‹ Etudes sur J. B. Van HelmontChapitre 102 sur 116 · I. CHÉMIATRIE DE DELEBOE (SYLVIUS · texte numérisé non relu

I. CHÉMIATRIE DE DELEBOE (SYLVIUS

La chimie ou l’art hermétique n’avait guère été étudiée jusqu’au temps de Van Helmont, que comme un moyen d’arriver à la découverte d’une panacée universelle ou de la transmutation des métaux. C’est dire qu’elle n’avait pas encore à cette époque un caractère assez sérieux pour fournir tous les avantages qu’on en a retirés plus lard.

Roger Bacon (1214-1292), Arnaud de Villeneuve (1280) et Basile Valentin (1413) furent les premiers qui s’efforcèrent de rapprocher les divers faits observés et de déduire de ce rapprochement quelques lois générales qui permissent de marcher d’un pas plus sûr dans le dédale des expériences chimiques. Basile Valentin donna le nom d'archée à la force occulte qui préside à l’accomplissement des divers phénomènes chimiques,

1 INFLUENCE EXERCÉE FAR J. B. VAN HELMONT

Comme nous l’avons vu plus haut, Van Ilelmont emprunta au moine alchimiste l’expression d’archée, mais en lui donnant une autre signification beaucoup plus étendue.

Les premiers progrès de la chimie scientifique datent réellement de Van Helmont. Il fut le premier qui réussit à formuler des lois générales dans cette partie de la science; et l’influence exercée par lui comme chimiste fut à cette époque plus grande que celle qu’il exerça directement sur les systèmes médicaux. Il est vrai que les progrès de la chimie poussèrent la science médicale dans une nouvelle voie; mais le but que Van Helmont voulait atteindre se trouva dépassé par ses successeurs.

En effet, le premier résultat de ses travaux fut l’introduction d’un nouveau système médical connu sous le nom de chémiâtrie. Sylvius Deleboe (né en 1614, mort en 1672), poussant à l’extrême l’importance que Van Helmont avait attribuée à la chimie, ne vil qu’elle dans l’économie animale. Il rattacha tous les phénomènes vitaux à des actions chimiques : la force vitale disparut de l’économie comme élément premier des fonctions, et se trouva réduite dans le système chémiâtrique à n’être que la conséquence, l’effet direct de réactions chimiques. Le corps se trouva divisé en deux ordres de tissus : les uns contenus (les liquides), les autres contenants (les solides). Ces derniers étaient inertes en quelque sorte, car tout leur office consistait à contenir les liquides, à la fois éléments et cause de la vie.

Sylvius Deleboe appliqua ses idées à la physiologie et à la pathologie, et construisit sur cette base tout un édifice, qu’il compléta en transportant même ses idées systématiques sur le terrain de la thérapeutique. Toutes les maladies étaient dues h lacreté des liquides du corps; et suivant que celte âcreté était acide ou alcaline, il fallait choisir dans les agents chimiques des remèdes propres à faire résoudre cette réaction anormale. Dans ce système, il ne fallait guère s’inquiéter de l’âge, du sexe, de la constitution, ni du tempérament des malades; il ne fallait s’occuper ni des conditions climatologiques ou météorologiques, ni des constitutions médicales régnantes. La maladie n’était qu’uh désordre chimique auquel il fallait chimiquement remédier. Le moyen était très-simple; il suffisait d’opposer les alcalis aux acides et les acides aux alcalis.

On le voit : nous voilà déjà bien loin des doctrines vitalistes de Van Ilelrnont. On a fait au médecin flamand le reproche d’être le père de la chémiâtrie; nous croyons que ce reproche est injuste et nous avons cherché à le prouver en écrivant les pages consacrées à l’exposé de ses opinions médicales. Que l’on jette un coup d’œil sur son magnifique traité : De Febribus, si clair et si vrai, et l’on sera étonné qu’on ait pu lui attribuer la paternité d’une doctrine médicale contre laquelle témoignent tous ses ouvrages scientifiques.

Ce qui est vrai, c’est que la doctrine chéiniâtrique a pris son point de départ dans les œuvres de Van Helmont. Il avait relevé la chimie de l’état d’abandon dans lequel il l’avait trouvée; il lui avait assigné la place qu’elle devait occuper parmi les moyens d’investigation et en avait fortement recommandé l’étude comme devant conduire à de nouvelles connaissances. Grâce à son génie et à ses vastes connaissances, il avait été préservé de lui attribuer une influence excessive; il avait vu clairement les rapports qui existent entre les réactions chimiques et les phénomènes qui se passent dans le corps humain; cependant il n’avait jamais songé à subordonner la force vitale aux lois qui régissent les combinaisons des corps morts. Que ces substances appartiennent au règne inorganique ou au règne organique, dès qu’elles ne vivent pas, elles ne se trouvent pas dans les conditions du corps humain. Et quelle que soit la part qu’on laisse à la force vitale, quelque petite qu’on cherche à la faire, on ne peut pas admettre que les substances placées dans une cornue inerte se trouvent dans les mêmes conditions que dans un organisme vivant, — et par suite réagissant, c’est-à-dire intervenant pour sa part dans la production des phénomènes.

