum ea uteri laborarint. Ac hujusmodi quidem aquas ad quidvis paratas esse censeo.

faisait usage d'acide arsénieux contre la fièvre, car quel motif aurait-il eu de s'habituer à ce poison?

L'acide arsénieux fut encore employé après l'introduction du quinquina en Europe, en 1638, par le vice-roi du Pérou, le comte del Cinchon (de là nomCinchonine qui fut donné au remède transatlantique). En 1702, un certain Friccius publia un livre : De virtuie venenorian medica, où il est question de l'arsenic dans le traitement des fièvres intermittentes. Jacobi prescrivait une liqueur assez analogue à celle de Fowler. L'arsenic est la base d'une foule de préparations empiriques, telles que les poudres fébrifuges de Frescarode, que le docteur Bing dit avoir employée avec succès dans les fièvres intermittentes. Le docteur Blane tenait de feu le docteur Huck-Saunders, qui pendant une expédition contre les Indiens Cherokees, dont le territoire est très-marécageux, le docteur Russel, ne pouvant emporter avec lui une assez grande quantité de quinquina, se munit de pilules contenant chacune un huitième de grain d'arsenic, au moyen desquels il parvint à guérir les fièvres qui se déclarèrent dans la troupe. On pourrait encore citer Werlhoff, De Haen, Storck, Baker, Kluyskens, qui employèrent également cet agent. Pearson et Fowler popularisèrent l'usage de l'arsenic en Angleterre, surtout dans les maladies de la peau, et eurent pour imitateur Willan. On sait que ce fut le docteur Baudin qui, de l'Algérie, l'introduisit en France.

Hippocrate traite ensuite les eaux minérales, et la manière dont il en parle, prouve qu'il n'en était pas partisan.

Les plus mauvaises après celles-là sont celles qui sortent des rochers, parce qu'elles sont nécessairement dures. Il en est de même de celles qui coulent des terres qui recèlent des eaux thermales, des mines de fer, de cuivre, d'argent, d'or, de soufre, d'alun, de bitume ou de nitre. Comme c'est la force de la chaleur qui produit toutes ces matières, les eaux qui sortent d'une pareille terre ne peuvent être que mauvaises, dures et échauflTantes ; elles passent difficilement par les urines, et resserrent le ventre (1).

Nous pensons qu'il s'agit pour le père de la médecine, de l'usage purement hygiénique, c'est-à-dire au point de vue de la potabilité. Il est certain, en effet, que ces eaux donnent lieu à des poussées qui, dans beaucoup de circonstances, seraient nuisibles. Elles ne conviennent donc que dans

(1) Secundo loco eas, quarum fontes in saxosis locis suut (quas duras esse necesse est), aut istic, ubi calidEe aquœ exsistunt, aut ferrum nascitur, aut œs, aut argentum, aut aurum, aut sulphur, aut alumen, aut bitumen, aut nitrum. Hœc enim omnia caloris vi proveniunt. Ncque igitur ex liujusmodi terra bonœ aquœ nascunlur, sed dui-œ et œstuosa;, quœque per urinas non facile ieruritur, et alvi egestioni adversantur.

les maladies spéciales ou cachées. Encore ne faut-il pas en abuser, comme ou le fait beaucoup au commencement.

Voici les caractères qu'Hippocrate assigne aux eaux potables.

Les meilleures eaux sont celles qui coulent des lieux élevés et des collines de terre. Elles sont agréables au goût, claires; il ne faut qu'une très-petite quantité de vin pour les altérer. De plus elles sont chaudes en hiver et fraîches en été ; ce qui prouve la profondeur considérable de leurs sources. Mais il faut surtout recommander celles qui coulent du côté du levant, et particulièrement du levant d'été ; parce qu'elles sont nécessairement plus limpides, dépouillées de toute odeur, et légères (1).

Les eaux mauvaises à boire sont :

Toute eau salée, crue et dure est en général mauvaise à boire ; il y a cependant certains tempéraments et certaines maladies auxquels l'usage de pareilles eaux pourrait convenir, et dont je parlerai plus bas. Au reste, il faut juger de ces eaux d'après leur exposition, laquelle les rend plus ou moins mauvaises (2).

Pour ce qui concei'ne l'usage de ces eaux, voici les préceptes d'Hippocrate :

Je pense qu'un homme bien portant et vigoureux doit boire sans distinction celle qui sera à sa portée; mais si quelque indisposition l'oblige à chercher l'eau la plus convenable à son état, les préceptes suivants lui seront d'un grand avantage pour recouvrer la santé.

Tous ceux dont le ventre est dur, brûlant et sujet à se constiper, se trouvent bien de l'usage des eaux les plus douces, les plus légères et les plus limpides. Au contraire, les eaux très-dures, très-crues et saumâtres conviennent mieux à ceux qui ont le ventre mou, humide et plein de pituite, par la raison même qu'elles sont très-propres à consumer les humeurs.

En effet toutes les eaux qui cuisent très-facilement et qui sont fort molles, doivent aussi naturellement lâcher et humecter le ventre ; au lieu que les eaux crues, dures et difliciles à cuire, le resserrent et le dessèchent.

C'est sans doute au défaut d'expérience qu'il faut attribuer l'erreur de ceux qui regardent les eaux salées comme laxatives, quoiqu'elles soient d'une nature bien opposée. Naturellement crues et difficiles à cuire, elle resserrent plutôt qu'elles ne lâchent le ventre. Voilà pour ce qui concerne les eaux de source.

(1) At vero optimfe sunt, quse es sublimibus iocis, et terrce tumulis profluunt. Hœ enim dulces sunt et albœ, modicumiiue viiiuin ferre queunt, per hyemem calidae, per œstatem frigidse. Taies enim ex profundis.simis fontibus proveniunt. Maxime vero commendantur, quarum fontes ad solis exortus, prœsertimque œstivos decurrunt. Limpidiores enim, et boni odoris, et levés esse necesse est.

(2) Salsse vero, et indomitse et dur;e, in totum quidem ut hibantur, improbandae. Sunt tamen natiu'ae quœdam et morbi, quibus taies aquœ potu sunt commodie, de quibus mox dicam.

Quant à celles de pluie et de neige, les premières sont les plus légères, les plus douces, les plus subtiles, et les plus limpides de toutes les eaux. C'est qu'en premier lieu, le soleil attire et enlève les parties les plus subtiles et les plus légères de tous les fluides. Ce qui se passe dans la formation du sel en est la preuve. Cette substance n'est que le résidu d'une eau salée ; elle n'est restée au fond de cette dernière, que parce qu'elle était trop grossière et trop pesante pour être évaporée avec les parties les plus subtiles de l'eau, que le soleil avait enlevées à cause de leur légèreté.

Et ce n'est pas seulement dans les eaux d'étang et de mer que le soleil opère cette évaporation ; il agit de même sur tous les corps de la nature où il existe quelque humidité, et il en existe partout. Il attire du corps même de l'homme ce qu'il y a de plus subtil et de plus léger dans ses humeurs.

Ce qui le prouve de la manière la plus évidente, c'est que toutes les fois qu'un homme habillé marche ou est assis au soleil, ce ne sont pas ordinairement les parties du corps nui>s et exposées immédiatement à l'ardeur de ses rayons, qui suent; ce sont plutôt les parties couvertes par les habits ou par quelque autre chose, qui s'humectent par la sueur ; et quoique le soleil la force de couler, les habits empêchent cependant qu'il ne la dissipe de même. Mais si ce même homme vient à se mettre à l'ombre, toutes les parties du corps sont également humectées par la sueur, parce qu'elles sont toutes également à l'abri de l'action du soleil.

Cependant, c'est à cause même de son origine, que l'eau de pluie est de toutes les eaux celle qui se corrompt le plus promptement, et qui acquiert une mauvaise odeur ; car elle n'est qu'un amas de plusieurs espèces de vapeurs mêlées ensemble ; ce qui favorise et accélère sa putréfaction.

Les bonnes qualités de l'eau de pluie viennent, en second lieu, de ce que (indépendamment de la première évaporation dont je viens de parler) l'eau, une fois attirée et élevée par le soleil, se mêle et se porte de tous côtés avec l'air. Alors sa partie la plus trouble et la plus opaque se sépare et forme les brumes et les brouillards ; tandis que le reste, plus subtil et plus léger, est cuit par le soleil, et devient doux ; ce qui arrive de même à toutes les autres substances lorsqu'elles sont cuites.

Cependant, tant que cette partie est dispersée, sans avoir acquis encore aucune consistance, elle continue à se porter vers les régions supérieures de l'air ; mais si des vents d'une direction opposée viennent soudain à la rassembler quelque part, alors cet amas crève du côté où il se trouve le plus condensé. Cela doit surtout avoir lieu toutes les fois que les nuages chassés par un vent impétueux, sont tout à coup repoussés par d'autres nuages chassés par un autre vent qui souffle en sens contraire. Il arrive alors qu'en s'accumulant les uns sur les autres, à mesure que de nouveaux nuages sont poussés vers le même point, ils augmentent de volume, deviennent plus opaques, se compriment, crèvent enfin par leur propre poids et tombent en pluie. Voilà pourquoi l'eau pluviale doit naturellement être la meilleure; elle a néanmoins besoin d'être bouillie et filtrée, autrement elle ac(iuiert une mauvaise odeur, et rend la voix rauque et forte à ceux qui en font usage.

Pour ce qui est des eaux de neige et de glace, elles sont en général toutes mauvaises; c'est que l'eau, une fois glacée, nn ri^eouvro plus sa première qualité, parce que la congélation lui enlève sa partie limpide, légère et douce, et ne lui laisse que la [lartie la plus trouble et la plus pesante.

Vous pouvez vous en convaincre par rexpérionce suivante. Remplissez, pendant l'hiver, un vaisseau d'une quantité donnée d'eau, et exposez-le ensuite au serein, dans un endroit assez froid, po ir que la congélation s'opère complètement; transportez ce même vaisseau le lendemain dans un endroit chaud, et mesurez l'eau après qu'elle aura été complètement dégelée, vous la trouverez beaucoup diminuée. Cette expérience prouve que la congélation, en l'évaporant, lui a enlevé, non pas ce qu'elle contenait de plus pesant et de plus grossier (ce qui était impossible), mais sa partie la plus légère et la plus subtile. C'est à cause de cela que je regarde ces eaux, et toutes celles qui leur sont analogues, comme très-mauvaises à tous égards. Voilà ce qu'on observe dans les eaux de pluie, de neige et de glace.

Quant aux eaux des grands fleuves dans lesquels d'autres fleuves se déchargent, à celles des lacs qui reçoivent quantité de ruisseaux de toute espèce, ainsi qu'à celles qui sont conduites de loin, l'usage de toutes ces eaux produit principalement la pierre, les afl'ections néphrétiques, la strangurie, la sciatique, et les hernies.

