‹ Etudes sur Hippocrate au point de vue de la méthode dosimétriqueChapitre 94 sur 130 · XVIII. On apaise la faim par la boisson du vin · texte numérisé non relu

XVIII. On apaise la faim par la boisson du vin

Ce qui équivaut à dire que le vin est un aliment. On a déjà xn, dans le traité du Régime dans les maladies aiguës, la distinction que fait Hippocrate sous le rapport de la nature des vins, de leur âge, de leur mode de préparation. Quand par une cause ou une autre le malade ne peut prendre des aliments solides, on peut le sustenser au moyen du vin, surtout en y laissant tremper du pain. Le vin contient, en effet, les matières azotées, hydro-carbonées et les sels nécessaires à une nutrition, sinon absolue, du moins relative. Comme le dit Hippoci'ate, le vin apaise la faim « plus que la soif " .

XIX. Les maux qui viennent de réplétion se guérissent en vidant. Ceux qui viennent d'évacuations, en remplissant. Il faut ainsi, dans les autres maux-, leur opposer les contraires (2).

Cet aphorisme est important, parce que c'est celui qui a donné lieu à l'Allopathie, laquelle, par ses excès, a engendré l'Homœopathie. Le principe contraria contrariis s'y trouve nettement formulé. Sur quelle donnée Hippocrate se fondait-il, quant à la spécificité des maladies? il serait difficile de le dire. Guérir les maux de réplétion en vidant, et ceux d'évacuation en remplissant, ce n'est pas faire l'opposé, mais mettre les choses sur leur ancien pied. Les allopathes saignent et purgent en dépit du bon sens, ils font donc le contraire de ce que la nature veut.

XX. Vider abondamment et tout de suite ou remplir, réchauffer ou refroidir ; enfin exciter sur-le-champ de grands mouvements quelconques dans le corps, sont choses contraires à notre nature. Toute forte impression est nuisible ; mais on peut faire des changements sans crainte, si on procède insensiblement, et par des degrés successifs (3).

Ici encore Hippocrate prend à partie les allopathes qui, ainsi que le disait spirituellement Barthez, vont comme l'aveugle frappant autour de

(1) Famem vini potio solvit.

(2) Morbos ex repletione, ut curât evacuatio, sic eos, qui ex evacuatione fium, repletio, et in cœteris contrarietas remedio est.

(3) Confertim et repente vacuare, vel implere. vel calefacere, vel refrigerare. vel utcunque aliter corpus movere, periculosum. Quod siquidem nimium, naturœ inimicum. \'erum quod paulatim fit, securum est, tum vel maxime, si quis ab uno ad alterum transierit.

lui avec sou bâton au risque d'atteindre les passants. Les uns saignent à outrance, les autres purgent jusqu'à exténuation; et quand on leur demande pourquoi? ils répondent : pour avoir raison de la maladie. Mais en connaissent-ils seulement la nature? Cela leur est bien égal ! Ils font comme l'ours de la fable.

XXI. Quand on procède d'après la raison, quoiqu'on n'obtienne point ce qu'on attend, l'on ne doit pas passer à autre chose, tandis que ce qui a déterminé à commencer persiste (1).

C'est-à-dire que la thérapeutique doit être raisonnée et non empirique : aujourd'hui un spécifique, demain un autre « pendant qu'il guérit encore ". — En dosimétrie, on fait le traitement de la cause (dominante) et celui des etfets (variante), c'est-à-dire que dans cette dernière partie du traitement on varie comme les symptômes mêmes. Ainsi nous supposons une constipation opiniâtre : donnera-t-on toujours les purgatifs? Ce serait une erreur. Et d'ailleurs tout ce qui lève l'embarras intestinal est purgatif : un émollient aussi bien qu'un drastique, un narcotique aussi bien qu'un convulsivant : preuve l'opium. Il suffit de bien saisir la cause. En voici un exemple : nous avions pratiqué la kélotomie dans un cas de hernie saturnine, et, en vue du spasme, nous avions ordonné, consécutivement à l'opération, l'hyosciamine : 1 granule toutes les demi-heures, avec une cuillerée d'huile de ricin. Le lendemain matin, la débâcle n'ayant pas eu lieu, malgré que l'hyosciamine eût été continuée toute la nuit, nous fîmes ajouter la strychnine. Au bout de trois quarts d'heure une garde-robe abondante avait lieu. On voit que nous n'avions rempli d'abord qu'une des indications. En effet, dans la constipation saturnine, il y a, à la fois, spasme et paralysie. C'est ainsi que dans les affections saturnines un peu avancées, il y a contracture des doigts par suite de la paralysie des extenseurs. Pour le canal intestinal, c'est la même chose. On voit par là que les médicaments dosimétriques servent aux médecins de moyen de diagnostic. Nous pourrions citer bien des faits de ce genre.

XXII. Pour l'ordinaire, les malades qui dans la convalescence ont grand appétit les premiers jours, et qui ne vont pas mieux, finissent enfin par tomber dans le dégoût. Ceux au contraire qui sont dégoûtés dans le commencement, même beaucoup, et qui acquièrent ensuite de l'appétit, recouvrent mieux la santé (2).

(1) Cum quis omnia recta ratione faeit, neqiie tamen pro ratione succeclit, non est ad aliud progrediendum, si manet, quod ab initio visuni est.

(2) Ut plurimum omnes maie habentes, circa initia (luidem cibum bene sumentes, neque quidquam proficientes, ii tandem rursus cibum aversantur. At qui cii'ca initia quidem vehementer cibos fastidiunt, postea vero eos probe assumunt, in melius degunt.

