APHORISMES RELATIFS A LA FIÈVRE
I. Dans les flùvres, les frissons qui viennent au sixième jour rendent difficile I0 jugement de la maladie (1).
Le frisson survenant dans le cours d'une fièvre aiguë est toujours un mauvais indice; c'est un signe que le sang s'altère. Que ce soit par des microbes ou des virus spéciaux, il faut donner les alcaloïdes défervescents : strychnine, aconitine, digitaline, quinine, qui ont pour effet de faire tomber la fièvre.
II. Quand, dans les fièvres, on se sent comme moulu, il se fait des abcès aux articulations, mais surtout des parotides (2).
Ceci s'observe notamment dans la fièvre typhoïde et la pyohémie. Il faut favoriser ce travail de la nature, mais surtout soutenir les forces du malade par les analeptiques.
III. Lorsque ayant la fièvre, le cou se tourne subitement, et qu'on a de la peine à boire, sans qu'il y ait de tumeur au gosier, c'est mortel (3).
C'est un signe que la congestion s'est portée sur la moelle cervicale. L'illustre Cuvier prévit ainsi sa fin prochaine. Il faut, dans ces cas, révulser d'une manière énergique, par le séton, le cautère actuel, en même temps qu'on donnera les alcaloïdes défervescents, mais surtout la strychnine et l'hyosciamine, afin de prévenir la suffocation.
IV. Les sueurs dans les fièvres sont bonnes, quand elles commencent le troisième jour, le cinquième, le septième, le neuvième, le onzième, le quatorzième, le dixseptième, le vingt-unième, le vingt-septième, le trente-unième, le trente-quatrième ; ces sueurs jugent les maladies. Quand elles viennent autrement, elles désignent l'embarras, la longueur de la maladie et des rechutes (4).
(1) In febribus, si rigores contingant sexto die, difficilem efe habfent judicationem.
(2) Quibus per febres lassitudinis seiisus inest, iis ad articules, potissimumque circa raaxillas, abscessus oriuntur.
(3) In febre vexato, collum repente perversum, ac vix deglutire posse, nullo exsistente tumore, lethale.
(4) Sudores febricitanlibns boni, qui cœperint tertio die, quinte, septimo, nono, undecimo, decimo quarto, decimo septimo, vicesimo primo, vicesimo septimo, tricesimo primo, et tricesimo quarto ; ii enim sudores morbos judicant. Qui vero taies non sunt, laborem, et morbi longitudinem, ejusdemque reversionem signifîcant.
Nous avons vu que, de l'aveu même d'Hippocrate, on ne peut compter sur les jours critiques. La nature, quand on lui vient en aide par les alcaloïdes, ne refuse jamais ce secours. C'est le principe de lajugulation qui doit donc prévaloir, puisque cette médication, loin d'être perturbatrice, est, au contraire, régulatrice des mouvements morbides.
V. Les sueurs froides dans une fièvre violente sont mortelles; avec une fièvre modérée, elles désignent la longueur du mal (1).
Ces sueurs, en eiFet, glacent le corps à l'intérieur. On en a vu des exemples dans la période de réaction du choléra asiatique. Il faut y opposer les stimulants les plus énergiques.
VI. Là où se montre la sueur, c'est signe que là est le mal (2).
La thermométrie fait voir une élévation de la température aux points où siège l'inflammation : par exemple, dans la pleuropneumonie. On comprend que là, la sueur doit être plus abondante, ou si elle ne l'est pas, il faut y suppléer par des rubéfiants.
VIL Quand il se fait des changements dans tout le corps, qu'il passe du froid au chaud, du chaud au froid, qu'il change de couleur, c'est signe que le mal sera long (3).
Ces changements dans la température exigent l'emploi de la quinine. C'est le cas des fièvres typhoïdes. Le médecin doit veiller sur ces sortes d'hésitations et les ûxer au moyen des alcaloïdes, et non rester spectateur du mal.
VIII. Dans les fièvres continues, avoir l'extérieur froid, l'intérieur brûlant, et soif, c'est mortel (4).
C'est le cas dans le choléra asiatique. On partait de là pour donner les brûlants internes, et on précipitait ainsi la mort. Il faut venir en aide aux vaisseaux au moyen des alcaloïdes, principalement la strychnine. (Voir notre ouvrage : Le choléra indien, son traitement, etc.)
(1) Sudores frigidi, in febre quidem acuta oborti, mortem; in mitiori autem morbi prolixitatem significant.
(2) Et ubi in corpore sudor inest, ibi morbum esse, euuntiat.
(3) Et ubi toto corjiore mutationes contingunt, ut .si corpus refrigeretur, rursumque calefiat, vel color alius ex alio oriatur, morbi lougitudinem significat.
(4) In febribus' non intermittentibus, si partes extern» siiit frigidae, internœ vero urautur, et siti vexentur, lethale est.
IX. Dans les fièvres continues, l'oppression jointe au délire est mortelle (1).
C'est un signe que la paralysie gagne du teri^ain ; aussi faut-il recourir à la strychnine (sulfate ou arséniate). 11 en est de même, quand il y a délire et difficulté de respirer.
