‹ Etudes sur Hippocrate au point de vue de la méthode dosimétriqueChapitre 99 sur 130 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

XIX. Les convulsions à la suite de l'ellébore sont mortelles (1).

Cet aphorisme prouve qu'Hippocrate connaissait les dangers des plantes vireuses. Semblables effets ne se produisent jamais avec les alcaloïdes des mêmes plantes.

XX. Les plaies qui jettent dans des convulsions sont mortelles (2).

Ces convulsions n'ont jamais lieu d'emblée ; on peut donc les prévoir. L'agitation du blessé, son regard hagard, la précipitation des mouvements, etc., en sont les signes précurseurs. On donnera dans ces cas la strychnine, l'hyosciamine, le bromhydrate de morphine. Si, en même temps que spasme, il y a douleur : 1 granule de chaque toutes les demiheures, jusqu'à calme parfait ou sommeil.

XXL Le hoquet ou des convulsions après une grande perte de sang sont une mauvaise chose (3).

Cet aphorisme doit mettre les médecins en garde contre les déplétions sanguines. En chirurgie surtout cela est nécessaire. Les opérations sont devenues moins mortelles depuis que l'hémostase se fait avec soin et d'une manière complète.

Il en est de même de l'aphorisme suivant :

XXn. Le hoquet ou des convulsions à la suite d'une superpurgation sont une mauvaise chose (4).

Avis aux Sangrados et aux Purgons.

(1) Conviilsio ex veratro lethalis.

(2) Convulsio, quce in ïulnus incidit, lethalis.

(3) Ex copioso sanguinis fluxu convulsio, aut sinpiltus contingens, malum denuntiat.

(4) Ex profusa purgatione convulsio, aut singultus succedens, malum.

XXIII. Si, dans l'ivresse, on perd subitement la parole, on meurt dans des convulsions, à moins que la fièvre ne vienne, ou qu'on ne recouvre la parole au temps vers lequel l'ivresse finit (1).

Il faut dans ces cas s'abstenir de vomitifs, mais faire passer des lavements au sel de cuisine ; et on fera boire de l'eau avec quelques gouttes d'ammoniaque. Au besoin, on donnera la strychnine et le benzoate d'ammoniaque : toutes les deux heures 1 granule.

XXIV. Quand on tombe dans le tétanos, on meurt dans quatre jours ; mais si l'on passe ce temps, on recouvrera la santé (2).

Le tétanos, même traumatique, se prolonge rarement au delà de ce terme : il faut donc gagner du temps, en soutenant la vitalité. On passera des lavements excitants, et on fera des piqûres avec l'hyosciamine et la morphine.

XXV. L'épilepsie qui prend avant l'âge de puberté se guérit ; mais si elle vient à l'âge de vingt-ciqq ans, elle accompagne communément jusqu'à tombeau (3).

Dans le premier cas, il s'agit d'une simple névrose qu'on espère modifier ou guérir par les antinévrosiques : strychnine, hyosciamine, bromures, iodures alcalins. Dans le second cas, au contraire, il s'agit d'une lésion organique iiTémédiable. Il est donc inutile de tourmenter les malades par des médicaments. Ce qu'il y a de mieux, ce sont les toniques généraux : l'air pur, l'exercice, une nourriture simple mais substantielle.

XXVI. Dans la pleurésie, si, dans quatorze jours, le poumon ne se purge par les crachats, il se formera une suppuration iuterne (4) .

Cet aphorisme est la condamnation de la médecine expectante, puisque de la plè\Te l'inflammation s'est étendue au poumon. (Voir, plus haut P)^o)ïostics .)

(1) Si ebrium quempiam vox deficiat derepente, convulsus moritur, nisi eum febris prehendat, aut qua hora crapula solvi solet, ad vocem redeat.

(2) Qui Dcrvorum distentione corripiuntur, intra quatuor dies pereuut, quos si effugerint, sanescunt.

(3) Comitiales quibus ante pubertatis annos contingunt, depositionem accipiunt. At quibus quintum et vigesimum annum agentibus fiuut, eos fere ad mortem usque comitantur.

(4) Qui niorbo laterali laboram, nisi inira dies quatuordecim repurgentur, iis in suppurationem deponitur.

XXVII. La phthisie vient principalement depuis lage de dix-huit ans jusqu'à trente-cinq (1).

Cet aphorisme comporte de nombreuses exceptions : cela dépend des causes héréditaires ou accidentelles. Toutefois, c'est jusqu'à la puberté que tout est encore à faire. Un traitement par les arséniates et un régime fortifiant peuvent avoir d'heureuses conséquences.

XXVIII. Dans la phthisie, lorsque le crachat jeté sur les charbons répand une

odeur fétide, c'est signe mortel (2).

La fétidité des crachats des phthisiques sera corrigée par des inhalations de chlorure de chaux et par l'iodoforme, dont le malade mâchera quelques granules. Contre la toux, on y joindra la codéine; et s'il y a des points pleurétiques, la cicutine.