C'est qu'il est impossible que des eaux si mêlées soient toutes de la même nature. Les unes étant douces, les autres salées, quelques-unes imprégnées d'alun, d'autres venant de sources chaudes, elles se font une guerre continuelle, jusqu'à ce que la plus forte l'emporte sur les autres. Et c'est tantôt l'une, tantôt l'autre qui est la plus forte, selon les diff'érents vents qui dominent. Il v a, par exemple, des eaux dont les qualités se développent et se renforcent par le vent du nord ; d'autres, dont ces qualités ne deviennent sensibles que par celui du midi. Il en est de même des autres vents. Ainsi, il faut de toute nécessité que de pareilles eaux déposent au fond des vaisseaux qui les renferment un sédiment de sable et de limon, qui occasionne les maladies que je viens de nommer. Si ces efi"ets ne se manifestent pas chez les hommes indistinctement, en voici la raison :

Tous ceux qui on le ventre libre et sain, et dont la vessie n'est pas trop ardente, ni son col trop enflammé, urinent facilement, sans qu'il s'y forme des concrétions. Ceux, au contraire, qui ont le ventre ardent, doivent n(?cessairement avoir la vessie affectée de même. Et quand celle ci est une fois échaufl'ée d'une ardeur plus que naturelle, son col s'enflamme, retient, brûle, cuit l'urine, et n'en laisse sortir que la partie la plus ténue et la plus pure. La plus épaisse et la plus trouble s'3' accumule, et forme des concrétions d'abord peu volumineuses, mais qui grossissent de plus en plus dans la suite ; car à mesure qu'elles y sont ballottées par l'urine, elles attirent tout ce qu'elles rencontrent de matières épaisses, se les attachent, et se durcissent en augmentant ainsi de volume.

La pierre, une fois formée, est forcée de se précipiter vers le col de la vessie toutes les fois qu'on veut uriner, en ferme le passage, et cause des douleurs trèsvives ; c'est ce qui oblige les enfants calculeux à frotter et à tirailler le bout de la verge, s'imaginant que dans cette partie réside la cause qui les empêche d'uriner.

Une preuve que c'est la partie la plus épaisse et la plus trouble de l'urine qui reste au fond de la vessie, et qui forme les concrétions calculeuses, c'est que l'urine que rendent ceux qui ont la pierre, est extrêmement claire. Yoilà de quelle manière se forme, pour l'ordinaire, cette maladie.

Chez les enfants, elle peut encore avoir pour cause un lait malsain, échauffé et bilieux. L'ardeur de ce lait se communique au ventre et à la vessie, en sorte que

l'urine brûlée donne lieu à la formation du calcul. Aussi pensé-je qu'il est plus avantageux de donner bien trempé le vin aux entants ; mêlé avec une grande quantité d'eau, il brûle et dessèche moins les veines.

Cependant les filles ne sont pas autant sujettes que les garçons à la pierre. C'est que les femmes ont le canal de l'urètre plus court et plus large, de manière que l'urine jaillit avec plus de facilité. Aussi n'observe-t-on pas chez elles les signes extérieurs de la pierre; je veux dire qu'elles ne touchent, ni ne frottent le bout de l'urètre comme les garçons. D'ailleurs, chez elles le canal s'ouvre dans une direction horizontale, très-près du vagin, au lieu que chez les hommes il est courbé et moins large. Ajoutez à cela qu'elles boivent plus (d'eau) que les hommes. Ce sont à peu près les causes de cette diiférence (1) .

(1) Qui sauus est ac valet, is, uiillo habito discrimine, semper eam, quie adest, bibat. Qui vero morbi causa eam, quœ maxime conveaiat, bibere volet, is hoc modo prœcipue sanitatem consequatur. Quorum quidem ventres duri sunt, et qui promte succenduntur, iis certe dulcissimœ, levissimœ, et limpidissirnse couferunt. Quibus vero ventres inferiores molles sunt, humidi, et maxime pituitosi, iis durissimae, et maxime coctu difficiles, et aliquantulum salsEe accomraodatîe sunt. Hoc enim modo maxime resiccari poterint. Qiue namque aquse coqueiido sunt optim;e, et facile liquescunt, eas ventrem dissolvere, ac liquefacere maxime sequum est. Indomitse vero ac durse, et quse coquendo minime idonete, eae ventres magis cogunt, et resiccant. At vero de aquis saisis propter imperitiam falluntur quidam, quodque alvum solvere existimentur, cum maxime alvi dejectioni répugnent. Indomitse enim sunt et coqui nequeunt, proindeque ab eis venter potius adstringitur, quam eliquetur. At de Ibntium quidem aquis hoc modo se res habet.

Quse autem ex imbribuscoUiguntur, et ex nive fiant, quomodo se habeant, enarrabo. Aquae igitur ex imbribus collectœ levissimîe et dulcissimîe sunt, tenuissimœ, et limpidissimae. Sol enim, quod inprimis in aqua est tenuissimum, et levissimum, sursum ejucit et rapit. Id autem ex ipso mari patet, in quo, quod salsum est, propter crassitudinem, et gravilatem remanel, et sal evadit, tenuissimum vero propter levitatera sol ad se rapit. Neque vero taie quid ex aquis solum lacustribus sursum educit, verum etiam ex ipso mari, et ex omnibus, in quibus aliquid humoris inest, quod quavis in re inest. Quin etiam ex ipsis hominibus tenuissimum ac levissimum humorem educit. Cujus rei maximum est indicium, cum homo vestibus indutus in sole ambulaverit, aut seJerit. Quascumque enim corporis partes sol aspicit, hœ nuUam sudorem eraittunt. Sol enim quidquid sudoris comparet, ad se rapit. Quse vero veste, aut alia quavis re conteguntur, hœ exsudant. Per vim enim a sole sudor elicitur, servatur autem a tegumento, ne a sole deleatur. Cum vero ad umbram pervenerit, tum corpus tequaliter sudore difBuit. Neque enim amplius sol affulget. Atque eara ob causam inter aquas etiam \iie ciiissime putrescunt, odoremque pravum habet aqua pluvia, et quod ex pluribus collecta est, et permixta, proindeque celerrime putrescit.

Ad liaec quoque, cum rapta est, in sublime evecta circumfertur, et aère permiscetur, quod quidem in ea est turbidum et noctem referens, excernitur, etsecedit, et aer ac nebula evadit. Tenuissimum vero et levissimum relin(iuitur, et a sole ustum, et coctum dulcescit. Quin et alia omnia, quse coquuntur, semper dulcia evadunt. Dum igitur dispersa, necdum collecta fuerit, in sublime fertur. At ubi coacervata, et a venlis inter se adversariis derepente in se coacta fuerit, tum deorsum prorumpit, qua parte copiosa collecta fuerit. Tune enim istud magis contingere par est, cura nubes, vento, stabilitatem minime habente, agitatœ ac delatœ, derepente contrario vento, et aliis nubibus occursarint. Hic quidem prima ipsius pars cogitur. Posterior vero insuper accedit, eaque ratione crassior et nigrior evadit, ac pondère deorsum prorumpit, iinbresque oriuntur. Atque bas quidem aquas optimas esse rationi est consentaneum, ut tamen excoquantur, et excolentur opus habent. Sin minus, odorem pravum obtinent , et bibentibus raucitatem , et vocis gravitatera adesse aequum est.

Pravse vero omnes, qn;e ex nive et glacie fiunt. Ubi enim semel concreveriut, non amplius ad pristinam naturam redeuut. Sed quod in his quidem est splendidum, et levé, et dulce, excernitur et evanescit; remanet vero, quod turbidissimuni, et pomlerosissimum. Quud hac ratione depreheudas.

Toutes ces données sont de la bonne hygiène. Hippocrate fait une distinction entre les eaux dures contenant des sels insolubles, et les eaux douces contenant des sels solubles, principalement des sulfates de magnésie et de soude, les premières resserrant le ventre, les secondes le relâchant.

Ce qu'il dit de l'eau de pluie est juste, puisqu'elle contient les parties volatiles de l'atmosphère, notamment l'iode. Il explique aussi sa prompte décomposition, qui est due, au contraire, aux matières animales, notamment aux infusoires.

En ce qui concerne l'eau de neige et de glace, Hippocrate la déclare

Si euim byemis tempore vasculum, certa aquœ meusura affusa, sub dio exponere voles, uti maxime congeletur, deinde postridie in locum calidum delatum, ubi glacies maxime liquescat ; tumque soluta fuerit, iterum aquam metiaris, aquam multo pauciorem reperias. Hoc certe indicio cognosces, quod congelatione id, quod est levissimum et teuuissimum, evauescit et exspirat, non, quod gravissimum et crassissimum, cum id ei contingere nequeat. Hanc igitur ob causam aquas de nive et glacie liquatas, earumque similes, ad quidvis pessimas esse existimo. Atque de acjuis quidem, quse ex imbribus, nivibus, et glacie coUiguntur, ad hune se res habet modum.

At vero calculo maxime tentantur, et renuni morbis, ac uriuœ stillicidio, et coxeudicum affectionibus cori'ipiuiUur, herniseque ils suboriuntur, qui cnjusqvie modi aquas bibunt, aut de magnis fluminibus, in quse alia decurrunt, et de stagno, iu quod raultarura, et cujusvis generis aquarura rivuli deveniunt, quique advectitiis aquis utuntur, quae ex longo, et minime brevi intervalle deducuntur. Neque enim fieri potest, ut aquse in ter se similes sint; verum aliœ dulces sunt, alise salsae, et aluniinosœ, alise de calidis effluunt. Atque hse simul permixtœ inter se dissident, et semper superat, qu» valentissima est. Neque semper eadem viribus pollet, sed alias alia.

Sed et ex veutis, huic quidem boreas vires prsebet, illi vero auster, et de reliquis eadem est ratio.

Ex his igitur limum et arenam in vasis subsidere necesse est, et ex earum potu prœdicti morbi gignuntur. Quod vero non omnibus, deinceps dicam.

Quibus quidem alvus tum fluida, tum sana est, et vesica minime ignea, neque vesicse os cum ea valde conspirât, ii quidem facile urinam emittunt, neque quidquam in vesica coUigitur. Quibus vero alvus ignea fuerit, vesicam etiam eadem affectione teneri necesse est. Cum enim magis, quam natura postulet, calefacta fuerit, os ipsius inflammatione tentatur. Sic autem affectum urinam non emittit, sed iu sese concoquit et adurit, et quod quidem in ea est tenuissimum, secernitur, quodque purissimum, transit, et cum urina educitur, quod vero crassissimum ac turbidissimum, coUigitur, et concrescit, primum quidem minore copia, deinde majore. Cum euim per urinam volutatur, quidquid cra.ssum constitit, ad sese applicat, eoque modo augetur, et in totum durescit. Dumque urinam emittit, ab urina vi propulsum ad vesicîe os collabitur, et urinam impedit, doloremque vehementem exhibet. Proindeque pueri calculo laborautes pudenda confricant, et vellicant, quod ipsis reddendœ urinse causa eo loco esse videtur.

Hoc autem ita se habere indicio est, quod, qui calculo laborant, urinam ad instar seri limpidissimam reddunt, cum, quod iu ea est crassissimum ac maxime returbidum, istic maueat ac versetur. Ac plerique quidem hoc modo calculura gignunt. Gignitur autem et pueris ex lacté, si non salubre fuerit, sed valde calidum et biliosum. Ventrem enim coucalefacit, et vesicam, ac proiude, dum urina simul aduritur, istam affectionem sentit. Et mea quidem sententia priestat pueris vinum, quam maxime dilutum, exhibere, cum nimiruni venas minus aduratet resiccet.

