X. DOCTRINE DE BROWN
Le règne des doctrines matérialistes était passé depuis que Bordeu leur avait porté le dernier coup. Aussi toutes les doctrines médicales nouvelles admettent comme point de départ l’étude du tissu vivant, doué d’une force spéciale. C’est sur le nom de cette force que portera surtout la différence. Nous ne voulons pas dire que les systèmes de Brown, de Bichat et de Broussais ne diffèrent que par la terminologie; car ces doctrines s’éloignent considérablement par les effets thérapeutiques qu’elles entraînent. Mais toutes les trois elles admettent comme fait premier et capital l’existence de la force vitale propre aux tissus comme force première et non comme conséquence de propriétés naturelles physiques ou chimiques.
Pour Brown (1736-1788) cette force vitale des tissus se manifeste par
(1) Auber, loc. cit., p. 229.
Yincitübilité. II entendait par-là la propriété dont jouissent tous les tissus vivants de réagir sous l’impression d’un corps irritant. La santé et la maladie proviennent soit de l’état normal de l’inci tabili té, soit de l’excès ou du défaut de celte même propriété.
Brown admettait en même temps des agents incitants divers; et toute sa thérapeutique consistait à déterminer dans un état morbide l’état de l’incitabililé, à la diminuer quand elle était en excès, à l’augmenter quand elle faisait défaut. — De là deux catégories de maladies : les maladies sthéniques et les maladies asthéniques, représentées respectivement au plus haut degré par la pléthore sanguine et par l’anémie.
Le défaut capital du système de Brown est d’avoir confondu sous la seule dénomination d’incitabilité deux propriétés bien distinctes : la sensibilité) source du sentiment, et X irritabilité, source du mouvement. Il est vrai que ce sont deux manifestations d’une même cause, la force vitale; mais les effets qu’elles produisent n’en sont pas moins différents.