III. SOLIDISME DE BAGLIVI
La chémiâtrie de Deleboe et riatro-mathématicisme de Borelli ne furent pas les seuls fruits immédiats dus à l’impulsion que Yan Helmont avait imprimée à l’étude des sciences chimiques et physiques.
Le solidisme fut encore un des produits immédiats de cette exagération déplorable, accordée à une dés faces de la question. Glisson (1597-1677) en fut le créateur; mais c’est surtout à Baglivi (1669-1707) qu’on doit l’exposition la plus complète et la plus franche du solidisme. Baglivi, aussi sincère dans ses opinions que Deleboe et Borelli l’avaient été dans les leurs, ne recula devant aucune conséquence dans l’exposé qu’il fît de son système dans son traité De fibra motrice. Deleboe avait accordé, dans la production des phénomènes vitaux, une place prépondérante aux liquides (i) Auber. Traité delà science médicale (Paris, 1833), p. 191.
INFLUENCE EXERCÉE PAR J. B. VAN HELMONT
de l’économie, et avait considéré les solides comme des vases inertes dans lesquels s’opéraient toutes les réactions. Baglivi tomba dans l’excès contraire. En effet, selon lui, tout s’explique par les contractions de la fibre animale. Les solides s’emparent des matériaux nutritifs, les élaborent et en forment des liquides, qui sont ensuite absorbés par les organes, qui s’en assimilent les principes (i). Les liquides n’interviennent plus pour rien dans la production des phénomènes vitaux; ils sont passifs, les solides seuls sont actifs.
Deux organes principaux président par leurs mouvements à tous les actes de la vie : le cœur et le cerveau. Le premier dépend du second ; car pour remplir ses fonctions, il a besoin des muscles et de la pression atmosphérique, tandis que le cerveau, sans secours étranger, transmet à toutes les parties les oscillations qui lui sont propres (2). Ces deux organes agissent au moyen de fluides, qu’ils envoient par l’intermédiaire des vaisseaux aux nerfs et aux solides, pour les stimuler et exciter leur contraction.
Tant qu’il y a harmonie parfaite entre le cœur et le cerveau, la santé existe; dès que cette harmonie est rompue, la maladie prend naissance.
Le solidisme est, comme on le voit, l’antithèse complète de la doctrine chémiâtrique de Deleboe; ce qui lui assure une place supérieure à celle-ci dans la marche progressive du développement de la médecine, c’est que Baglivi, suivant en cela, du reste, les principes de Glisson, subordonnait toutes les manifestations des solides à l’existence d’une force vivifiante, qui n’est au fond autre chose que la force vitale d’Hippocrate.
Tout en se laissant entraîner à des exagérations impossibles à admettre sur l’importance du rôle des solides, Baglivi maintenait donc au-dessus des forces physiques de la nature une force spéciale directrice, sans l’intervention de laquelle les phénomènes n’auraient pu se produire. C’était un premier retour vers des idées pathologiques plus saines. 11 était encore loin d’en être au point où Van Helmont avait laissé la question ; mais c’était un pas fait pour revenir aux principes du vitalisme hippocratique.
Un autre service rendu par Baglivi fut de rappeler les médecins h l’ob-
(1) Auber. Traité de la science médicale (Paris, 1833), p. 193.
(2) Loc. cit p. 194.
servation exacte des phénomènes de la nature. Bien peu de temps avait suffi pour les en détourner, et à l’époque où parut le fondateur du solidisme, l’influence de Yan Helmont ne se faisait plus sentir que par l’importance attachée aux théories chimiques.
Baglivi, reprenant l’œuvre du médecin flamand, continua à battre en brèche les théories galéniques; ce n’était déjà plus la seule erreur qu’il avait à écarter : il devait attaquer aussi l’iatro-chimie, qui faisait au moins autant de mal que les doctrines altérées de Galien en avaient causé antérieurement.