Atin muliebribus pudendis non eodem modo contiiigit. Vesicce enim tistula urinaria brevis est, et ampla, ut facile urinam propellat. Neque enim manu pudendum, velut masculus, confricat, neque fistulam urinariam coniiugit, quod intra pudeuda perforata est, cunKjue meatus urinarii ampli sint, plus enim, quam pueri bibunt. Ac de bis quidem hoc modo se res habet, aut ad hsec quam proxime accedit.

mauvaise pour des motifs contraires à ceux de l'eau de pluie. On sait, en effet, que dans les vallées profondes ou les gorges des montagnes règne le goitre ; ce qu'on attribue à l'usage de l'eau de neige.

Ce qu'Hippocrate dit de l'eau des tleuves, des rivières, des lacs, comme devant produire la pierre, est inexact ou du moins n'est vrai que par rapport aux complications particulières ou diathésiques. Mais cette eau est généralement impure, n'ayant pas filtré à travers le sol. Ceci est important pour les distributions d'eau dans les villes. Mieux vaut les prendre par drainage que directement dans les cours d'eau. Ce qui constitue la véritable potabilité de l'eau, c'est l'acide carbonique qui est son principe minéralisateur, c'est-à-dire le dissolvant des sels, d'après l'adage : Corpora non agunt nisi soluta.

En ce qui concerne les saisons, voici les indications fournies par Hippocrate :

Pour juger si la constitution d'une année doit être saine ou malsaine, voici de quelle manière il faut faire ses observations sur chaque saison. Si les signes qui accompagnent le lever et le coucher des astres, arrivent d'après le cours ordinaire de la nature; si pendant l'automne il tombe des pluies, que l'hiver soit modéré, c'est à-dire ni trop doux ni trop froid, et que pendant le printemps et l'été suivants il ne tombe que les pluies propres à ces deux saisons, une telle année doit naturellement être fort saine.

Si, au contraire, à un hiver sec et boréal, succède un printemps pluvieux et austral, il faut nécessairement que l'été occasionne des fièvres, des ophthalmies, et des dysenteries. C'est que toutes les fois qu'une chaleur étouffante arrive tout à coup, et que la terre est encore humectée par les pluies du printemps et par les vents du midi, l'action du soleil, jointe à la chaleur d'une terre très-humide, doit nécessairement se faire sentir avec plus de force. Ajoutez à cela que le ventre ne s'est pas encore resserré, ni le cerveau débarrassé des humeurs, puisque dans un pareil printemps toute la substance du corps doit nécessairement être abreuvée d'humidité. Ainsi les fièvres seront très-aiguês, surtout chez les sujets d'un tempérament phlegmatique, et les dysenteries attaqueront les femmes ainsi que les hommes, d'une comploxion très-humide. — ( Ces maladies seront courtes, si l'été est sec ; elles seront, au contraire, plus longues, s'il est pluvieux.)

Et si le lever de la canicule amène des orages, des pluies, et que les vents étésions soufflent à cette époque, on peut espérer qu'elles cesseront, et que l'automne sera sain. S'il en arrive autrement, il est à craindre que ces maladies, qui sont d'ailleurs sans danger pour les gens âgés, ne deviennent mortelles pour les femmes et pour les enfants, et que ceux qui en réchappent ne finissent par avoir des fièvres quartes, qui mènent ordinairement à l'hydropisie.

Si l'hiver est austral, pluvieux et chaud, le printemps boréal, sec et froid, les femmes enceintes, dont le terme de la grossesse arrive au printemps, risqueront do se blesser, ou, si elles accouchent naturellement, do ne metfr<^ au monde que des enfants infirmes, malsains, qui périront bientôt après leur naissance, ou qui vivront

maigres, débiles et maladifs. Voilà ce qui résultera d'une pareille constitution pour les femmes enceintes.

Au reste, cette constitution amènera des dyssenteries, des ophthalmies sèches, et chez quelques personnes, des fluxions de la tète aux poumons. Il est probable que les dyssenteries attaqueront les hommes phlegmatiques et les femmes, à cause des humeurs pituiteuses qui descendent de la tête (aux intestins). Les sujets d'un tempérament bilieux seront plus exposés aux ophthalmies sèches, à cause de la chaleur et de la sécheresse de leurs chairs. Ceux d'un âge avancé auront des fluxions, parce que leurs vaisseaux sont peu serrés et vides de sang ; en sorte que les uns seront frappés de mort subite, et que les autres deviendront paraplégiques de la partie gauche ou droite du corps.

Car toutes les fois qu'à un hiver austral, pluvieux et chaud, pendant lequel le corps ni ses vaisseaux n'ont pu se resserrer, succède un printemps boréal, sec, et froid, le cerveau, qui, à l'entrée de cette dernière saison, devait naturellement se détendre et se purger do toutes les humeurs qui causent les coryzas et les enrouements, se condense au contraire et se resserre; et s'il arrive que les chaleurs de l'été viennent le surprendre dans cet état, ce changement brusque doit occasionner ces maladies, auxquelles succèdent enfin les lienteries et les hydropisies, par la difficulté qu'éprouve le ventre à se dessécher.

Si l'été est pluvieux et austral, et qu'une automne pareille lui succède, l'hiver suivant sera nécessairement malsain. Les sujets d'un tempérament phlegmatique, ceux qui auront passé l'âge de quarante ans, auront des fièvres ardentes, et les hommes bilieux des pleurésies, des péripneumonies.

Si un été sec et boréal est suivi d'une automne pluvieuse et australe, il y aura probablement, l'hiver suivant, des maux de tète, des sphacèles du cerveau, des enrouements, des coryzas, des toux, et chez quelques individus, des phthisies.

Mais si l'automne est boréal et sec (comme l'été), et qu'il n'y ait eu de pluies ni au lever de la Canicule, ni à celui d'Arcturus, une telle constitution sera très-favorable aux tempéraments humides et phlegmatiques, ainsi qu'aux femmes ; mais elle aura des effets absolument opposés pour les tempéraments bilieux, en les desséchant trop. Elle leur causera des ophthalmies sèches, des fièvres tant aiguës que chroniques, et à quelques-uns même des affections mélancoliques.

C'est que la partie la plus aqueuse et la plus ténue du sang et de la bile se consume, et qu'il n'en reste que la partie la plus épaisse et la plus acre. Or, une pareille disposition des humeurs produit ces maladies chez les sujets dont je viens de parler ; au lieu qu'elle est favorable aux personnes d'un tempérament phlegmatique, parce qu'elles arrivent à l'hiver dépouillées de toute humidité superflue.

C'est en examinant de la sorte la nature des différentes saisons, qu'on peut prévoir la plupart des efi'ets qui doivent résulter de leurs variations. Mais il faut surtout prendre garde à leurs changements les plus considérables, pendant lesquels on ne doit ni donner les purgatifs (forts) sans nécessité, ni brûler ou inciser les parties voisines du ventre, que dix jours ne soient passés. Les plus grands et les plus dangereux changements arrivent pendant les quatre époques qu'on est convenu d'appeler les solstices et les équinoxes ; mais surtout pendant le solstice d'été, et pendant l'équinoxe d'automne.

Il faut user de la même précaution par rapport au lever des astres, surtout à

celui de la Canicule, ensuite à celui d'Arcturus, au coucher des Pléiades. C'est principalement à ces époques que les maladies éprouvent des crises; que les unes deviennent mortelles, que les autres cessent ou se changent en maladies d'une espèce et d'une constitution différentes (1).

(1) De annis autem hoc modo consideratione adhibita quis statuât, qualisnam annus futurus sit, utrum salubris, an morbosus. Siquidom secundum rationem in siderum ortu et occasu signa appareant, si per autumuum pluat, et liyems sit moderata, neque admodum blanda, neque prseter modum frigida, et vere ac îestate aquœ tenipestivse eveniant ; sic annum saluberrimum esse consentaneum est.

Quod si hyems quidem sicca et aquilonia, ver vero pluvium et austrinum fuerit, sestatein fehribus abundare, et lippitudines inducere necesse est. Ubi enim ab imbribus vernis, et ab austro terra humectala fuerit, et plenior sestus derepente supervenerit ; tum a terra madida et calida exsistente, tum a sole adurente, ardorem conduplicari necesse est, homiuum ventribus minime consistentibus, neque resiccato cerebro. Xeque euim, ubi ver taie exstiterit, iieri potest, quin corpus et caro nimio humore diffluant, ita, ut omnibus, ac maxime pituitosis, acutissimse febres immineant. Mulieribus vero, et naturis maxime humidis, iutestinorum difBcultates coutingere par est.

Ac siquidem sub caniculae exortum aqua et hiberna tempestas supervenerit, etesiseque spiraverint, quietis spes est, autumnumque salubrem fore. Alioqui periculum est, ne pueri et mulieres moriantur, minime vero senes, aut ne, qui evaserint, in quartanas tandem incidant, et ex quartanis in aquam intercutem.

At si hyems quidem austrina, pluviosa, et placida fuerit, ver vero aquilonium, siccum, et tempestuosum, primum quidem mulieres, quse prsegnantes exstiterint, et quibus partus in ver imminet, abortionem facturas, est verisimile, qufe vero etiam pepererint, adeo imbecilles ac morbosos fétus parituras, ut aut statim pereant, aut tenues, débiles, et valetudinarii vivant.

Atque hœc quidem mulieribus, reliquis vero intestinorum difficultates et lippitudines siccas, nonnullisque defluxiones a capite in pulmonem. Pituitosis itaque intestinorum difficultates fieri par est, ac mulieribus, pituita a cerebro defluente, propter naturœ humiditatem ; biliosis vero lippitudines siccas, ob carnis caliditatem et siccitatem ; senibus autem defluxiones, ob venarum raritatem ac distensionem, ut ex bis nonnulli repente intereant, alii dextra parte resoluti jaceant. Cum enim hyeme exsistente austrina et calida corpus non constringatur, neque venae, vere aquilonio et sicco, ac frigido superveniente, cerebrum, quod una cum vere dissolvi, et purgari a gravedine et raucedine oportebat, tune densatur et cogitur, proindeque accendente derepente sestate, sesluque, ac mutatione contingente, hi morbi ingruant, tandemque reliquis morbis, cum ventres facile resiccari nequeant, intestinorum levitates, et atquae inter cutem succédant.

Si vero Eestas pluviosa fuerit, et austrina, et autumnus similiter, morbosam esse hyemem necesse est, iisque, qui pituita abundant, et quadragesimum annum eseesserunt; febres ardentes contingere sequum est, biliosis vero morbos latérales, et pulmonum inflammationes.

At si Eestas sicca et aquilonia fuerit, autumnus vero pluvius et austrinus, sub hyemem capitis dolores, et cerebri siderationes fieri par est, ac prœterea raucedines, gravedines, et tusses, et nonnullis quoque tabès. Quod si aquilonius et siccus fuerit autumnus, ac neque sub canem, neque sub arcturum pluviosus, pituitosis quidem prœcipueque natura humidis et mulieribus coufert. Biliosis vero hoc est maxime adversum ; admodum enim resiccantur, iisque lippitudines aridre continguni, et febres acutse ac diuturnfe, quibusdam etiam melancholiœ. In bile namque, quidquid est humidissimum et aquosissimum, consumitur, quod vero crassissimum et acerrimura, remanet, quod in sanguine eadem quoque ratione accidit, unde ii morbi illis contingunt. Pituitosis vero hsec omnia auxilio sunt. Resiccantur enim, et ad hyemem perveniunt, ab aliis temporibus invicem succedentihus resiccati. Si vero hyems borealis sit, et sicca, ver autem austrinum et pluviosuni, îestate lippitudines fieri véhémentes, pueris vero et mulieribus febres, congruum est.