XXIX. Les phthisiques qui perdent les cheveux, et qui tombent dans la diarrhée, sont menacés de mort prochaine (3).

La perte des cheveux est due le plus souvent au manque de soins et à la transpiration. On y opposera le sulfate d'atropine, le bromhydrate de morphine, la caféine ou ses sels, afin de retarder la fièvre hectique.

XXX. Ceux qui crachent du sang écumeux le crachent du poumon (4).

Le sang spumeux peut également provenir des premières voies. On donnera l'ergotine et l'hyosciamine ; et, s'il y a des frissons, l'hydroferro-cyanate de quinine.

XXXI. Quand, à la suite d'une pleurésie, il se fait une suppuration, si, en quarante jours, à compter du temps où l'abcès s'est crevé, le poumon se purge par les crachats, le mal finit ; mais si le poumon ne se purge dan.s ce terme, on tombe dans la phthisie (5).

Voir le traité des Pronostics : Vomiques.

(1) Tabès prsecipue contingit œtalibus, quse sunt ab anno decimo octavo, ad trigesimum quintnm.

(2) In tabe vexatis, si sputum, quod tussi rejiciunt, carbonibus infusum, gravem odorem emittat, lethale est.

(3) In tnliiilis, si capilli e capite dofluaiit, ii, succedeute alvi profluvio, inoriuutur.

(4) Qui spumautem sanguinem sputo rejiciunt, iis ex pulmone educitxir.

(5) Qui ex morbo la(erali suppurati fiunt, si intra dies quadraginta, ex quo ruptio facta est, ivpurgeutur, liberaiitur; alioqui in tabera transeunt.

XXXII. Les boissons chaudes incommodent si l'on en use souvent ; elles relâchent les chairs, affaiblissent les nerfs, engourdissent l'esprit, causent des hémorrhagies, des lipothymies, et enfin la mort (1).

Hippocrate parle ici de l'abus, car les boissons chaudes au début d'une maladie aiguë, sont utiles par l'abondante transpiration qu'elles déterminent, surtout si on a soin d'administrer les alcaloïdes défervescents. Le docteur Sangrado eût ainsi sauvé ses malades, tandis qu'il les tuait à force de les saigner et de leur faire boire de l'eau chaude, c'est-à-dire de les écœurer.

XXXIII. Le froid est mordant pour les plaies, il durcit la peau, il excite des douleurs qui ne sont point suivies de suppuration ; il fait venir des taches noires ; il cause des frissons fébriles, des convulsions, des tétanos (2).

XXXIV. Lorsque la chaleur fait suppurer une tumeur, ce qui n'arrive point à toutes, c'est un grand signe de bonne issue. La chaleur relâche ; elle fait fondre ; eUe dissipe les douleurs; elle soulage dans les frissons, dans les convulsions, dans les tétanos ; elle fait passer les pesanteurs de tête ; elle est très-utile dans les fractures d'os, surtout lorsqu'ils sont dépouillés de leurs chairs, notamment dans les plaies de la tête ; elle sert contre les froids mortels ; eUe est bonne pour les plaies; bonne contre les dartres rongeantes, contre les maux de l'anus, contre ceux des parties naturelles, ceux de la matrice et ceux de la vessie. Dans tous ces cas, le chaud est bon, il hâte les crises; le froid, au contraire, est mauvais et mortel (3).

Ces deux aphorismes sont corrélatifs. 11 est certain que le froid et le chaud ont chacun leurs médications : le premier doit être employé contre la chaleur interne, le second contre la chaleur externe. Cela est surtout important en chirurgie.

XXXV. Les fièvres aiguës sont mortelles pour les femmes grosses (4).

Il est extrêmement important, pendant la grossesse, de combattre le moindre accès fébrile en donnant les alcaloïdes défervescents ; on échappe

(1) Calidum eo frequentiu!- utentibus has affert noxias, carnium effeminationem, nervorum impotentiam, mentis stuporem, sanguinis profluvia, animi defectiones, ad quae mors sequitur.

(2) Frigidum ulcéra mordet, cutem obdurat, dolorem insuppurabilem facit, denigrationes, rigores fébriles, conrulsiones, nervorum distensiones.

(3) Calidum suppurationem movens, non in omni ulcère, maximum securitatis judicium exhibet, cutem emollit, exténuât, dolorem toUit, rigores, conv-ulsiones, nervorum distensiones mitigat, capitis gravitatem solvit, ossium vero fracturis plurimum confert, sed prcecipue his, quae carne nudata sunt, iisque maxime, qui in capite ulcéra habent. His etiam, quse a frigore emoriuntur, aut exulcerantur, et herpetibus exedentibus, sedi, pudendo, utero, vesicse, ils omnibus calidum gratum, et judicaiionem faciens, frigidum vero inimicum, et interimens.

(4) Mulierem uiero gerentem morbo quopiam acuto corripi, lethale.

ainsi à la nécessité des saignées qui, comme le dit Hippocrate, font faire des fausses couches.

XXXVI. Les saignées font faire des fausses couches, surtout quand la grossesse est avancée (1).

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