C'est-à-dire que l'appétit des convalescents doit être soutenu par les toniques, notamment la quassine. Il faut se défier surtout des faims nerveuses. Celles-ci se calmeront par la strychnine et l'hyosciamine.

XXIII. Prendre des purgatifs en état de santé, cela affaiblit bientôt le corps, comme aussi d'user d'un nouveau régime (1).

Avis à ceux qui sont constamment à prendre des pilules de santé (de maladie, devrait-on dire). Le Sedlitz Chanteaud, au contraire, est un rafraîchissant.

XXIV. Quand le corps est vigoureux, il cède difficilement à l'effet des remèdes (2).

C'est cet aphorisme qui est cause qu'on donne des « médecines de cheval » . Mais le cheval lui-même a besoin d'être traité humainement. (Avis aux vétérinaires.)

XXV. Les aliments et la boisson agréables au goût, fussent-ils un peu moins sains, doivent être préférés à de plus sains qui sont désagréables (3).

On peut concilier les deux, c'est-à-dire donner les aliments sains et agréables à la fois. Il en est de même des médicaments.

XXVI. La vieillesse est généralement moins exposée aux maladies que la jeunesse : mais les maladies chroniques, lorsqu'elles attaquent les vieillards, les emportent (4).

C'est-à-dire que chez le vieillard la sensibilité est émoussée. Mais cette résistance est toute passive. Il faut donc, à mesure que l'âge avance, se tonifier : pi-endre de la strychnine. C'est une condition de longévité.

XXVII. Les humeurs qui font les enrouements et les enchifrènements ne viennent pas à maturité chez les vieillards (5) .

Cet aphorisme est le corollaire du précédent.

(1) Qui inculpata suut corporis sanitate, dura per medicamenta purgantia repurgantur, cito eisolvuntur, et qui pravo utuntur cibo.

(2) Qui bene habito sunt corpore, ad medicationes moleste habent.

(3) Cibus et potus paulo pejor, suavior tamen , melioribus quidem, sed minus gratis anteponeudus.

(4) Ut plurimum quidem senes juvenibus segrotant miuus. At qui ipsis morbi diuturni contingunt eos fere ad mortem comitari soient.

(5) Raucedines, et gravedines, in valde senibus non coquuntur.

XXVIII. Avoir de fréquentes et de fortes défaillances sans cause manifeste, c'est signe de mort prochaine (I).

Ces défaillances exigent l'emploi de la strychnine (ars., suif.), afin de relever les forces du cœur.

XXIX. Guérir une forte apoplexie, chose impossible. Si elle est légère, la guérison en est difficile (2).

L'hémorrhagie cérébrale est mortelle ; mais on la confond souvent avec la congestion ou avec une fièvre larvée. C'est pourquoi le médecin doit y faire une grande attention. Dans l'hémorrhagie cérébrale, le pouls est petit, la face pâle. Dans la congestion, le pouls est développé, souvent dur, le visage vultueux. Dans la fièvre larvée, il y a d'abord pâleur, puis rougeur, l'accès se termine par la transpiration. Le traitement doit donc varier d'après ces circonstances.

Quant à la paralysie consécutive et sa curabilité, on comprend que cela dépendra de l'étendue de la lésion, et si ce sont les parties centrales ou périphériques du cerveau qui ont été atteintes. C'est le cas de répéter avec Hippocrate : Judicium difficile.

XXX. Ceux que le mal étrangle, et qu'il détruit sans cependant ôter la vie, ne réchappent point quand ils en sont au point de rendre l'écume par la bouclie (3).

Cet aphorisme ne saurait s'appliquer à l'épilepsie, puisque l'accès terminé, tout rentre à peu près dans l'état normal; mais plutôt aux convulsions hystériformes , principalement à l'hydrophobie. Il faut recourir dans ces cas à la strychnine et à l'hyosciamine et, la détente une fois obtenue, au sulfure de calcium. Le camphre monobromé est indiqué dans les hyperesthésies.

XXXI. Les gens d'une constitution extrêmement grasse meurent plus de mort subite que les maigres (4).

Cela dépend de ce que chez ces personnes il y a généralement dégénérescence graisseuse du cœur. Il faut recourir dans ce cas aux arséniates : de strychnine et de soude.

(1) Qui crebro, et vehementer, citra manifestam causam, animo linquunlur, repente moriuntur.

(2) Valida quidem apoplexia millo modo sanatnr, levis vero non facile.

(3) Ex straiigulati.', et dissoliitis, necdum mortuis, ii minime ad vitam redeunt, cjuibus spuma circa os collecta fuerit.

(4) Natura admodum crassi celerius intereunl, quam graciles.

XXXII. L'épilepsie dans les jeunes gens finit avec les changements qu'amènent l'âge, les voyages, un nouveau genre de vie (1).

Et non par les bromures et les iodures donnés à tort et à travers. Il faut, au contraire, fortifier la constitution par les arséniates et la strychnine, et, comme le dit Hippocrate, le changement de vie, les voyages. Ici, encore, tout dépendra de la cause. Aussi les épilepsies organiques, dues à une sclérose, sont incurables.

XXXIII. De deux maux établis en même temps dans des lieux différents, le plus fort empêche qu'on ne sente l'autre autant que s'il était seul (2).

Ceci n'empêche point les malades de souffrir, mais d'une autre manière. Cependant la douleur artificielle peut éteindre la douleur naturelle. Ainsi un caustique, ou un moxa, fait cesser les douleurs ostéocopes. De là l'utilité des pointes de feu.

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