‹ Etudes sur J. B. Van HelmontChapitre 31 sur 116 · V. RÉSUMÉ · texte numérisé non relu

V. RÉSUMÉ

. La maladie est Après avoir exprimé les opinions de Van Iïclmonl dans le style qui lui de la force vitale, était familier, il nous reste à dégager sa pensée des images, dont il s’est plu à l’entourer.

La maladie réside dans la force vitale elle-même; celle-ci est la première atteinte par la cause occasionnelle morbifique. Troublée dans son essence, la vie manifeste ce trouble par une tendance anormale imprimée aux différents organes de l’économie. Voilà l’idée fondamentale que Van Helmont se faisait de la maladie : en un mot, celle-ci n’est pour lui qu’une modalité de la vie. Les lésions fonctionnelles et organiques sont consécutives à l’altération de la force vitale. Ce sont des symptômes, des effets, qui peuvent à la vérité agir à leur tour comme causes morbifiques, mais qui ne constituent pas du tout la maladie.

Quand celle-ci a atteint l’organisme, elle peut limiter ses effets à une partie de ce dernier, ou le transformer dans sa totalité. C’est ce que Van Helmont a exprimé en disant que la maladie peut prendre pour siège toute la force vitale ou seulement une partie de cette force. La partie atteinte subit entièrement l’action de la cause morbifique; elle se transforme complètement, et l’on peut dire que c’est un nouvel organe, en ce sens qu’elle n’agit plus suivant les lois de la physiologie, mais suivant des lois nouvelles, produites par la force vitale troublée.

La force vitale troublée est incapable de présider au fonctionnement normal des organes; elle dévie du plan qui lui est tracé par le Créateur pour les organismes sains, plan que Van Helmont désigne sous le nom d’image séminale. L 'image séminale ne représente donc en dernière analyse, que le processus de la vie à l’état de santé.

Dans l’état de maladie, la vie ne peut suivre celte ligne de conduite ; les

(1) Ort. imag. morb., 2, p. 441 .

(2) Progred. ad morb. cogn ., 5, p. 428.

organes ne peuvent plus fonctionner comme à l’état sain, parce que le principe qui les régit, est incapable de les diriger dans ce sens. Ce principe malade agit alors dans une autre direction, mais toujours suivant un plan fixe, que Yan Ilelmont désigne encore sous le nom d’image, mais ici d 'image morbide ou de nota sigillaris. L'image morbide — pendant de l’image séminale — constitue ici une vue synthétique de l’ensemble des phénomènes morbides. C’est, en d’autres termes, ce que l’on désigne aujourd’hui sous le nom de processus morbide.

En parlant de nota sigillaris , imprimée sur l’archée, Van Helmont ^ '' ^latègre™ant veut dire que la maladie communique à l’économie une tendance à se sPeclficite,ïl0,bldelaisser troubler dans une certaine direction. La nota sigillaris varie chez tous les malades : chez le goutteux c’est la diathèse goutteuse qui répond à cette expression et qui imprime à l’économie une tendance à la combustion imparfaite de l’urée; chez le syphilitique, chez le scrofuleux, etc., la nota sigillaris est toute différente.

En d’autres termes, exposez plusieurs sujets à l’action de la même cause morbifique; elle ne produira pas chez tous la même maladie. La force vitale, déviée de son action normale, déterminera chez tel malade un effet différent de celui quelle produit chez un autre. Chez le goutteux, les manifestations qui succèdent à l’action de celte cause, seront autres que celles qui se produisent sous l’influence de la même cause chez le syphilitique ou chez l’épileptique. — Si nous traduisons celte vérité généralement admise dans le style imagé de Van Helmont, nous dirons que l’archée imprime chez ces malades sur sa substance propre une nota sigillaris différente.

On voit déjà par ce qui précède que du premier pas, Van Helmont introduit de nouveau dans la pathologie l’idée de spécificité morbide, que les Écoles en avaient bannie. Ne voyant dans toute maladie qu’une lésion, elles ne pouvaient pas comprendre la spécificité. Quand elles se trouvaient en présence de ces cas, où manifestement la notion de lésion est insuffisante pour nous rendre compte des faits observés, les médecins humoristes se bornaient, comme dit Van Helmont, à hausser les épaules et à relever les sourcils, en disant que la recherche de ces propriétés occultes est ira-

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possible à l’esprit humain. C’était un moyen facile, mais fort peu scientifique, d’éviter la difficulté. Si du moins, en faisant sur la spécificité cet aveu d’ignorance, — que nous devons du reste répéter au xixc siècle, — ils avaient conservé l’idée de cet élément dans leur pathologie; mais, loin de là : ils reculaient devant cet obstacle clinique qui défiait leurs doctrines, et comme celles-ci leur paraissaient être l’expression de la vérité absolue, ils finissaient par nier ce qu’ils ne parvenaient pas à expliquer par le jeu des éléments et des humeurs du corps.

