GÉNÉRALITÉS
Van Helmont avait compris que pour renverser la pratique des Écoles, il fallait s’attaquer aux doctrines qui la dictaient. Il le fit avec la plus grande énergie, et nous pouvons ajouter, sans crainte de démenti, avec le plus grand succès. Il a si bien réussi à renverser le galénisme, que ses adversaires eux-mêmes (Eloy entre autres) ont dû lui rendre justice à ce sujet. La partie critique de ses oeuvres est une page admirable dans l’histoire de la médecine; jamais on n’a démontré avec plus de talent et de bonheur l’inanité de ces doctrines humorales qui régnèrent si longtemps dans les Écoles de médecine.
Ce n’est pas le seul service qu’il ait rendu à la science médicale; ce n’est pas le seul titre de gloire qu’il ait acquis sur le terrain doctrinal. Il a fait plus : au système insuffisant et erroné qu’il renversait, il a substitué une doctrine médicale que la postérité devait — à défaut de ses contemporains — se charger de confirmer. Quoi qu’en aient dit Éloy et beaucoup d’autres historiens de Van Helmont, la doctrine du réformateur flamand est une des plus belles conceptions de la médecine.
L’influence que notre auteur exerça sur les doctrines médicales se fit sentir immédiatement après sa mort; malheureusement ce n’est qu’un siècle plus tard que ses opinions parvinrent à pénétrer dans le domaine de la science.
(1) De LM., IX, 118, p. 752.
Le premier résultat — le résultat immédiat — de ses œuvres, fut d’en- Doctrines issues
* de celle de
gager la médecine dans la voie de l’observation. La science médicale sortait Van Heimont. d’un long sommeil; depuis Galien, aucune nouvelle théorie médicale n’avait été proposée. Les alchimistes et Paracelse avaient seuls cherché à construire un échafaudage qui, ne reposant pas sur des bases sérieuses, ne fut guère de longue durée. A peine Van Heimont parut-il, que les doctrines se succédèrent; il donna le signal du mouvement de réforme en médecine, tandis qu’à la même époque une impulsion semblable était donnée à la philosophie par René Descartes. Comme nous l’avons dit plus haut, le rôle joué dans l’histoire de l’humanité par ces deux génies offre beaucoup d’analogie.
Ils sont venus tous deux à une période où l’esprit humain, impatient des entraves que l’on mettait au progrès, voulait à tout prix retirer la science de l’état d’infériorité où l’on cherchait à la maintenir, en la subordonnant à des dogmes scientifiques inadmissibles ; chacun d’eux dans sa branche spéciale a favorisé celte tendance par tous les moyens dont il disposait.
Yan Heimont avait attaché la plus grande importance à l’étude des seiences naturelles et de l’anatomie pathologique comme bases des connaissances médicales. Les premières doctrines que l’on vit se produire comme une conséquence directe de ses opinions, reposaient sur une étude approfondie de ces branches ; malheureusement, ce fut à l’étude exclusive de l’une ou de l’autre, que l’on demanda la solution de questions complexes, en négligeant complètement tous les autres éléments dont on aurait dû tenir compte.
Quatre systèmes se produisirent ainsi en fort peu de temps : la chémiâtrie, l’iatro-mathématique, le solidisme et l’anatomo-pathologisme. Comme leurs noms l’indiquent, ces doctrines se basaient exclusivement sur l’étude approfondie d’une des branches dont Yan Heimont avait démontré l’importance dans l’étude de la médecine.
11 faut arriver en 1690, c’est-à-dire à environ un demi-siècle après la mort de Van Heimont, pour rencontrer une doctrine médicale qui revient au principe fondamental admis par le médecin flamand, à l’importance capitale de l’étude de Y homme vivant comme base de connaissances réelles. Mais les premiers efforts ne furent pas heureux; car autant les
no
INFLUENCE EXERCÉE PAU J. B. VAN HELMONT
systèmes dont nous venons de parler négligeaient l’importance réelle de la force vitale, autant l’animisme de Stahl et le dynamisme de Hoffmann tenaient peu compte de l’importance de l’étude de la chimie, de la physique et de l’anatomie pathologique.
Hermann Boerhaave tenta, mais en vain, de ramener les médecins vers les idées développées par Yan Helmont ; car lui-même ne réagit pas assez contré les doctrines qui s’étaient succédées pendant tout un siècle, et se borna à créer une doctrine éclectique, — - sorte de compendium doctrinal, où l’on rencontre à côté des idées de Yan Helmont, celles des chémiâtres, des mécaniciens, des anatomistes, des animistes et des dynamistes. Mais ce n’était pas par l’éclectisme que l’on pouvait arriver à réédifier les doctrines médicales vitalistes.
Il faut arriver à Bordeu, c’est-à-dire au milieu du xvme siècle, avant de retrouver de nouveau les opinions de Van Helmont. A partir de ce moment son triomphe était assuré. Toutes les doctrines qui succédèrent à l’organophysiologisme de Bordeu, portent en quelque sorte le cachet des idées du médecin flamand. En écrivant ces mots, nous ne voulons pas accuser Bordeu, Brown, Bicbat, Broussais et bien d’autres d’avoir copié sans les citer les œuvres de notre auteur; il suffit à la gloire de ce dernie’r, que la science soit revenue en quelque sorte nécessairement dans la voie qu’il avait ouverte., Résumé. L’influence de Yan Helmont sur les doctrines médicales fut donc d’une double nature : l’influence immédiate, l’influence éloignée. La première, que^personne lie peut nier, s’est manifestée par l’édification de doctrines médicales, issues de l’étude approfondie des diverses branches des sciences naturelles, sur l’importance desquelles Yan Helmont s’était si longuement étendu. Ce premier effet, nous le répétons, aboutit cependant à des résultats complètement opposés à ceux du médecin flamand, parce qu’on s’écarta du point de départ qu’il avait admis.
Quant à l’influence éloignée, elle se retrouve dans ce fait capital que les diverses doctrines vitalistes, nées depuis le xviT siècle jusqu’à nos jours, dérivent de la doctrine de Yan Helmont. Bien plus : l’une d elles — l’organo-physiologisme de Bordeu — , est la reproduction presque complète de la doctrine du médecin flamand.
Pour faire mieux comprendre notre pensée, nous avons cru utile d’ajou* ter à ce travail un rapide aperçu des principales doctrines qui se sont succédées depuis Van Helmont jusqu’à nos jours. Il nous est impossible de faire en ce moment l’histoire complète de ces systèmes; du reste, le cadre qui nous est tracé ne le comporte pas. Aussi nous bornons-nous à signaler dans ces doctrines les parties les plus intéressantes, au point de vue du sujet que nous traitons. Notre seul but est de faire ressortir l’importance réelle de la doctrine produite par Van Helmont, en mettant en regard de celle-ci les opinions qui se sont succédées depuis cette époque» Nons le ferons dans les lignes suivantes. Les détails dans lesquels nous entrerons à ce sujet, nous ont été fournis en majeure partie par le Traité de la Science médicale d’Auber, qui, sous une forme succincte, donne une idée assez exacte des diverses théories. L’histoire de la médecine de Kurt Sprengel nous a été aussi d’un grand secours dans cette partie.