Qui igitur hîec mente complexus et contem;ilatus fuerit, is ex mulationibus plurima fere prsevidebit. Prsecipue vero raaximse anni temporum mutationes observandsesunt, ut neque medicamentum purgans lubenter exhibeamus, neque partes circa ventrom uranms, aut secemus, ante (lies decera, aut etiam plures. Maxime tamen sullicient decem. Ac maximi periculi pleua sunt ambo solstitia.

Comme on vient de le voir, Hippocrate a tenu un compte exact des saisons quant à leur influence sur les maladies. Il est évident que dans des pays à climat constant , les maladies doivent être rares et bénignes, et qu'on pourrait, à la rigueur, s'y passer de la médecine, si on y menait une vie régulière. Ce sont donc les vicissitudes atmosphériques sur lesquelles il faut surtout insister. Ainsi qu'Hippocrate le dit, un printemps pluvieux succédant à un hiver sec, prédispose à la fièvre, le corps n'étant pas encore complètement débarrassé des humeurs que l'hiver y a amassées. Si, comme les hommes du Nord, nous avions l'habitude du froid, ce ne serait rien; mais l'hiver nous nous calfeutrons dans nos appartements, nos théâtres, et notre régime alimentaire est échauflfant. La terre ellemême n'a pas été suffisamment drainée par la végétation et donne lieu à des exhalaisons : d'où les fièvres dites printanières.

Il est juste de dire que les orages purifient l'atmosphère à l'entrée de l'été, où régnent les vents étésiens ou généraux.

Un printemps froid succédant à un hiver doux, prédispose aux maladies aiguës inflammatoires : de la tête, de la poitrine, du ventre. Les femmes enceintes surtout en souffrent.

Un été pluvieux succédant à un printemps froid, produit le même effet qu'un printemps pluvieux par rapport à un hiver rigoureux.

Quant à l'influence des astres, elle n'est pas suffisamment établie pour qu'on puisse en tenir compte. Mais on ne saurait contester les effets des périodicités astronomiques. Les phénomènes météorologiques sont soumis pour la plupart à une loi de périodicité diurne. Beaucoup d'actes organiques présentent également des alternatives régulières d'augment et de décroissance, une sorte de flux et de reflux. Pendant la nuit, la digestion se fait plus lentement ; la respiration est moins active, sa fréquence peut tomber de 20 à 15 inspirations par minute. D'après Proust, c'est de 10 heures du matin à 2 heures après midi qu'il s'échappe le plus d'acide carbonique par les voies respiratoires, et c'est la nuit qu'il s'en dégage le moins ; de là le soulagement que la nuit procure, dans les inflammations des poumons. D'après Herviez et Saint-Léger, il existe dans l'exhalation de l'acide carbonique des variations horaires coïncidant avec celles du baromètre; ayant, comme ces dernières, deux maxima -. l'un vers 9 heures du matin, l'autre à II heures du soir, et deux minima,

prsecipueque sestivum. Periculosissima etiam ambo œquinoctia existimantur, maxime veroautumnale. Siderum quoque ortus observandi, prsecipueque caniculse, deinde arcturi, et vergiliarum occasus. His enim potissimum diebus morbi judicatioiiem subeunt, et alii quidem penmunt, alii vero iesinunt, aliiciue oimies iu aliam formam et statum trauseuut. Ac de his quidem ad hune se res habet modum.

l'un vers 3 heures du soir et l'autre à 5 heures du matin. Le maximum du matin est plus gx'and que celui du soir. Collard de Martigues a constaté que c'est le matin que la peau exhale le plus d'acide carbonique. Le pouvoir calorifique augmente dans la matinée; il atteint son maximum vers le soir, pour diminuer pendant la nuit; la température du corps baisse alors de plus d'un demi-degré Réaumur. M. Chossat a constaté que cette oscillation de la chaleur animale ne se rattache, ni à une variation de la température de l'air ambiant, entre le jour et la nuit, ni au refroidissement général de l'atmosphère qui résulte du changement des saisons. Les mouvements respiratoires subissent une variation analogue à celle de la chaleur animale. Suivant Robinson, le pouls a son minimum de fréquence (65 à 70) vers 8 heures du matin, et son maximum (77 à 84) de 4 à 6 heures du soir. — Pabsneer rapporte le minimum de fréquence (70) vers 8 heures du matin, et son maximum (81) à 4 heures du soir.

Les exacerbations des maladies caractérisées essentiellement par l'accélération du pouls et l'accroissement de la chaleur doivent donc coïncider avec les heures du soir. C'est ce qui a lieu. Il en est de même de la prostration des forces. Voilà pourquoi nous préconisons dans ces cas l'arséniate de strychnine, l'aconitine et la digitaline, 2 à 3 granules de chaque (ensemble).

On voit que ces influences météorologiques doivent être prises en considération dans le traitement des fièvres. Avant la dosimétrie, elles étaient purement platoniques, puisqu'on n'avait pas les moyens de les combattre.

Tel est en substance le Livre de l'Air, des Eaux et des Lieux, incontestablement un des plus authentiques d'Hippocrate et qui révèle le mieux son génie d'observation.

Ce traité est la continuation ou plutôt l'application du Traité de tAir, des Eaux et Lieux. Hippocrate y traite de la constitution de l'atmosphère et de son influence sur le caractère des maladies régnantes. Nous allons donc le suivre dans ses énumérations.

Première constitution. Constitution de l'atmosphère. — A Thase, vers l'équinoxe de rautorane, il y eut, pendant environ cinquante jours, jusque vers le coucher des Pléiades, des pluies fréquentes, peu froides, comme avec les vents du midi.

L'hiver fut doux; il y eut peu de vents de nord, de la sécheresse. Pour le dire en un mot, il ressemblait au printemps.

Dans le printemps, des vents du nord, du froid, peu de pluies.

L'été fut souvent nébuleux, sec. Les vents étésiens, nord-est, soufflaient rarement, peu, par intervalles

La constitution fut donc généralement chaude et sèche (1).

Maladies qui rcgncrent. — Il }• eut peu de lièvres ardentes avant le printemps, qui fut froid, et qui succéda à une constitution tout à fait opposée : elles furent douces. On n'y voyait guère d hémorrhagies, et l'on n'en mourait point. Il survenait des tumeurs aux oreilles, d'un côté, souvent de tous les deux, sans fièvre, les malades restant levés. Il s'y faisait quelquefois de petites inflammations, mais cela finissait absolument sans danger. Il ne s'y fit aucune suppuration, comme dans d'autres cas. Ces tumeurs étaient molles, étendues, sans inflammation, sans dou-

(1) In Tliaso ad autumiuim circiler ;equinoctuim, et sub vergiliarum occasum, phivipe muh<-p, continentps et loves fuerunt, nou secus ac spiranlilnis austris. Hyems austrhia, qua^ flatus aquilonares parvos, et jii.sto majores siccitates habuit, ati|ue etiam in totura veri .similis fuit. Ver ,autem austrinum, frigiilum, parvas habens pluvias. ..Estas ut plurimum niibila, in qua ab imbribus cessatio fuit. Anniversarii venti (qui etesiœ dicuntur), parum, tenuiter, disjunctim, segregatimque spiravere.

leur ; elles se dissipèrent chez tous sans amener de changements notables. Les enfants en avaient, les adultes, les gens dans la fleur de l'âge, la plupart de ceux qui fréquentent le gj-mnase, qui s'exercent à la palestre, peu de femmes II y eut beaucoup de toux sèches, de toux sans crachats. La voix devenait rauquo subitement, quelquefois lentement. Il survenait des inflammations douloureuses aux testicules, de chaque côté, ou d'un seulement, avec fièvre chez presque tous, sans fièvre chez certains. Ils ne furent point, pour cola, dans le cas d'avoir besoin d'opérations chirurgicales.

Il y eut bien des phthisies, et elles furent généralement mortelles. — Avant le commencement de l'été, durant son cours, et à la fin de l'hiver, plusieurs individus épuisés de maladies chroniques s'alitèrent phthisiques : leur état, incertain jusqu'alors, se décidait. Il y en eut qui, menacés de phthisie par leur tempérament, commençaient par tomber d'abord dans cette maladie. Il en périt un grand nombre de ceux-là. J'ignore même si, de ceux qui s'alitèrent, il en survécut un seul pendant longtemps. Ils mouraient plus vite que ne meurent communément les phthisiques ; tandis qu'on soutenait facilement des fièvres très-longues dont on ne mourait point, comme je le dirai bientôt. La phthisie fut, durant ce temps, la seule maladie cruelle et qui causa beaucoup de morts.

Etat des phthisiques depuis l'invasion de la maladie jusqu'à la fin. — Voici quel était cet état. Fièvre avec frissons, continue, aiguë, qui ne cessait jamais entièrement. Elle tenait du caractère des doubles-tierces, plus forte un jour, moins le lendemain ; mais plus encore de celui des maladies très-aiguës. On y voyait des sueurs partielles, continuelles, de grands froids aux extrémités, qu'on ne pouvait réchauffer ; des troubles aux entrailles, avec peu de selles bilieuses, point mêlées, peu liées, brûlantes, fréquentes ; des urines claires, sans couleur, crues, en petite quantité, quelquefois épaisses, sans sédiment; ou si elles en déposaient, il était mauvais, cru, et ne venait point à temps. On entendait une petite toux fréquente qui n'amenait que peu de crachats cuits, et avec beaucoup de peine. Ceux en qui la maladie était plus violente n'expectoraient rien de cuit ; ils périssaient avec des crachats toujours crus. La plupart se plaignaient, depuis le commencement jusqu'à la fin, de douleurs au gosier. Il était rouge, enflammé; il en coulait peu d'humeurs ténues, acres. Le dépérissement était prompt, le dégoût général jusqu'à la fin. Point de soif, délire chez plusieurs aux approches des derniers jours. Tel était l'état des phthisiques.

Etat des fiévreux dont la plupart réchappèrent. — Vers la fin de l'été et durant l'automne, beaucoup de fièvres continues, violentes. Elles étaient longues; on les supportait néanmoins facilement. Il y avait des troubles d'entrailles qui ne produisaient rien de fâcheux. Les urines étaient de belle couleur, limpides, mais en petite quantité; avec le temps, elles prenaient de la coction à l'époque de la crise. Peu de toux, point fatigante; point de dégoût. La nourriture était facile. En somme, cet état était fort difl"érent de celui des phthisiques, dont la maladie n'allait point suivant sa marche ordinaire, qui avaient de petites sueurs, des frissons, des redoublements erratiques, avec"une fièvre continue qui prenait, chez la plupart, un caractère de double- tierce., La maladie dont il s'agit maintenant se jugeait, pour le plus tôt, le vingtième jour; chez plusieurs, le quarante-huitième; chez plusieurs aussi, le quatre- vingtième ; cela n'était pas constant ; il y en eut même chez lesquels elle

se termina sans crise. La plupart de ceux-ci no furent pas longtemps sans fièvre; ils avaient des rechutes qui se jugeaient ensuite au bout de leur période. Plusieurs restaient malades jusqu'à l'hiver.

