Mode de irodnclion de la maladie
Du processus morbide.
Pour donner une bonne définition, il faut prendre pour point de départ les causes qui ont présidé à la formation de l’objet à définir. Ces causes sont de deux natures : l’une est matérielle et purement occasionnelle ; l’autre, au contraire, est la cause immédiate, la cause efficiente interne ou séminale, celle qui recevant l’impression de la première, lui permet de se manifester : une cause externe et occasionnelle ne peut déterminer d’effets sur un organisme vivant (en dehors des cas de traumatisme), si elle n’a pas rencontré dans l’économie un point sur lequel elle puisse agir. C’est par la réunion de ces deux causes qu’existe l’objet défini (î). Van Helmont s’attache à bien préciser le rôle de ces deux espèces de causes. Nous avons rappelé plus haut ce qu’il entendait par l’archée; ces détails feront mieux saisir la pensée du médecin flamand.
Nous avons déjà vu que pour Van Helmont toute cause morbide agit sur la vie. Il s’ensuit que la maladie est intimement unie à celle-ci. Cette union intime n’est réelle que si la maladie occupe immédiatement la vie et y trouve son siège en tout ou en partie. Celle-ci perd son aura vilalis et devient incapable de présider encore au fonctionnement normal des organes.
Puisque la maladie s’attache ainsi le plus intimement possible à la vie, il s’ensuit que c’est dans celte dernière qu’elle trouve sa cause efficiente. Peu importe que son existence soit due à des causes occasionnelles ou à une erreur de la vie, engendrée dans l’archée lui- même : c’est toujours celle-ci qui est le siège de la maladie. 11 s’ensuit ce point important : que la maladie n’est pas un être étranger, vivant d’une vie indépendante au sein de l’économie animale et en lutte avec cette économie, puisqu’elle est comme l’état de santé, due à l’action de la force vitale. Nous reviendrons plus loin sur ce point.
La vie étant un principe immatériel, un ens luminare, ne peut agir que par l’organe de Y aura mtalis , c’est-à-dire de l’archée, qui sert d’intermédiaire entre la lumière vitale et le corps : c’est donc dans l’archée que siège la maladie (2);
Ceci posé, voyons comment elle se manifeste? — Tout ce qui se
(U De freb. XIII, 1, p. 774.
(2 ) Ignot. Ilosp. Morb ., 8 el 9, p, 4015.
produit dans la nature naît et se propage par des images enfermées dans la semence. Or, l'archée agit de même que tout esprit séminal sur la matière qui lui est soumise. 11 produit une idée morbide, qu’il imprime sur une partie de sa substance (i). Il manifeste donc son action per impressam notam vel Ideam sigillarem y quœ novit quid et quor su m sibi sit agendum (2). Toute maladie a par conséquent sa notam sigillarem ac relut actum seminalem, qui a la conscience de ce qu’elle doit faire.
Les images morbides que l’arcbée fabrique, sont d’abord des produits de l’esprit, mera entia mentis, incorporalia (3); mais elles deviennent bientôt propres à leur union intime avec la vie — intimo vitœthoro nubiles (4). Dès qu’elles sont empreintes sur la substance de l’archée, elles se revêtent de son corps, et deviennent des êtres très-puissants, qui donnent naissance à toutes les passions et à tous les désordres. Selon Van Helmonl la matière immédiate et interne de la maladie fait partie de la masse de l’archée : Sed affirmo materiam immediatam ac internam morbi, desumi ex mole ipsiusmet Archei (5). — Quant à la cause efficiente, c’est l’idée séminale, née des désordres de l’archée.
Quand l'image morbide est empreinte sur l’archée, en d’autres termes, quand la cause morbifique a agi sur la vie, quand elle lui a imprimé une certaine tendance anormale, la maladie est produite : elle est donc le résultat de l’union de la cause morbifique et de la vie, ou plutôt de la modification de celle-ci par celle-là. Dans son langage figuré, Van Helmonl voit dans la maladie la formation d’un nouvel être réel, bien distinct, qui s’établit dans le corps humain et y exerce ses effets : Ens reale subsistons in corpore. C’est un être né après la violation du principe vital par une puissance quelconque nuisible et passagère, qui en pénétrant la force vitale, la fait dévier de sa marche normale.
La maladie, dit-il, est construite d’un corps archéal et d’une idée active:
(1) Ignot. Hosp. Morb., 42, p. 594.
(4) Progr. ad morb. cogn 7, p. 428.
(5) Ignot. Hosp. Morb., 94, p.405.
corpore scilicet archeali et efficiente idea constructus (1). C’est un ens ipsum prœvaricans , quod ex ipso Archeo cuditur vitaliif).