‹ Etudes sur J. B. Van HelmontChapitre 28 sur 116 · III. CRITIQUE ET RÉFUTATION DE LA DOCTRINE CALÉNIENNE DES ÉCOLES · texte numérisé non relu

III. CRITIQUE ET RÉFUTATION DE LA DOCTRINE CALÉNIENNE DES ÉCOLES

Van Iielmont a prouvé dans la partie physiologique de ses œuvres, que les humeurs n’existent que dans l’imagination des Écoles; il rejetait donc des conclusions déduites de ces données hypothétiques. Mais non content de les rejeter, il en montre encore toute l’inanité. Vous voulez définir la maladie, dit-il aux Écoles; et vous ne songez pas qu’en la considérant comme une disposition qui trouble la fonction, vous ne définissez que sa cause (2).

Mais il y a plus : l’épilepsie, la manie, la goutte, la fièvre quarte, etc., 11e disparaissent pas avec l’accès d’exacerbation; ces maladies persistent en dehors des accès : un épileptique n’est pas guéri, du moment que l’accès convulsif est passé. Or, la doctrine des Écoles, en admettant la diathèse, est impuissante à expliquer ce fait; car dès que la maladie est réduite à n’être qu’un accident, une lésion, celle-ci persistant toujours, les symptômes doivent nécessairement continuer à se manifester : etenim si Scholœ credanl morbos esse niera accidentia, hœc sane dormire nesciunt, nec sunt dum non agunt (5). Dans des maladies à périodes, à manifestations intermittentes, il n’est donc pas possible d’admettre la diathèse, telle que la comprenaient les médecins humoristes.

Quelques partisans des Écoles, admettant ce raisonnement, ont cherché à s’y soustraire en donnant à la diathèse une autre signification. Pour eux elle ne constituerait plus l’essence même de la maladie; elle donnerait lieu à la formation d’un état neutre, d’un être hermaphrodite, intermédiaire entre la maladie et la santé. Cet état jouirait de la faculté de se manifester ou de rester latent; mais réduite à ces faibles limites, la diathèse, comme

(1) Ignot. Hosp. Morb., 26, p. 593,

(2) Loc. cit., 56, p. 597.

(3) Loc. cit., 27, p. 393,

le fail remarquer Van Helmont, ne peut plus guère être considérée comme maladie; il faut la ranger parmi les symptômes.

Du reste, c’était renverser le principe même de l’École, que d’attribuer celte signification à ce mot. Car, quand elle doit attendre ainsi patiemment qu’elle ait atteint assez de maturité, pour pouvoir se manifester, ce n’est plus la diathèse elle-même qui constitue la maladie; mais son excès, son exagération. Quare etiam non ipsa Dialhesis, sed ipsius excessus est proprii nominis Morbus in Scholis (i).

Comme conséquence de celle proposition, c’est la proportion des humeurs qui détermine et modifie la nature essentielle et l’espèce de la maladie; toute spécificité morbide est ainsi niée par les humoristes : Solus qualilatum quarumvis gradus facit atque mutât suiipsius essentiam et speciem : nec species proinde, in esse specifico , suam liahet quidditatem : sed tantum in puncto excessus (2).

Ce n’est, du reste, pas la seule contradiction qu’un examen critique un peu attentif fasse reconnaître dans la définition des écoles organiciennes. Que vient faire ici la diathèse? Si les causes matérielles suffisent pour troubler immédiatement les fonctions, il est parfaitement inutile de créer ce nouvel élément; il se confond dès lors avec la cause elle-même. Ainsi quand un calcul se place au col de la vessie et empêche l’urine de s’échapper, la diathèse n’a rien à y voir. Dans ce cas, en effet, elle se réduit à l’action oblitérante, déterminée par le calcul, et n’est plus qu’un simple rapport rationnel tout à fait étranger à l’idée de maladie. Quippe non est oppilatio ulla , sive Diathesis, quœ intercludit meatum urinœ : si solus calculas id immédiate facial , ac materialiter oppilet, totumque fundamenlum relalionis sic in se perfeclè atque realiter conlinel, quod Dialhesis, sive aclio oppilaliua, procedens ah oppilunle calcule, non sit nisi relatio, ac merum ens rationis , quœ in morbis inter medendum , ut et in enlibus veris, vereque existenlibus , Locum non habet (5).

Van Helmont s’attaquant ensuite à la seconde partie de la définition de

(1) Jgnot. IIosp. Morb., 29, p. 393.

(2) Loc. cit., 29, p. 393.

(3) Loc. cil., 31, p. 393.

l’École, se refuse à considérer le trouble fonctionnel comme constituant toute la maladie, et il invoque les considérations suivantes à l’appui de sa manière de voir :

1) Il n’est pas rare de voir succomber des sujets qui n’ont éprouvé aucun trouble fonctionnel : c’est le cas pour la mort subite ou la mort par suite de vieillesse. Le trouble fonctionnel est accidentel et comme tel, il n’accompagne pas toujours la maladie. Id [functionnum lœsio) est morbis accidentale posteriusque : non autem concomitans perpetuo (1). Or, il n’est pas admissible qu’on puisse définir une chose au moyen de ses effets postérieurs et séparables (2).

2) Du reste, si la définition était exacte, si l’importance accordée au trouble fonctionnel était l’expression de la vérité, comment pourrait-on admettre que le fiévreux, le goutteux, l’épileptique soient aussi malades en dehors de l’accès que pendant l’accès, alors que cependant l’on n’observe de trouble fonctionnel que dans le premier de ces moments (3)?

5) Aux objections qu’on leur faisait, les Écoles opposaient des arguments spécieux. Elles prétendaient que la lésion de la fonction constitue la maladie et la fonction lésée le symptôme : Lœsio autem actionis esset morhus; et lœsa cictio, ipsum symptoma (4). Distinction puérile, et même fort difficile à bien comprendre.

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