De ce que j'ai dit sur cette constitution, il résulte qu'elle fut mortelle pour les phthisiques seulement ; les autres supportaient le mal assez facilement, et les fièvres n'étaient point mortelles.

On voit avec quelle exactitude les maladies régnantes sont relevées — mais tidèle à sa doctrine des crises, Hippocrate ne signale aucun traitement; en réchappait qui pouvait. C'est également le fait de nos médecins expectants, sans en excepter les homœopathes, pour qui le régime est le fond et les médicaments la forme. Il n'est donc pas étonnant qu'il y ait eu tant de symptômes intercurrents et de lésions, auxquelles on n'avait pas songé de prime abord. En effet, quand une fois la fièvre est abandonnée à elle-même, elle porte ses ravages sur les organes les plus faibles. Ce fut surtout le cas pour les malheureux phthisiques : « Leur état, incertain jusqu'alors, se décidait; il y en eut qui menacés de phthisie par leur tempérament, commençaient d'abord par tomber dans cette maladie. Il en périt un grand nombre de ceux-là. J'ignore même si, de ceux qui s'alitèrent, il en survécut un seul pendant longtemps, n 11 s'agit de phthisies galopantes, ou plutôt de pleuropneumonies intercurrentes. C'est une opinion accréditée dans le vulgaire queles phthisiques meurent à la chute des feuilles. On connaît le chant élégiaque de Millevoie. C'est un tort d'abandonner ces malades à leur triste destinée, tandis qu'on peut retarder la marche de la maladie par les défervescents et les médicaments compensateurs, tels que la caféine et ses sels (citrate ou arséniate).

Seconde constitution. Constitution de l'atmosphère. — A Thase, les orages, avant l'automne, ne furent point à l'ordinaire ; il s'élevait subitement des vents du nord et du midi, avec des pluies et des ouragans. Cela dura jusqu'au coucher des Pléiades, pendant plus de cinquante jours.

Durant l'hiver, les vents nord-est régnèrent ; beaucoup de pluies fort abondantes, des neiges, des variations fréquentes dans l'atmosphère. Les froids ne furent pas excessifs. Après le solstice d'hiver, quand le zéphir commence à souffler, les pluies furent copieuses. Beaucoup des vents du nord-est, des neiges et des eaux sans fin, avec des orages et des ouragans qui durèrent jusqu'à l'équinoxe.

Le printemps fut froid. Des vents du nord, des pluies, des orages.

L'été peu chaud. Les vents étésiens étaient continuels. D'abord, après le coucher d'Arcturus, les vents de nord recommencèrent, et beaucoup de pluies.

L'hiver fut généralement sain, toute l'année ayant été humide et froide (1).

(1) Ante autumnum iuTliaso tempeslates iiou terapestiva?, sed cum muhis austris, et ai|uiloiiibus repentinae, et huraidse prorupere. Taliaque ad vergiliaruiu occasum usque, et sub vergilias ipsas

Maladies qui régnèrent. — Avant le printemps, il y eut un grand nombre de maladies. Les ophthalmies commencèrent ; elles étaient humides, douloureuses, avec des larmes d'humeur crue, un peu graveleuse, et il s'y faisait peu d'abcès, elles répétaient souvent : elles ne finirent que tard, vers l'automne.

Durant l'été et l'automne, des dyssenteries, des ténesmes, des lienteries, des cours de ventre bilieux avec beaucoup de matières claires, crues, mordicantes, quelquefois aqueuses. Il }' avait des amas d humeurs bilieuses qui donnaient des douleurs, des amas de sérosités piquantes qui faisaient des suppurations, des ardeurs d'urine sans vice dans les voies urinaires, mais provenant d'ailleurs ; des vomissements bilieux, pituiteux ; des rapports d'aliments non digérés, remontant de l'estomac ; des sueurs ; toutes les marques enfin d humidité surabondante. On avait ces maux sans fièvre, de la manière que je le dirai bientôt. Quelques-uns en qui ils se réunissaient tous tombaient enfin dans la phthisie.

Dans l'automne et l'hiver, des fièvres continues, peu de fièvres ardentes, des fièvres marquées par des rehaussements le soir, des quotidiennes, des doubles-tierces régulières, des quartes erratiques. Chacune de ces espèces était commune, à la réserve des fièvres ardentes. Ceux qui étaient atteints de ces dernières ne les avaient pas bien fâcheuses ; ils n'avaient ordinairement ni hémorrhagie, ni délire, ni de symptômes graves. Les crises en étaient régulières; elles finissaient la plupart le quatorzième jour. J'ignore que personne, durant ce temps, soit mort de la fièvre ardente, ni qu'il y ait eu des frénésies. Les fièvres tierces étaient beaucoup plus nombreuses, bien plus fâcheuses ; elles avaient cependant une marche régulière, bien marquée, surtout dans les quatre premières périodes. Après la septième, elles se terminaient exactement, sans qu'il y eut de rechute.

Les fièvres quartes se déclaraient chez quelques-uns dès le commencement ; chez un bon nombre de malades, elles succédaient à d'autres maux. Leur durée était longue comme à l'ordinaire, même plus longue. Les quotidiennes, les continues avec rehaussement le soir, et les erratiques étaient fort nombreuses et obstinées ; qu'on s'alitât ou qu'on ne s'alitât point, elles durèrent chez plusieurs jusqu'au coucher des Pléiades, même jusqu'à l'hiver. Les convulsions étaient fréquentes, surtout chez les enfants ; la fièvre s'y joignait ; d'autres fois les convulsions se joignaient à la fièvre ; elles se soutenaient longtemps chez la plupart, sans danger cependant, à moins que l'état ne fût funeste d'ailleurs.

Il y avait des fièvres continues sans la moindre intermittence, qui redoublaient toutes en double-tierce, ayant le redoublement violent un jour, moins fort le lendemain. Ce furent les plus fâcheuses de toutes, les plus longues, pleines de mauvais symptômes. Commençant d'abord doucement, croissant continuellement, augmentant aux jours critiques, et passant à l'état le plus terrible, elles donnaient

exstitere. Hiems autem aquilonia, aquse multae, vehemeutes, magnae, nives, hisque intermixta ut plurimura aeris serenitas. Atque ista omnia contiiigebant, nec certe adraodum inopportuua erant frigora. Jara vero post brumale solstitium, eoque tempore, quo spirare incipit favonius, extremœ hyemis frigora magna fuere, aquilones multi, nites et pluvise continenter multœ, cœlumque, cum ventorum turbine nimbosum et nubilum, eaque ipsu non remiserunt, sed se ad sequinocliuni extenderunt. Ver autem frigidum, aquilonium, pluviosura nubilumque. neque admodum œstuans iestas fuit. Venti anniversarii continenter spiravere, statimquead :ircturuni,perflantibusaquilonibus, aquœ admodum mult%.

peu de relâche, et bientôt, après un court relâche, elles redoublaient de plus fort, à l'approche d'autres jours critiques. Il y avait des frissons absolument irréguliers, courts et rares chez certains malades, beaucoup de sueurs chez les uns, très-peu chez les autres, ne soulageant point, au contraire empirant le mal. Les extrémités roides chez la plupart sans pouvoir les réchauffer. Les insomnies n'étaient point générales; il y avait des assoupissements comateux, des troubles d'entrailles douloureux, mémo excessivement; les urines, pour l'ordinaire, ou claires, crues, sans couleur, donnant à la longue quelques signes de coction critiques ou bien épaisses, mais bourbeuses, ne donnant point de sédiment, ne se séparant point, ne donnant aucun signe de coction, ou donnant peu de sédiment cru, mauvais. Enfin, tous les symptômes étaient de mauvaise espèce. A cette fièvre se joignait une toux dont je ne puis dire si elle fut utile ou non. Ces divers symptômes obstinés, tourmentants, sans ordre, erratiques, non critiques, s'établissaient chez ceux qui étaient les plus malades, et chez ceux qui l'étaient le moins. Après s'être un peu calmés, ils reprenaient bientôt de nouveau. La fièvre, chez un petit nombre, se jugeait au plus tôt le quatre-vingtième jour; encore quelques-uns rechutèrent-ils; en sorte qu'elle dura, chez presque tous, jusqu'à l'hiver; elle finit chez plusieurs, sans crise. Les symptômes étant si fâcheux et si obstinés, les malades avaient un dégoût général, pricipalement ceux qui se trouvaient le plus mal. La soif n'était pas fort incommode.

Comme le mal était long, les symptômes très-fâcheux, le dépérissement considérable, il se faisait des dépôts, tantôt très-grands, auxquels les forces ne pouvaient suffire, tantôt petits, et qui n'étaient d'aucune utilité, qui se répétaient et rendaient l'état pire. On y voyait des dyssenteries, des ténesmes, des lienteries, des diarrhées; chez quelques uns des hydropisies, des anxiétés et des nausées ; soit que ces derniers accidents s'y réunissent, ou qu'ils ne s'y réunissent point, quand ils étaient très-forts, ils emportaient promptement le malade. Il y avait de petites éruptions qui n'étaient d'aucune utilité , qui ne répondaient point à la grandeur du mal, et qui disparaissaient promptement; des parotides qui ne délivraient de rien, qii n'indiquaient rien ; quelques dépôts aux articulations, surtout à celle du fémur avec l'ischion, rarement critiques, qui se dissipaient en peu de temps.

Il mourait dos malades de tout âge, mais surtout de petits enfants à la mamelle et de plus grands, de sept huit ou dix ans. On éprouvait quelquefois les symptômes seulement que j'ai décrits les premiers, d'autres fois ceux seulement que j'ai décrits les derniers. Les plus heureux de tous, ceux qui se sauvaient des plus grands dangers, c'étaient ceux en qui le mal causait la strangurie, en qui il se faisait des dépôts dans la voie des urines. Cela arrivait principalement aux enfants, même à plusieurs qui ne s'alitaient point dans la maladie. Il se faisait alors, dans peu de temps, un grand changement: si le ventre se fondait en selles de mauvais caractères, elles s'arrêtaient promptement. Le dégoût passait, la fièvre s'adoucissait. La strangurie était longue, laborieuse ; les urines abondantes, épaisses, fort variées, rouges, mêlées de pus, douloureuses. Tous ceux-là échappaient : je n'ai pas su qu'il on soit mort un (1).

(1) Exsistente igiliir aniio tulo Immitlo, iVigido, cl ai|uiloiiio, ail Jiyemem ([Uiilein, ul pluri-

Ici encore nous devons faire les mêmes remarques que pour la constitution précédente. Les maladies régnantes ont été toutes incidentées, parce qu'on les a abandonnées à leur cours , soi-disant naturel : ainsi des ophthalmies, des dyssenteries, des fièvres tierces ou quartes, dontles types ont presque entièrement disparu depuis l'emploi méthodique de la quinine. Ces maladies ne volent point dans l'air, pour s'abattre sur les individus comme l'épervier sur sa proie. Il y a toujours moyen de les juguler en s'y prenant à temps. Nous pensons qu'il n'est pas nécessaire de revenir sur ce que nous avons dit plus haut.