X. Dans les fièvres, les urines qui, après avoir été épaisses et avoir coulé en petite quantité, deviennent abondantes et claires, sont bonnes. Cela arrive surtout quand elles déposent dès le commencement de la maladie , ou bientôt après (2).
C'est un signe de calme ; comme l'eau des étangs devenue claire après l'orage.
XI. Quand, dans les fièvres, on rend des urines troubles comme celles des juments, ou l'on a mal de tête, ou il viendra bientôt (3).
Les urines jumenteuses indiquent un excès d'acide urique dans les urines ou d'urée dans le sang. Il faut dans ces cas recourir aux benzoates de soude, de lithine et aux boissons légèrement alcalines. On donnera en même temps la caféine ou ses sels. Le médecin doit être comme le marin qui prévoit l'orage. C'est une piètre excuse que de dire : « Je ne savais pas ! »
XII. Dans les maladies qui doivent être jugées le septième jour, les urines donnent, le quatrième jour, un nuage rouge, et le reste à l'avenant (4).
Nous avons dit ce qu'il faut entendre par crise, c'est-à-dire un changement dans l'état général, comme qui dirait un changement de temps; c'est au médecin à se régler en conséquence.
XIII. Les urines blanches limpides sont mauvaises. On les observe telles, surtout dans les frénésies (5).
C'est, en effet, l'indice d'un état nerveux grave. Il faut dans ces cas
(1) Quando in febre non intermittente difficultas spirandi, et delii-ium contigerit, lethale.
(2) Quibus non sine febre urinae sunt crassEe, grumosse, et paucse, si ab iis copiosse, et tenues prodeant, juvant. Prœcipue vero taies redduntur, quibus ab initio, vel non ita multo post, sedimentum inest.
(3) Quibus per febres urinœ sunt returbida-, quales veterini gcneris, iis capitis dolor vel adest, vel aderit.
(4) Quibus septimo die judic-atio contingit, iis urina rubram dio quarto nubeculam habet, aliaque pro ratione.
(5) Quibus urinse pellucida), albse, malie, praecipue vero in phreniticis apparent.
prescrire la strychnine et l'hyosciamine, 1 granule de chaque, jusqu'à ce que les urines redeviennent légèrement nuageuses.
XIV. Quand on craint un dépôt sur les articulations, l'écoulement abondant d'urines épaisses et blanches, telles qu'on commence quelquefois de les rendre le quatrième jour des fièvres qui sont avec un sentiment de lassitude extrême, délivre du dépôt. On en est aussi délivré bientôt par une hémorrhagie du nez (1).
Les anciens croyaient aux métastases, c'est-à-dire le transport des matières d'un point sur un autre ; si anatomiquement la chose est impossible, elle ne l'est pas physiologiquement, dans ce sens que les globules blancs ou leucocythes développés en excès dans le sang, peuvent sortir des capillaires sanguins et aller former des dépôts, soit sur les séreuses, soit dans le tissu cellulaire interstitiel. De là, la néccessité de ne point laisser appauvrir le sang.
XV. Rend-on du sang ou du pus par les urines, signe d'ulcère aux reins ou à la vessie (2).
Cet aphorisme se complète par les suivants.
XVI. Lorsqu'on pisse le sang sans effort, c'est un signe de déchirure dans quelque
petit vaisseau des reins (3).
En effet, c'est à l'existence ou à l'absence de douleur que le médecin jugera de la gravité du cas ; et il donnera tantôt l'hyosciamine et la cicutine, tantôt l'hydro-ferro-cyanate de quinine.
XVII. Si l'on pisse le sang ou le pus, si l'on rend de petites écailles, et si l'urine est fétide, ce sont des signes d'ulcère à la vessie (4).
Les squames s'entendent des débris d'épithélium, et la fétidité d'urines indique une décomposition de tissu. Il faut dans ces cas, pousser dans la vessie des injections détersives, avec le chloral et le borax.
XVIII. Des urines abondantes dans la nuit sont une suite de peu de selles (5).
(1) Quibus speratur aliquid ad articules abscessurum, urina copiosa, et crassa, et alba reddita, abscessu libérât, qvialis in febribus cum lassitudinis sensu quarto die quibusdam ferri incipit. Quod si ex naribus etiam sanguis effluxerit, tum brevi admodum solutio fit.
(2) Si sanguis, aut pus, cum urina redditur, renum aut vesicœ exulceratio significatur.
(3) Qui sponte sanguinem cum urina effundunt, iis in renibus venulam ruptam esse, significat.
(4J Si quis sanguinem, et pus, et squamulas, cum urina fundat, gravisque odor adsit, vesicae exulcerationem id significat.
(.5) Urina, copiose de nocte reddita, paucam alvi dejectionem significat.
Ceci est un fait de pression mécanique. On y i^emédiera en vidant l'intestin avant de se coucher. Cette précaution est surtout nécessaire chez les enfants. En cas d'une trop grande excitabilité de la vessie, on donnera 1 granule brucine et 1 granule daturine (ensemble).