‹ Etudes sur J. B. Van HelmontChapitre 108 sur 116 · VIII. ORGANO-PHYSIOLOGISME DE BORDEU · texte numérisé non relu

VIII. ORGANO-PHYSIOLOGISME DE BORDEU

Bordeu tira de la découverte de l’irritabilité tout le parti qu’il était possible d’en obtenir. Il prouva aux médecins qu’il ne suffit pas dans l’étude de la médecine d’examiner les conditions physiques et chimiques du corps humain et de les considérer comme expliquant tous les phénomènes, quitte à admettre alors la force vitale comme une influence occulte, étrangère à l’économie animale, et qui accompagnerait ces manifestations. Il faut agir autrement; il faut aller plus loin : la nature doit être étudiée comme elle se présente, c’est-à-dire animée, vivante, se modifiant continuellement sous l’influence des causes d’irritation. Étudier le corps vivant, en faisant abstraction de la force vitale, ce n’est pas observer fidèlement la nature, puisqu’on néglige la qualité essentielle du corps organisé, — la vie.

Pour Bordeu, l’essence de la vie animale est tout entière dans la sensibilité et la motilité (i). La sensibilité siège dans les nerfs, mais elle a pour foyer principal le cerveau et l’épigastre. « L’action de celte sensibilité est » des plus étendues; elle dirige toutes les fonctions; elle conduit le mou- » vement morbide; elle règle faction des remèdes; elle varie et se modifie » dans toutes les parties qu’elle unit, de telle sorte que liées entre elles » par un intérêt commun et à peu près comme les membres d’une républi- » que, chacune travaille h son profit et concourt ainsi à la conservation de (i) Auber, /oc. cil., j>. 21 15.

» l’ehsemble. Cette sensibilité est commune à l’homme et aux animaux, » mais elle est éclairée et relevée dans celui-ci par l’action de l’âme qui le » place naturellement à la tête de tous les êtres de la création (1). »

Nous avons cité ce passage qui donne une idée assez claire du système de Bordeu, parce qu’il est impossible de mieux prouver les rapports qui rattachent ce système à celui de Van ITelmont. A la sensibilité de Bordeu — essence de la vie — , substituez le synonime de Van ITelmont, l’archée, et la doctrine devient identiquement la même.

La différence immense qui sépare Bordeu de toutes les Écoles organiciennes, c’est que pour lui la vie n’est pas le résultat des propriétés naturelles du corps; mais une force primitive, inhérente à la fibre animale, — cause et non effet des phénomènes du corps vivant. Van Helmont n’a pas dit autre chose; et si parfois sa pensée se trouve entourée d’images, il n’est pas difficile de la dégager de ses œuvres, identique à celle que formula Bordeu.

Un autre point de la doctrine de Bordeu, qui paraît avoir été emprunté aux écrits de Van Helmont, est la vie propre des divers organes de l’économie. Chaque partie du corps humain jouit d’une action propre et indépendante. Van Helmont n’a-t-il pas admis dans tous les organes des archées locaux — Archei insiti ? — La santé provient pour Bordeu comme pour Van ITelmont, de la bonne harmonie des diverses parties du corps; si cette harmonie est troublée en un point, il en résulte un désordre de toute l’économie, c’est-à-dire la maladie. C’est l’histoire de la révolte des archées locaux contre le recteur central épigastrique.

La doctrine de Bordeu, qui ressemble sous tant de rapports à celle de Van Helmont, exerça, quand elle se produisit, une immense influence sur les esprits. Elle ramenait la médecine dans la voie de l’observation de la nature vivante et lui assurait ainsi la seule base certaine sur laquelle elle put s’asseoir. Il y a plus : Bordeu eut le bonheur de paraître à' une époque où toutes les variétés possibles de doctrine venaient de se produire en médecine; toutes péchaient par leur exclusivisme : aucune d’elles ne répondait aux faits. C’est ce que prouva Bordeu. Il déblaya le terrain scientifique et

(1) Auber, loc. cil.., p. 2Uî.

INFLUENCE EXERCÉE PAR J. B. VAN HELMONT

prépara ainsi la voie à Brown, à Bichat, à Broussais, aux trois doctrines vitalistes modernes les plus importantes.

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