XV. Quand on a faim, il ne faut pas beaucoup travailler
Cet aphorisme a une signification sociale, puisqu'il faut travailler pour vivre. L'ouvrier qui a faim travaille moins et la réduction de son salaire ne compense point la perte qui en résulte pour le maître. Quand arriverons-nous à cette idée qu'un bon ouvrier vaut un animal de prix?
XVI. Quand on a mangé au delà du besoin, cela rend malade. La manière dont on guérit en est la preuve (3).
Dans l'état de santé cela tire peu à conséquence, quoique ces gloutonneries laissent après elles une grande faiblesse. Mais chez les malades, il peut en résulter des rechutes et même la moi't. A l'époque où nous étions interne à l'hôpital civil de Gand, le fait suivant s'est présenté : Un malade en était à sa troisième rechute de fièvre tj^îhoïde, quand il mourut. En défaisant son lit, on trouva, sous le matelas, tout un approvisionnement de mets indigestes, que ses parents, en lui rendant visite, lui
(1) Cum fauces segrotant, aut tubercula iu corporo exoriunlur, excretiones in considerationem adhibendse. Si namque biliosse sint, corpus siinul segrotat ; at si sanorum similes exstiteriiit, secure corpus nutrias.
(2) Cum inedia premit, laborare minime couvenit.
(3) Ubi copiosior prîeter naturam cibus ingestus fuerit, id morbum créât, quod etiam curatio iadicat.
avaient apportés clandestinement. Le mallieureux assouvissait sa gloutonnerie la nuit.
Voici un autre fait : Nous avions pratiqué l'extirpation de la moitié gauche de la mandibule inférieure pour un ostéosarcome. La plaie était en réparation, quand notre opéré, trompant la surveillance dont il était entouré, s'empiffra de mets indigestes. Il mourut le lendemain.
Mais si la gloutonnerie est dangereuse, il ne faut pas la provoquer. Voilà pourquoi il est bon de laisser manger les convalescents avec mesure, au lieu de les soumettre à un régime trop restreint.
XVIL Les aliments qui nourrissent abondamment et vite passent facilement (1).
Cet aphorisme soulève une question d'économie domestique : celle de se nourrir sous un petit volume. L'homme, par la capacité de son estomac, tient le milieu entre l'herbivore et le Carnivore. Son intelligence en fait un omnivore, c'est-à-dire que par les préparations culinaires il peut étendre et varier son régime. Il est donc omnivore. Le régime doit évidemnient varier selon les climats, mais ne saurait être exclusif. Il faut un régime mixte, nourrissant sous un petit volume. Hufeland s'est élevé contre les raffinements de la table, parce que, dit-il, avec les ragoûts, les consommés, on n'est plus en état de calculer ce qu'on mange. Cela est vrai, mais il en est des aliments comme des médicaments : plus ils sont quintescenciés et mieux cela vaut. — Pour que les aliments soient digérés, il faut qu'ils subissent préalablement la chymification, c'est-à-dire une opération analogue à celle que leur font subir les cuisiniers en les broyant et les convertissant en une masse homogène. Il est évident que cette préparation culinaire facilite beaucoup le travail de l'estomac. Mais il a en outre ses sucs propres, notamment la pepsine, qui a la propriété de convertir les matières albuminoïdes en peptone, qui sera ensuite convertie en chyle. Voilà pour le gros de l'opération, à laquelle préside la vitalité de l'estomac, comme cuisinier en chef.
Les aliments animaux se dissolvent plus rapidement que les aliments végétaux et laissent moins de matières résiduelles. Pour se nourrir exclusivement de légumes, il faudrait une capacité stomacale et une puissance digestive que possèdent seuls les herbivores. Nous avons donc besoin d'un régime mixte. C'est en cela que se trompent les Végétariens, secte renouvelée de Pythagore.
Ainsi Hippocrate a raison de dire que les aliments qui nourrissent abondamment et vite, passent facilement.
(1) Eorum, qu» universim et celeriter aluut, celeres quoque eicretiones esse soient.
Nous ne demandons pas pour l'ouvrier la « poule au pot ^ d'Henri IV, mais au moins qu'il puisse manger une ou deux fois de la viande par semaine.