Hippocrate dit, dans ses réflexions générales sur les objets de la médecine et sur ses moyens : « La médecine a deux objets : guérir le mal et

muni bene valuerunt, ante ver autein i)Ieriqiie omnes moleste, et graviter vitara traduxermit.

Primum itaque lippitudines fluentes, ciim dolore, humentes, et crudse obortse sunt, sordes in oculis concretae (quas lemas vocant), parvœ, nec sine diflicullate muUis erumpebant, quse cum plurimis revertissent, tandem ad autumuura reliquerunt.

Jam vero per œstatem, et autumnum, es intestinorum levitate, et torminibus, continuaque et inani egerendi cupiditate laborarunt, alvique fluidie, biliosa, tenuia multa, cruda, et mordacia, nonnuuquam etiam aquosa dejecerunt. Plerisque etiam circumflui, non sine dolore, humorum affluxus contigere, biliosi, aquosi, strigmentosi, purulenti, et qui uriute difficultatera facerent, non ex proprioaliquo renum vitio, sed quod istis alla in aliorum vicem succédèrent. Vomitiones pituitoSEe, bilio.sîe, et crudorura ciborum eductiones, ac sudores aderant, atque omnibus undequaque diffluebat humiditas multa. Multisautemhiec fiebaut, quierecti et stantes a febribuserantvacui, plerisque etiam febre correptis, de quibus mox scribetur. In quibus vero descripta omnia deprehendebantur, ii jam quidem ad autumnum, et sub hyemem, non sine labore tabidi evadebant. Febres erant assiduEe, atque eorum paucis quibusdam ardentes, diurnEe, nocturnse, semitertianse, tertianse exquisitîe, quartanœ erralicœ.

Atque enumeratarum febrium singulse mullis oboriebautur, ardentes vero omnino paucis, iique ex œgrotantibus minimum laborarunt. Nam neque sanguis ex naribus, nisi paucus admodum, iisque paucis profluxit, neque deliarunt, cœteraque omnia placide tulere. Horum plurimis, bene admodum constituto, et composito judicationis ordine, febris ardens cum interraissione in septemdecim diebus solvebatur, atque haud scio, an quisquam tune ex hac ipsa interierit, aut ad phrenitim devenerit. At vero tertianse plures quidem, quam ardentes, et laboriosiores fuerunt, atque in bis omnibus rite et ordine a primo insultu, ad quaternos circuitus processere, in septem vero absolute judicabantur, neque horum cuiquam reverterunt. Quartanae autem multis per initia certo et rato quartanfe ténor, cœperuiit, quibusdam vero non paucis ex aliis feliribus, et morbis, secessus in quartanas liebant, longœque bis pro consuetudine, atque etiam interdum longiores contingebant. Sed et quotidianîe nocturnseque, et errantes multfe diuque plerisque perseveravere, tum erectis, tum decumbentibus, hortimque plurimos febres sub vergilias et in hyemem usque, comitabantur. Multos autem stalim ab initio, prsecipueque pueros, convulsioues cum febre tentabant, qufe etiam febribus succedebant, erantque hiec plurimis diuturna quidem, innoxia tamen, nisi si quibus caetera omnia perniciem ad ferrent.

At vero continuœ quidem omuiuo febres erant, uihilqiie interraittebant, sed oranes invadebant earum febrium more, qufe ad tertianarum uaturam proprius accédèrent, uno quidem die leviores, altero vero vehementiores, omnium, quse tune contingerent, violentissimîe, longissima>, et laboriosissimse per initia levés, et in totum perpeluo iiicrescenles, diebus judicatoriis insiiltus habebant, et in deterius procedebant. Qu£e etiam, cum parum allevassent, celeriler rursus ex intermissinne vehementius invadebant, et diebus judicatoriis magna ex parte deterius affligebant. lu bis omnibus rigores incomposite et errabunde contingebant, paucissimique, et minimi, verum in cfeteris febribus majores ut et sudores multi, his vero perpauci, nihilque allevantes, sed contra noxam afférentes.

ne rien faire qui nuise. Trois choses se réunissent dans notre art, la maladie, le malade, le médecin. Le médecin, ministre de lart, s'oppose à la maladie ; le malade doit concourir avec le médecin. r> Mais pourquoi alors la médecine expectante? C'est-à-dire le médecin ne faisant rien pour s'opposer à la maladie. Pour ne pas nuire, dira-t-on? Mais alors il serait tout aussi simple de laisser le médecin chez lui.

Troisième constitution. État de l'atmosphère. — A Thase, avant le coucher d'Arcturus, vers la fin de l'été, beaucoup de pluies abondantes et des vents nordest. A l'équinoxe d'automne, jusqu'au coucher des Pléiades, de petites pluies avec les vents du nord.

Durant l'hiver, les vents du nord, de la sécheresse, des vents forts froids, des neiges.

His magna extremorura perfrictio, qure vis etiam recalescerent. Neque penitus pervigiles erant, maxime vero hi eliam vicissim sopore gravabanlur. Alvi omnibus quidem conturbatae erant, maleque affectse, istis vero multo pessime. Horumautem plurimis urinse aut tenues erant, crudaeque, et décolores, aliquantoque post intervalle nonnihil coucoctïe, non sine judicatoriis signis, aut crassitudine quidem praeditœ, verum turbidae, nihil consistentes, aut subsidentes, neque concoctîe, aut paucse, vitiosse, crudœ, subsidentes, et in summa pessimje omnes. Tusses quidem febres comitabantur, sed neque, quam utilitatem aut noxiam tune tussis attulerit, licet scribere. Diuturna itaque et difBcilia hsec erant, valdeque in composite et errabunde, atque citra solutionem, horum plurima tum his, qui exitialiter valde, tum his, qui nequaquam ita se haberent, permanebant. Si quibus enim aliquantulum intermitterent, in iis celeriler reversiones faciebant. Est, ubi quibusdam iisque paucis, ad octogesimum diem cum brevissime judicatione solverentur, nonnuUis répétèrent, ut etiara in hyemen eorum plurimi aegrotarent. Plerosque vero oranes absque judicatione deserebant. Haec autem tum his, qui superstites erant, tum iis, qui moriebantur, ex aequo contingerunt.

Cumque multa, seque varia, esset in morbis judicationis cessatio, maximum sane et pessimum signum plerosque omnes ad extremum usque prosecutum est, quod cibos omnes aversarentur, iique maxime, qui cœtera quoque exitialiter haberent. In his vero febribus non admodum inopportune siticulosi erant. Longo autem progressu temporis, cum et labores multi, malaque corporis extenuatio fieret, his humorum secessus aut viribus superiores, aut minores, quam ut prodessent quidquam succedebant, sed qui confestim intro recurrerent, et in deterius contenderent. Atque his aderant intestinorum termina, crebrse et inanes egerendi cupidines, intestinorum levores, et alvi fiuentes, nonnullis etiam aqua inter culem cum hujusmodi enumeratis casibus, aut sine his, contingebat. Ex his vero quidquid violenter urgebat, aut statim e medio toUebat, aut prorsus nihil conferebat. Papulœ parvae, quae nec salis pro dignitate morborum excrétion! respondebant, sed contra celeriter disparebaut, aut aurium tumores oboriebantur, qui sensim, et sine uUa significatione, evanescebant. Nonnullis ad articules, prsecipueque ad cexendicem, decumbebant, paucis decretorie desinebant, sed celeriter rursus pristinum habitum assequebantur.

Ex quovis autem hominum génère interibant quidem, atque ex his plurimi pueri, jam a lacté depulsi, iique, quibus aetas paulum processerat, octennes, aut decennes, necdum etiam pubères. Atque ista quidem his non sine superius descriptis, multis vero superiora absque his contingebant. Quibus autem ad urinoe difficultatem res tota se converterat, in eamque humorum secessus fièrent, iis hoc unum utile, omniumque efBcacissimum signum fuit, quod etiam plerosque omnes ab imminenti maximo discrimine vindicavit. Accidit vero plurimis, urinse difficultatem pntissimumque his setatibus fieri, itemque aliis multis, qui etiam in morbis erecti obambulabant. Hic quoque subita qusedam, et magna omnium mutatie aderat. Alvos namque si contigisset fusas fuisse, eae confestim pessime cogebantur, et ad omnes ciljos alacres erant, posteaque placidfe febres tentabant. Verum quae ad urinae difficultatem spectabant, ea his diuturna et molesta fuere, urinseque copiosœ. crassae, et variantes, et rubrae, partimque cum dolore purulentae. Atque hi omnes superstites evasere, neque eorum quenquam interiisse, cognovi.

Aux approches de l'équinoxe du printemps, des pluies copieuses ; au printemps, des vents de nord, de la sécheresse, de petites pluies, du froid.

Au solstice d'été, peu de pluies, de grands froids jusqu'à la canicule. Après la canicule, jusqu'au coucher d'Arcturus, de la chaleur, des chaleurs suffocantes qui ne venaient point par degrés, continuelles, accablantes ; point d'eau • les vents, étésiens soufflèrent vers le temps du coucher d'Arcturus. On eut des pluies par les vents du midi, jusqu'à l'équinoxe d'automne (1).

Maladies qui régnèrent. Paralysies. — Dans cette constitution, les paralysies commencèrent vers l'hiver, et elles furent nombreuses. Certains moururent trèspromptement. Cette maladie fut assez épidémique. Les santés allèrent d'ailleurs assez bien jusqu'aux approches du printemps. Les fièvres ardentes commencèrent avant le printemps, se soutinrent jusqu'à l'équinoxe et jusqu'à l'été. La plupart de ceux que la maladie avait pris dans le printemps et au commencement de l'été en réchappèrent ; il en mourut peu ; elle devint mortelle après les pluies, dans l'automne ; plusieurs en périrent.

Fièvres ardentes. Les hémorrhagies y furent généralement salutaires. — Dans les fièvres ardentes, les hémorrhagies du nez qui coulèrent au temps convenable, et abondamment, furent toutes salutaires. Je ne crois pas qu'il en soit mort dans cette constitution un seul qui ait eu d'hémorrhagie en son temps et abondantes. Philisque, Epaminon et Silenus sont morts; mais l'hémorrhagie qui parut le quatrième et le cinquième jour ne fut que peu de chose. Presque tous les malades avaient des frissons aux temps de la crise, surtout ceux qui n'avaient point eu d'hémorrhagie. Les redoublements commençaient avec des frissons, et ils finissaient par des sueurs. Certains eurent des ictères le sixième jour ; ceux-là se purgeaient par les urines ; ou bien il survenait dans les entrailles des troubles qui les soulageaient, ou une hémorrhagie abondante, comme il arriva à Héraclide malade chez Aristocyde. Il eut une hémorrhagie par le nez et du trouble dans les entrailles, et se purgea par la vessie; il fut jugé le vingtième jour. Il n'en fut pas de même du domestique de Phanagorée; il n'eut rien de cela, il mourut. Les hémorrhagies furent fréquentes, surtout chez les petits enfants et chez lesjeunes gens. La plupart de ceux qui n'en avaient point moururent. Les vieillards avaient des jaunisses ou des troubles d'entrailles, ou bien des dyssenteries comme Rion chez Silène.

