‹ Etudes sur J. B. Van HelmontChapitre 107 sur 116 · VII. DOCTRINE ÉCLECTIQUE DE BOERIIAAVE · texte numérisé non relu

VII. DOCTRINE ÉCLECTIQUE DE BOERIIAAVE

Pendant que Stahl et Hoffmann travaillaient en Allemagne, chacun dans un sens opposé, à créer un nouveau système de doctrines médicales, il surgit à Leyde un homme d’une activité prodigieuse qui était appelé à exercer sur la médecine une immense influence. Nous voulons parler de Hermann Boerhaave (1668-1758).

îl arriva au moment où Stahl et Hoffmann commençaient leur opposition contre l’importance exagérée attribuée aux forces physiques et chimiques dans l’explication des phénomènes vitaux. Physicien et chimiste lui-même, Boerhaave ne pouvait pas se rallier à Bopinion de Stahl, qui, comme nous l’avons dit, ne faisait aucun cas des sciences accessoires à la médecine.

La tendance naturelle de l’esprit de Boerhaave le portait plutôt vers la doctrine de Hoffmann et celle des chémiâtres; mais l’élévation de son génie le sauva du travers dans lequel ceux-ci étaient tombés et lui fit reconstituer, quoique très-imparfaitement, la science médicale sur les bases que lui avait assignées Van Helmont. La doctrine qu’il s’efforça de faire admettre, tenait compte de toutes les forces physiques et chimiques dans la production des phénomènes vitaux; mais au-dessus de ces propriétés passives et les dominant, il admettait des forces actives tout à fait distinctes des propriétés naturelles. « On retrouve dans la doctrine de Boerhaave » les vues larges et fécondes du père de la médecine sur la nature médi- » ealrice; on y retrouve l’atomisme d’Épicure et de Descartes, l’humorisme » de Galien et des Arabistes, le solidisme de Themison, de Bellini et de » Pitcairn, le chimisme de Van Helmont, la chémiàtrie de Sylvius Deleboe : » tout cela organisé et coordonné avec un art qui fait de la médecine un » ensemble imposant et grandiose (i). »

Boerhaave rattachait tous les phénomènes vivants à une force radicale de cohésion, inhérente à la fibre. La santé dépend de l’état normal de cette force radicale et la maladie existe, si elle vierêt à pécher par excès ou par défaut.

La diminution de la force radicale est directe, immédiate, ou le résultat

(0 Aubek, loc. ci/., p. 211.

de l’effort des liquides circulants; elle amène à sa suite la faiblesse de la fibre.

La rigidité de la fibre tient, au contraire, à'un excès de force radicale^ qui peut être direct aussi ou dépendre du rétrécissement des vaisseaux, de résistances trop considérables ou d’obstacles à la circulation.

Ce que nous venons de dire de la fibre s’applique à tous les tissus solides du corps vivant. Nous en trouvons une application dans la théorie que Boerhaave admettait sur la nature de l’inflammation ; elle est assez connue pour que nous puissions nous borner à n’en dire que quelques mots. Selon Boerhaave, l’origine de l’inflammation ne se trouve pas dans une irritation de la partie malade; cette partie est passive en quelque sorte et l’inflammation est due à ce que les globules du sang, se trompant de route, s’engagent dans des vaisseaux capillaires trop étroits pour les laisser passer. De là stase sanguine, rougeur, tuméfaction; en un mot, tous les phénomènes extérieurs de l’inflammation. Quant au tissu même, les modifications qu’il subissait étaient toujours consécutives à cette stase sanguine.

Comme nous l’avons dit en commençant ce chapitre, la tendance naturelle de son esprit rapprochait beaucoup plus Boerhaave de Baglivi et de Hoffmann que de Stahl. Sans oser, comme les premiers, affirmer que la vie est un effet de la manifestation des propriétés physiques et chimiques du corps, Boerhaave accordait cependant, comme le démontre sa théorie sur l’inflammation, une importance extrême à ces propriétés; sa force radicale, qui n’est autre chose en définitive que la force vitale, était complètement reléguée sur le second plan et ne se produisait que comme une espèce de Dens ex machina, pour tirer Boerhaave de l’embarras où l’auraient placé des doctrines chémiâtriques ou iatro-mécaniciennes pures.

Quoi qu’il en soi t, la doctrine de Boerhaave exerça une immense influence à l’époque où il la produisit; grâce à la position qu’il occupait à Leyde comme professeur de clinique, il eut le bonheur de voir ses idées répandues par ses élèves dans toutes les parties du monde. Son enseignement fut très-fécond et inspira les travaux d’un grand nombre de ses successeurs. Il y eut plus : Boerhaave s’efforçait en vain de subordonner l’importance

INFLUENCE EXERCÉE PAR J. B. VAN HELMONT

de la force vitale à celle des propriétés physiques du corps : c’est de sou École même que devait sortir le plus grand génie de la physiologie moderne, celui qui devait mettre un terme à toutes ces discussions scholastiques oiseuses, dans le dédale desquelles la médecine s’oubliait. Nous avons nommé Albert Haller (1708-1777), qui porta le coup de grâce à son maître par la découverte de l’irritabilité.

Nous n’avons pas à nous étendre ici sur la découverte faite par Haller. II nous suffira de dire qu’elle a permis à Bordeu (1722-1776) de réédifier toute la doctrine de Van Ilelmon't, en laissant toutefois de côté le style allégorique de ce dernier.

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