Le premier effet de la doctrine de Van Helinont fut donc de réintégrer la spécificité morbide dans la place importante qu’elle doit occuper en pathologie générale. La nota sigillaris , qui est l’expression imagée de ce fait, est déjà à ce seul titre une de ses plus heureuses conceptions.

3. L’opinion de Van Helmont ne comprend pas la notion de la maladie à un point de est r'ant ithèsede vue abstrait : il ne la connaît qu’entée sur la vie, comme modalité de cellci/ n’y* a^pa'ifdè ci et comme telle présidant aux fonctions troublées de l’organisme. « C’est n ny a que’dcs » pour cela que l’apoplexie, la lèpre, l’hydropysie ou la démence, en tant » que qualités abstraites, ne sont pas pour moi des maladies; mais en » tant qu’être apoplectique, lépreux, hydropique, etc., qui comprend en » lui le but et les causes mêmes des maladies. » — Quare Apoplexia, Lepra, H y drops vel Amentia, qualenus qualila.tes in abslracto, penes me non sunt morbi : secl qualenus em Apopleclicum , leprosum, maniacum, elc.,scopu?n et causas ipsas morborum in se complectitur (i).

Nous nous arrêterons un moment ici, parce que ces paroles du réformateur de la médecine au xvne siècle, mal comprises et mal interprétées, ont fait peser sur lui une accusation trop grave, pour que nous ne tenions pas à l’en justifier.

On a reproché à Van Helmont d’être onlologisle. Si l’on s’en tient aux termes seuls, si on ne voit pas au delà de la lettre morte, le reproche est fondé; mais il n’a aucune importance, par cela même que le point de départ n’a aucune valeur. Si l’on cherche au contraire à pénétrer le fond même de sa pensée, tel qu’il se trouve formulé dans l’ensemble de ses ouvrages, ce reproche n’est pas mérité. Nul n’eut, plus que Van ITel-

(i) Progr. ad morb. cognit., 5, p.

mont, la conviciion que la maladie n’exisle pas comme un être spécial, vivant d’une vie distincte au sein de l’économie animale. Que l’on parcoure ses divers ouvrages : nulle part il ne traite de la maladie considérée à un point de vue abstrait, comme les onlologistes modernes l’ont fait depuis. II n’avait pas fallu longtemps à cet observateur profond et judicieux des phénomènes naturels, pour arriver à celte conclusion, que la maladie revêt une allure différente chez chaque sujet, et que par suite, à un point de vue abstrait, elle ne répond à rien de réel. Il a cherché la raison de cette variété, et comme la maladie réside dans la vie, c’est là qu’il a dû porter ses recherches. Il n’a pas pu la préciser, parce qu’il ne connaissait pas la nature intime de la vie; mais cette impuissance ne l’a pas conduit à l’étrange conclusion des Écoles, qui ne pouvant pas la comprendre, trouvaient tout simple de nier ou tout au moins de laisser de côté celte variété de manifestations dans la même maladie.

Yan Helmont a eu recours à une image, pour mieux faire saisir sa pensée : dans chaque maladie, dit-il, la force vitale imprime à l’organisme une nota siyillaris spéciale, qui lui donne son caractère propre, — qui ne crée pas la maladie, mais qui transforme un individu sain en un être malade. Voilà l’être morbide, dont parle Yan Helmont et dont on a voulu faire une abstraction purement ontologique. Son ens epilepticum n’est pas un être spécial, développé chez un sujet atteint d’épilepsie, vivant pour ainsi dire à côté de la force vitale et en lutte avec elle. Il ne connaît pas cet être ; car l’admettre, ce serait chercher en dehors de la vie la raison de la maladie : or, toute l’œuvre du médecin flamand s’élève contre cette dernière hypothèse.

Je ne connais ni l’épilepsie, ni la lèpre, ni l’apoplexie, nous ditil; je ne connais que des individus épileptiques, lépreux, apoplectiques. La maladie n’existe que dans la vie , dont elle est une modalité, variant chez chaque sujet. En dernière analyse, en parlant d 'un ens epilepticum, leprosum, etc., Yan Helmont n’a eu d’autre idée en vue que d’exprimer celte vérité, que Broussais devait formuler en d’autres termes deux siècles plus tard : « Il n’y pas de maladies, il n’y a que des malades. »

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