Les dyssenteries. — Les dyssenteries devinrent épidémiques dans l'été. Ceux qui avaient eu des hémorrhagies finissaient par la dyssenterie, comme Myllus et le fils d'Eraton, qui, après une hémorrhagie très-abondante, tombèrent dans un état purement dyssentérique.

Maladies où l'humeur était erratique. — L'humeur se portait çà et là chez plusieurs malades. Certains, avant la crise, n'eurent pas d'hémorrhagie. Il se faisait

(1) Paulo ante arcturum, sub ipsoque arcturo, imbres copiosi et magni, spirantibus aquilonibus, in Thaso fuerunt, circa jequinoctium autem, et ad vergilias usque, parvae et modicœ pluviœ austrinœ. Hiems, aquilouibus perflata, justo majores siccitates, frigidos ventos, et magnas Dives habuit. Ad sequinoctium autem maxima frigora. Ver aquilonium, exsuperantes siccilates, modicfe pluviae, et frigidae. Circa sestivum solstitium aquae paucae, frigora magna ad canem usque. Post canem vero, ad arcturum usque, per calidam sestatem, aestus magni, qui non per intervalla, aut sensim fièrent, sed tum perpetui, tum véhémentes. Non pluebat, anniversarii vcnti spiravere. Ad arcturum autem pluviie austrinœ, ad iequinoctium usque.

des parotides qui disparaissaient ; après quoi il survenait des pesanteurs au flanc gauche et au haut de l'ischion, avec des rualaises au temps critique. Ils rendaient un peu d'urines claires et quelque peu de sang par le nez. Antiphon, fils d'Aristobule, eut une hémorrhagie le vingt-quatrième jour ; il guérit, et fut jugé définitivement le quarantième.

État des femmes. — Il y eut plusieurs femmes malades, moins cependant que d'hommes. Il n'en mourait pas autant. Leurs couches furent généralement difiîciles ; elles tombaient malades après avoir accouché. Plusieurs de celles-ci mouraient. La fille de Télebalus mourut le sixième jour, à la suite des couches. Les règles prenaient la plupart de celles qui étaient malades. Quelques-unes eurent des hémorrhagies par le nez. Les hémorrhagies se déclarèrent chez plusieurs filles dès le commencement. Il yen eut qui avaient l'hémorrhagie et les règles. La fille d'Aïtharse eut d'abord les règles avec une hémorrhagie abondante du nez. Je n'ai pas su qu'il en soit mort quelqu'une de celles qui furent dans ce cas. Mais toutes les femmes grosses qui tombaient malades avortaient, autant que j'ai pu le savoir.

Observations sur les urines. — Presque tous les malades rendaient les urines de belle couleur, claires, faisant quelque petit dépôt, avec quelques selles bilieuses. Chez beaucoup d'autres, la maladie, après la crise, se terminait en djssenterie, comme chez Xénophane et chez Critias. Après avoir rendu beaucoup d'urines aqueuses, sans couleur, limpides, ils en eurent, après la crise, qui déposaient un bon sédiment, avec tous les autres signes d'une crise salutaire, ce qui est digne de remarque. Cela arriva aussi à Bion chez Silenus, à Cratie, logée chez Xénophane, au fils d'Aréton, à la femme de Mnésistrate : tous tombèrent dans la djssenterie. Il reste à savoir si c'est pour avoir eu les urines aqueuses.

Crises heureuses le onzième jour, vers l'équinoxe dC automne. — Vers le coucher d'Arcturus, vers la fin de l'été et à l'entrée de l'automne, il y eut des crises le onzième jour, qui ne furent pas suivies de rechute, comme on pouvait le craindre. On tombait alors dans un état comateux, surtout les enfants, et nul n'en mourait.

Terminaison funeste des fièvres ardentes en frénésie, chez ceux qui les eurent vers la fin de l'automne, et description de la fièvre ardente, quand elle devait prendre une mauvaise tournure. — Les fièvres ardentes se soutenaient à l'équinoxe d'automne jusqu'au coucher des Pléiades et à l'entrée de l'hiver. La plupart des malades tombaient alors dans la frénésie, et ceux-ci n'échappaient guère. Cela était arrivé rarement dans 1 été. Quand la fièvre ardente devait être funeste, elle s'annonçait ainsi dès le commencement. Les malades avaient d'abord une fièvre aiguë, quelques frissons, insomnie, soif, des malaises généraux. Ils ne pouvaient rester dans la même place. Quelques légères sueurs au front et aux clavicules ; jamais de sueur générale, beaucoup de délire, des frayeurs, de la tristesse, froid aux extrémités, aux pieds, surtout aux doigts des mains, des redoublements aux jours pairs. La plupart étaient dans un grand travail le quatrième jour ; la sueur était communément froide ; les extrémités ne pouvaient se réchauffer, elles restaient pâles et froides. On n'avait point soif. Les urines étaient noires, en petite quantité, transparentes. Le ventre n'allait point. Ceux-là n'avaient pas d'hémorriiagie du nez, ou bien elle était de quelques gouttes. Nul ne fut dans le cas d avoir des rechutes ; ils mouraient le sixième jour des sueurs. Tous ces symptômes se montraient en ceux qui tombaient dans la frénésie; de ceux-ci, la plupart avaient la crise le onzième

jour, certains le vingtième. Ceux qui n'avaient point de frénésie dès le commencement, le troisième ou le quatrième jour, et qui étaient assez bien peadant le premier temps, tombaient dans la violence de la maladie le septième (1).

(1) In hac temporis conditione ad hiemem partium resolutiones cœperunt, multosque invaserunt, ex quibus nonnulli celeriter interierunt, mire quippe vulgariter grassabatur hic morbus, cetera vero sntegre degebaut. Febres autem ardenles ante ver cœperunt, et ad œquinoclium usque, et ad œstatem perseveraverunt. Quos itaque statim, sub ipsa veris et sestatis primordia, morbus iuvasit, plerique omnes superstites evaserunt, paucique interierunt. Cum vero autumnus esset pluviœque impeterent, lethales erant, pluresque peribant.

Inerant vero in febribus ardeniibus affectiones hujusmodi, ut qui bene et largiter sanguinem e naribus profudisseut, ii vel ex eo maxime servati viderentur, neque ullum, cui modo sanguis bene profluxisset, hoc in statu mortuum videre licuit. Philiscus siquidem, et Epaminon, ac Silenus, quod his quarto die, et quinto de naribus parum stillaverit, mortem C'bierunt. Plerique igitur omnes aegri, appetente judicatione, rigore corripiebantur, iique potissimum, qui sanguinem e naribus non profudisseut, atque hi iusuper, novo suborto rigore, exsudarunt. Quosdam etiam sexto die morbus regius preheudit, verum istos per vesicam expurgatio, aut commota alvus, aut larga sanguinis e naribus profusio sublevavit, quale quid Heraclidi, qui apud Arislocyden decumbebat, coutigit, quippe qui largum e naribus sanguinem profudit, et alvum conturbatam habuit, et per vesicam perpurgatus est. Vigesimo autem die judicatione est liberatus, non quomodo Phanagorae famulus, qui, cum ipsi nihil horum quidquam evenisset, perint. Plurimis sanguis e naribus erumpebat, prsecipue tamen adolescentibus, et œtate floreutibus atque eorum bona pars periit, qui sanguinem e naribus non profuderunt. .^tate autem provectioribus res sese in morbum arquatum vertebat, aut iis alvi commotœ, aut iutesiiuorum difficultates aderant, quale quid Bioni, qui ad Silenum decumbebat, contigit.

^Estate etiam intestinorum diflScultates populariter vagatîe sunt, et quidam eorum, qui morbis conflictabantur, quibus etiam sanguis e naribus eruperat, hune exitum habuerunt, ut in difficultatem intestinorum inciderent, quale quid Eratonis puero, et Mjlio accidit, qui post multam sanguinis e naribus profusionem, in difficultatem intestinorum delapsi sunt, et periculo exemti.

Copiosus igitur praecipueque hic humor fluitabat. Siquidem nonnuUis, impendenle judicatione, sanguis e naribus non profluxit, sed ad aures enati tumores disparuerunt. Quibus evanesceulibus, ad sinistri lateris iuauitatem, summamque coxendicem, gravitas decubuit, doloribusque post judicationem, obortis, atque urinis tenuibus prodeumibus paucum e naribus sanguinem profundere cœperunt. Ac circiter quartum et vigesimum diem Antiphonti, Critobuli filio, humores in sanguinis e naribus profluvium secesserunt, quod ubi desiit, intègre circa quadragesimum diem judicio est absoluius. Malieres prœierea muliœ œgrotarunt, minus tamen, quam viri, nec ita multse obierunt. Plurimce autem difficulter partum edideruut, atque a partu insuper laborarunt, ipsseque potissimum obierunt, non secus ac Telebuli filia, quîe sexto a partu die interiit. In febribus itaque plurimis menses apparuerunt, nonnuUis etiam sanguis ex naribus profluxit, multisque virginibus id tum primum contigit. Est, ubi etiam sanguis e naribus, quibusdam vero menstruse purgationes erumperent, quale quid in D<etharsis filice virgine tum primum apparuit, cum larga sanguinis e naribus profusione. Atque haud scio, quiLius horum quidquam rite evenerit, an ex iis quœquam perierit. lu quas vero praegnantes morbus forte incidit, hac omnes, quod sciam, abortionibus periclitatse sunt; plurimis vero urinse bene quidem coloratae, tenues autem, et pauca habentes subsidentia, cum dejectionibus tenuibus, et biliosis ; plerisque vero alioqui judicatis morbus in intestinorum tormina desiit, quale quid Xenophani et Critise accedit. Urinse etiam quibusdam dilutae multse, liiiuidEe, tenues post judicaiionem fuerunt, in quibus, cum reiiqua etiam probe judicata forent, multa subsedere. Atque hoc quidem recensere, sequum videtur, in quibus fuere Bion, qui ajmd Silenum decumbebat, Cratia, quœ cum Xenophane versa batur, Aretonis puer et Mnesistrati uxor, qui omnes postea in difficultatem intestinorum delapsi sunt. Au vero idcirco id contigerit, quod uriuœ dilutœ prodierint, animadversione dignum est.

Multi circa Arcturum undecimo die judicatione absoluti sunt, neque his, quse ob justam causam fieri soient, morborum reversiones recurrerunt. Sub hoc tempus autem sopore opprimebantur, atque

TRAITE DES EPIDEMIES. 229

Nous allons faire suivre les coDsidéi'ations qui précèdent de quatorze histoires de maladies comme corollaires du livre des Épidémies. Mais, avant tout, nous réitérons la déclaration que nous avons déjà faite : c'est-àdire que nous n'entendons nullement rendre Hippocrate responsable des cas de mort. Comme il le dit, le premier devoir du médecin est de ne pas nuire : primo non nocere; or, il n'avait à sa disposition qu'une matière médicale ou insuffisante ou dangereuse. D'une autre part, il avait une confiance entière dans la nature et croyait devoir en suivre les lois : medicus naturœ minister; voilà pourquoi il fut un médecin diététiste. Il a fait ce que l'état de la médecine alors lui a permis de faire.

