LIVRE III
I. Les changements des saisons sont surtout ce qui cause les maladies, et dans les diverses saisons, les variations du froid, du chaud ; comme aussi, tout le reste que les saisons amènent (3).
L'influence des saisons est surtout très-marquée quand elle se fait sentir d'une manièrebrusque. Ainsi, comme Hippocrate enadéjàfaitla remarque, un printemps chaud succédant à un hiver brumeux, amène les fièvres dites printanières. Il vaut mieux que le froid se dissipe graduellement. Les malades qu'on envoie dans les pays chauds ont ensuite beaucoup de mal à se réacclimater et tournent ainsi dans un cercle vicieux.
II. Certains tempéraments sont incommodés, d'autres se trouvent bien, de l'hiver ou de l'été (4).
Hippocrate fait ici une concession aux idées de son temps (et on pourrait dire du nôtre). Il est toujours dangereux de faire changer brusque-
(1) Ex comitialibus juvenes mutatione potissimum «tatis, et regiouum, et victuum, liberationem accipiunt.
(2) Cum duo dolores simul minime eumdem locum occupant, vehementior alterum obscurat.
(3) Tempestatum anni mutationes potissimum morbos pariunt, et in ipsis anni tempestatibus magnae mutationes frigoris, vel caloris, aliaque pro ratione ad hune modum.
(4) Naturae hae quidem ad aestatem, alise vero ad hyemem, bene vel maie habere consuevere.
ment un malade de milieu. Soit à l'aller, soit au retour, on risque d'empirer sa situation. Un climat trop constant est tout aussi désavantageux qu'un climat variable. Et quant aux variations trop brusques, on peut s'en garantir.
III. Certaines maladies sont plus ou moins graves suivant les saisons. Il j a des âges aussi qui s'accommodent mieux de telles saisons, de tel pays, de tel régime (1).
On peut dire que les saisons se tempèrent réciproquement. Voilà pourquoi les pays où les saisons sont persistantes sont ceux où il y a le plus de maladies, par exemple les régions tropicales. Mais de même que les habitants des pays chauds ne peuvent se faire aux pays froids, de même ceux des pays froids souffrent des pays chauds. A moins de nécessité absolue, il vaut donc mieux rester là où on est acclimaté.
IV. Quand, dans une saison, il y a des jours partie froids, partie chauds, on doit s'attendre à des maladies du caractère de celles de l'automne (2) .
L'influence des saisons peut être mitigée par un bon régime. Ainsi par le Sedlitz Chanteaud comme rafraîchissant , et les alcaloïdes comme défervescents. Nous avons parcouru presque tous les pays de l'Europe : du midi au nord, et de l'est à l'ouest, et nous sommes toujours garanti des maladies saisonnières ou endémiques par ces deux moyens.
V. Les vents du midi rendent l'ouïe dure et la vue trouble; ils donnent des pesanteurs de tète, ils engourdissent le corps et ils l'affaiblissent ; cela s'observe dans les malades, quand ces vents sont forts. Si le vent du nord souffle, ce sont des toux, des maux de gorge, des constipations, des dysuries, des frissons, des points de côté, des maux de poitrine. Si le vent est fort, on doit pareillement s'attendre à ces eifets sur les malades (3).
Toutes ces remarques météorologiques sont justes, mais impliquent aussi la nécessité de se garantir contre ces influences par les médicaments dosimétriques. Ainsi, pour citer quelques maladies, l'angine simple se coupe facilement avec quelques granules d'aconitine. Les névralgies
(1) Morbi alii ad alias anni tempestates bene vel maie habere consuevere, et œtates qusedam ad anni tempestates, et loca, et victus rationes.
(2) Per auni tempestates, quando eodem die modo calor, modo frigus fit, autumnales morbos exspectare 'conveuit.
(3) Austri auditionis hebetudinem, et visionis caliginem inducunt, et capitis gravitatem, corpus torpidum, et lauguidum redduiit, cura sic invaluerint, is(a in morbis patiuutur; sin aquilonia tempestas fuei'it, tusses movel, fauces exaspérai, alvos ind\irat, urinam supprimil, liorrores excitât, laterum et pectoris dolores. Cum sic invaluerit, ejusmodi in morbis exspectanda sunt.
cèdent à l'hydro-ferro-cyanate de quinine; les toux, à la codéine, Fiodoforme; les constipations nerveuses, à la strychnine et à l'hyosciamine, etc.
VI. Lorsque Tété ressemble au printemps, on doit s'attendre à beaucoup de sueurs dans les fièvres (1).
C'est-à-dire un été froid, où la transpiration du corps n'a pu se faire. Les reliquats de la nutrition s'amassent alors, et si la fièvre survient, elle ne peut se juger que par d'abondantes sueurs. On y suppléera par la transpiration intestinale au moyen du Sedlitz Chanteaud.
VII. Dans les grandes sécheresses, régnent les maladies aiguës. Si la plus grande partie de l'année a été de telle ou telle constitution, soyez assuré qu'ordinairement les maladies de cette constitution régneront (2).
La grande sécheresse prédispose aux maladies aiguës, parce qu'elle est énervante, débilitante. De là la nécessité des toniques et non des affaiblissants. L'Arabe résiste à la sécheresse de son climat par son couscoussou ou un mélange de riz, de mouton et le lait des chamelles. Il a également les sources pures de l'eau de ses oasis. Les explorateurs des régions tropicales doivent faire de même ; mais là où il y a souvent de grands cours d'eau, des lacs, des marais, il doit se garantir de la fièvre au moyen des alcaloïdes défervescents.
VIII. Quand les saisons se succèdent dans leur ordre, conservant chacune leur constitution naturelle, les maladies sont d'un meilleur caractère, et leur crise est plus facile; mais si les saisons sont dérangées, les maladies n'ont point de caractère marqué, et leur jugement en devient difficile (3).
L'irrégularité des saisons se fait surtout sentir dans les pays dénudés et exposés à tous les vents : le déboisement y a donc contribué pour beaucoup. Aussi on ne peut plus se fier au temps. C'est ainsi qu'on voit les maladies épidémiques se déclarer dans les saisons où l'on devrait s'y attendre le moins. Nos pères semblent avoir eu moins à souffrir de ces vicissitudes, car leui's vêtements, comme leur régime, étaient réglés comme une montre.
(1) Cum festas veri similis fuerit, in febribus copiosos sudores exspectare oportet.
(2) Per squalores febres acutse fiunt, et si quidem annus magna ex parte lalis esstiteril, qualem temporis conditionem effecerit, taies fere quoque raorbos exspectare oportet.
(3) Temporibus, bene et ordine constitutis, et tempestivam tempestivitatem servautibus, raorbi qui facile consistant, et solvantur, fiunt. In maie vero constitutis, qui neque facile consistant, neque facile solvuntur.
IX. En automne régnent ordinairement les maladies les plus cruelles et les plus mortelles. Le printemps est la saison la plus saine, la moins mortelle (1).
Nous venons de dire pourquoi cet aphorisme a cessé d'êti"e entièrement vrai. Quant à l'insalubrité de l'automne et à la salubrité du printemps, les motifs sont plutôt telluriques que météorologiques. A l'automne les moissons sont faites, et le sol, faute d'être drainé par la végétation, émet les miasmes qui produisent les fièvres ataxo-bilieuses. Le contraire a lieu au printemps.