Van Helmont parvint donc, grâce à ses vues générales, à échapper au danger de spécialisation exclusive ; mais ses successeurs, guidés par des idées plus étroites que les siennes, se laissèrent séduire par la tentation de tirer de la science nouvelle qu’il avait créée, des conséquences pathologiques irftmédiates. Us ne virent partout que chimie; ce fut le seul fruit immédiat de l’œuvre du réformateur flamand. Fruit bâtard, en opposition flagrante avec la doctrine dont on prétendait le faire dériver.

La chémiâtrie exposée par Sylvius Deleboe, fut assez favorablement

INFLUENCE EXERCÉE PAR J. B. VAN HELMONT

accueillie partout. Cela devait être; car sous des dehors nouveaux, elle avait de nombreux points d’analogie avec les théories humorales à la mode. L’Allemagne l’admit surtout avec empressement; elle fut moins bien reçue en France, où Riolan, à la tête de la Faculté de médecine de Paris, lui fit une rude guerre en faveur des doctrines de Galien.

Si au point de vue pathologique et thérapeutique proprement dit, la chémiâlrie parlait de données fausses et aboutissait à des résultats impossibles; il n’en est pas moins vrai qu’elle rendit service par l’introduction de quelques nouveaux médicaments, tels que l’éther sulfurique, le nitrate d’argent, le précipité rouge, le sel de Glauber, la crème de tartre, etc. C’est le seul résultat utile qu’on lui doive.

Son règne ne fut pas de longue durée. Ébranlée par la découverte de la circulation du sang qui, à cette époque, commençait déjà à être généralement admise, la chémiâtrie rencontrait un puissant adversaire dans les idées philosophiques que René Descaries enseignait à cette époque; le coup le plus décisif ne lui fut cependant porté que plus lard par Thomas Sydenham.

îï. IATRO-MÉCÀNICISME DE BORELLI.

A la même époque on vit se produire, en opposition avec le système chémiâtrique, l’iatro-mécanicisme de Borelli (1608-1679). C’était le digne pendant de la doctrine deDeleboe. Celui-ci attribuait tous les phénomènes vitaux à des réactions chimiques; — Borelli n’y vit, au contraire, que des manifestations des forces physiques. Tout se réduisait à une proportion entre le mouvement des fluides et la réaction des solides. Quand celte proportion était normale elle produisait la santé; dès qu’elle était dérangée, dès que l’équilibre était rompu, la maladie faisait son apparition. Les causes des maladies résident, d’après cette doctrine, dans une altération des propriétés physiques du corps; la tonicité et l’élasticité des solides, la densité et la fluidité des liquides.

Pour donner une idée des excès auxquels entraînait la doctrine ialromathématique, il nous suffira de citer l’opinion de Borelli sur la digestion. Celle fonction se réduisait, selon lui, à un phénomène physique de tritura-

tion ; il avait même évalué la force triturante de l’estomac à celle d’un poids de 1,350 livres (1).

Les conséquences thérapeutiques de cette doctrine exigeaient l’emploi d’agents propres à rendre aux solides et aux liquides leur degré normal de propriétés physiques.

Bellini (1643-1704), élève de Borelli, perfectionna encore le système de son maître, c’est-à-dire qu’il le poussa encore plus à l’extrême. Le corps ne fut bientôt qu’un ensemble de machines, mises en mouvement par des fluides et tendant toutes à la production du même effet. Aux yeux de Bellini et de ses partisans, on retrouvait dans le corps humain tous les instruments de physique connus, et cette gigantesque machine, imaginée pour remplacer l’organisme humain vivant, n’obéissait à d’autres forces qu’aux propriétés physiques du corps.

Cette doctrine mécanique trouva, à celte époque, de nombreux défenseurs : l’impulsion donnée par VanHelmont à l’étude des sciences physiques suffit, du reste, pour le faire comprendre. Mais elle ne rendait pas mieux compte des faits que la chémiâtrie de Deleboe, et ne résista pas plus que celle-ci aux observations bien faites.

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