Nous reproduisons ci-bas une note du professeur Gardiel pour en faire ressortir le mal-fondé (1).

inter hos plures pueri, qui omnium vel maxime morte eiemti sunt. Ad œquinoctium vero, et ad vergilias usque, et sub hiemem, febres ardentes accidebant. Quin etiara tune plurimi perpétue cum febribus delirio corripiebantur, atque ex his plerique omnes moriebantur, sestate autem pauci taies evadebant. Invadentes itaque febres ardentes, quibus prœsens immineret pernieies, satis indicabant. Nempe statim ab initio febris acuta, cum modico insuper lùgore, preliendebat, vigiles erant, impotentes animi, silibundi, œstuatione, et corporis iucoutinenti jactatione conflictabantur, cura pan-o, tenuique sudore, circa fronlem et claviculas oborto, nullo tamen per totiim corpus diffuse, multum deliri erant, timoré et omni moerore confecti, ac velut auimum despondentes, extrema paulatim frigus concipiebant, pedes summi, masimeque manuum summitates, diebus paribus accessiones contingebant. Plerisque vero omnibus maximi labores die quarto aderant, sudoresque longissime subfrigidi, nec extrema amplius recalescebant, sed livida et frigida permanebant, nec araplius segri sitiebant. Urinse his erani nigrse, tenues, et paucse, a'vique restiterant, ac ne his quidem, quibus hsec acciderent, sanguis e naribus profluxit, sed paucus stillavit, neque horum cuiquam res ad recidivam devenit, verum sexto die cum sudore ii perierunt. Phreuiticis autem contigerunt quidem descripta non omnia, sed his fere undecimo die, quibusdam etiam vigesimo, judicatione solvebantur. Quos statim ab initio circa tertium aut quartum diem phrenitis non prehenderat, sed qui primo tempore moderate se habebant, ils circa septimum diem morbus ad vehementiam devenit.

(1) Quoiqu'il ne soit presque point question des remèdes ordonnés, ni du régime prescrit dans le traitement de ce malade et de ceux qui suivent, on doit croire, avec Freind et tous les médecins raisonnables, qu'Hippocrate a omis d'en faire mention, ne s'attachant ici qu'à l'exposition des symptômes. Il a regardé le traitement curalif, comme une suite qui se déduisait naturellement de ses autres traités. Lors donc qu'il fait mention dans celui-ci de quelque remède, il en parle vraisemblablement alors comme d'une chose notable. — Cette remarque m'a paru nécessaire et suffisante pour répondre à des reproches déplacés, qu'on aurait pu se croire en droit de faire à Hippocrate et aux médecins ses admirateurs, à raison du trop petit nombre de remèdes mentionnés dans les épidémies. Est-il permis de supposer qu'il u'a point prescrit de saignée durant les premiers jours, dans une foule de cas inflammatoires, lui qui regardait ce remède comme si nécessaire, et qui en parle si souvent ailleurs? Pourquoi Hippocrate et les médecins de l'école de Cos auraient-ils développé dans les autres traités tant de connaissances en matière médicale, s'il n'en eût du être fait presque aucun usage? Enfin, on ne peut disconvenir que le régime, qui semble à la vérité faire la principale base du traitement des maladies, dans bien des traités de pratique, que nous avons sous le nom d'Hippocrate, ne soit omis, aussi bien que la prescription des remèdes dans le premier et le troisième livre des Épidémies ? Voudrait-on en conclure qu'Hippocrate n'ordonnait rien dans ces épidémieB, même concernant le régime?

A notre tour, nous ferons quelques remarques, afin de n'être point placé parmi les médecins déraisonnables.

Si dans ses observations de maladies Hippocrate ne mentionne pas le régime, c'est afin de ne pas allonger inutilement la relation, et on peut être certain que toutes les conditions de la diététique ont été remplies. Quant aux remèdes, nous avons dit pourquoi Hippocrate en était sobre : afin de ne pas nuire. Il cite l'ellébore, afin de faire voir qu'il en avait peur : Convidsio ex veratro lelhalis. [Aph. , sect. V.) Si, comme le dit le professeur de Montpellier, Hippocrate avait eu une matière médicale curaiive, il n'eût pas manqué d'en faire connaître l'emploi. Mais il fut nécessairement restreint aux simples.

Sans être contraire à la saignée, il la réservait aux congestions franches ; et il se fût bien gardé de les employer dans les fièvi-es où il existe toujours de la dépression vitale.

Ceci dit, nous en venons aux observations. Nous allons les donner à la suite les unes des autres, et ajouterons quelques commentaires à la fin.

Chez le premier malade (Philisque), nous voyons une de ces fièvres rémittentes sans aucune de ces localisations qui pourraient faire admettre que tel ou tel organe a été spécialement atteint. La fièvre a forcé le malade de s'aliter dès le premier jour. Il y eut le second jour des sueurs laborieuses, et, le lendemain, un lavement fit du bien.

C'est dans des cas analogues que les médecins dosimétristes commencent par le Sedlitz Chanteaud, afin de déblayer les premières voies et de préparer l'action des alcaloïdes défervescents. Ils évitent ainsi l'adynamie et l'ataxie que nous avons vues se prononcer de plus en plus chez le malade d'Hippocrate, et qui indiquent des congestions veineuses, notamment dans la rate qui sétait élevée et faisait comme une bosse. Ainsi s'expliquent également les urines noires, le froid des extrémités, le délire, l'absence de sommeil, le cerveau n'ayant plus reçu qu'un sang carbonisé. La lutte se termina par la mort le seizième jour.

Chez le second malade (Silène), la fièvre fut la suite d'un excès de jeûne et de boissons. La mort survint le onzième jour. Il serait malheureux que toute débauche dût avoir des conséquences aussi malheureuses. Ici encore la fièvre fut abandonnée à sa marche naturelle ; mais la nature fut impuissante à la juger. Aujourd'hui on ferait un lavage à fond du canal intestinal avec le Sedlitz Chanteaud et on aurait recours aux alcaloïdes défervescents.

Chez le troisième malade (Hérophon), la ûèvre a été jugée sans mort, mais non cependant sans danger. Il s'est agi d'une fièvre bilieuse, avec

TRAITE DES EPIDEMIES. 231

engorgement de la rate. Le lavage intestinal, les alcaloïdes défervescents : aonitine, vératrine, puis les antipériodiques, arséniate, hydro-ferro-cyanate de quinine ont aujourd'hui facilement raison de ces sortes de fièvres.

Chez le quatrième malade (la femme Philine), il est question d'une fièvre survenue quatorze jours après ses couches. La mort arriva le vingt et unième jour. Il y eut beaucoup de symptômes généraux, sans qu'on puisse dire qu'un organe ou un autre ait été plus particulièrement atteint. Dans ces fièvres, tous les organes expriment leur souffrance par leurs symptômes, parce que tous reçoivent du sang non dépuré. Il faut abattre la fièvre et relever les forces, afin que la crise salutaire sur laquelle on compte puisse s'opérer. C'est ce qu'on obtient par les alcaloïdes ; et non en laissant les forces du malade s'épuiser.

Chez le cinquième malade (la femme d'Epicrate), la fièvre puerpérale précéda ses couches. Le second jour après ces dernières, il y eut un violent accès de fièvre avec maux d'estomac et douleui's aux parties. La malade réchappa, mais après une lutte de quatre-vingts jours. Sa forte constitution lui permit de prendre le dessus.

Chez le sixième malade (Cléonatide), la fièvre dura soixante-dix jours, avec des alternatives de rémissions et des recrudescences. — 11 y eut d'abondantes hémorrhagies nasales. Le malade ne fut jamais ni dégoûté, ni altéré, ni sans sommeil. — Il rendit des urines un peu rouges. Il s'est donc agi d'une de ces fièvres que la dosimétrie arrêterait aujourd'hui en quelques jours, preuve que ces longues crises sont inutiles et toujours dangereuses, puisqu'il s'agit d'une sorte de remous de toutes les humeurs. Mais, nous le répétons, les moyens de jugulation faisaient défaut à Hippocrate.

Le septième malade (Methon) eut une fièvre gastrique avec insomnie et délire. La maladie fut jugée par des épistaxis et des urines hypostatiques. On demandera pourquoi ne pas laisser faire la nature. Pai'ce qu'elle est impuissante huit fois sur dix, ainsi que les faits le prouvent.

Le huitième malade (Erasène) tomba malade avec fièvre après souper. Il faut donc admettre qu'il s'est agi d'abord d'une indigestion. Mais la fièvre s'aggrava et un véritable choléra en fut la suite, avec extrémités froides et plombées, urines supprimées. Le malade mourut le cinquième jour, au milieu des convulsions.

Chez le neuvième malade (Cliton) de goutte, il s'est agi d'une goutte avec frisson, envie de vomir, délire. Le second jour la fièvre prit une forme ataxique, et-le malade mourut. Aujourd'hui on donnerait la strychnine, l'aconitine, l'hydro-ferro-cyanate de quinine.

Chez le dixième malade (Clazoménien), il s'est agi d'une fièvre rhuma-

tismale, qui n'a été jugée que le quarantième jour, après une foule de péripéties, tels que délire, gonflement des parotides (sans suppuration), douleurs intraorbitaires et ischiatiques , diarrhées abondantes, soit séreuses, soit dyssentériques, etc. Nouvelle preuve qu'il est dangereux d'abandonner ces fièvres à elles-mêmes.

Chez le onzième malade (femme Dromiade), la fièvre se déclara deux jours après ses couches, avec symptômes cérébraux. La mort eut lieu le sixième jour avec convulsions. — Quelques granules d'hydro-ferro-cyanate de quinine et d'arséniate de caféine auraient aujourd'hui raison de cette fièvre.

Chez le douzième malade, la fièvre survint après souper. — Il s'est agi encore d'une indigestion, puisque dans la nuit il y eut des vomissements. Il survint des symptômes de méningite et d'entérite, et le onzième jour le malade mourut. — Un simple lavage au Sedlitz Chanteaud et quelques granules défervescents suffiraient aujourd'hui dans ces cas.

Chez le treizième malade, la fièvre prit au troisième mois de la grossesse, avec délire, convulsions et paralysie de la main droite. Il s'est donc agi d'un transport à la tête. La fièvre prit une forme rémittente, puis intermittente et disparut le quatorzième jour après vomissement de matières bilieuses. — Ici encore un simple lavage au Sedlitz Chanteaud et quelques granules défervescents sufiir aient.

Enfin chez le quatorzième malade (Mélidie), il s'est agi d'une fièvre de peu d'importance, qui fut jugée le onzième jour.

Tirons maintenant de ces faits la conclusion que la fièvi'e ne doit jamais être abandonnée aux soins de la nature. — C'est pour l'avoir fait qu'on a créé tant d'entités morbides qui ne sont — en réalité — que des localisations de la maladie, comme dans un incendie nous voyons le feu prendre tantôt sur un point, tantôt sur un autre. Éteignez le feu dans son foyer et l'incendie s'arrêtera. C'est ainsi que fait le médecin dosimètre avec le Sel Chameaud et les alcaloïdes défervescents.

Quand la jugulation des maladies aiguës sera passée en fait accompli, toutes ces prétendues maladies ex cathedra disparaîtront.

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