I. CAUSE EFFICIENTE INTERNE
Les Écoles organiciennes avaient toujours négligé de faire la distinction, sur l’importance de laquelle Van Helmont insiste beaucoup; elles ne considéraient qu’une série de causes, les causes occasionelles, celles que l’on doit chercher hors de l’économie. Crediderunt causam morbificam esse exlernam respecta corporis humani, vel sallem intuitu œconomiœ vitalis (2).
Aussi n’avaient-elles aucune idée saine de l’étiologie morbide. Pour elles, la maladie se réduisant toujours à un accident, quel que soit le nom qu’on lui donne : diathèse, intempérie, trouble fonctionnel, etc.; son étiologie se réduit aussi à l’hypothèse d’un duel entre les causes nuisibles externes et nos facultés directrices (5). Comme elles ne connaissaient pas la cause efficiente interne des maladies, elles ne voyaient partout que l’action de causes chimiques et physiques, se manifestant comme telles sur le corps humain. Ainsi la cataracte dans l’œil, le calcul dans la vessie ou ailleurs, etc., étaient autant de causes efficientes morbifiques, immédiates. Pour Van Helmont ce ne sont là que des causes occasionnelles et externes par rapport à la vie. Or, comme c’est dans la vie elle-même, que réside la
(1) Jgn. Hosp. Morbus, 40, p. 394.
(2) Loc. cit., 37, p. 394.
(3) Loc. cit., 40, p. 394.
maladie, l’étiologie des Écoles ne peut pas nous fournir la connaissance de la véritable cause efficiente; ce qu’elles considèrent comme telle, ne fait pas même partie de la matière de la maladie; ce n’en est que la cause occasionnelle : permanet itaque concilatrix et occasionalis causa morborum (1).
Cette considération est importante au point de vue de la doctrine; car elle seule npus permet de nous bien rendre compte de la production de la maladie. Nous avons vu plus haut que celle-ci n’est qu’une modalité de la force vitale : elle doit dès lors renfermer en elle-même sa cause efficiente; celle-ci ne se conçoit qu’intimement unie à la vie.
Il s’en suit que les maladies diffèrent des autres êtres de la création, en ce que, contrairement à ceux-ci, elles n’ont pas une existence propre; elles n’existent pas en dehors de nous; car pas plus que leurs causes, on ne les conçoit hors de la vie. Distincti altamen ( morbi ) semper à creatis reliquis in hoc , quod primœ conslitutionis creata habeant in se propriam exsislenliam : morbi verô nec esse, nec subsistere queant, extra nos (2).
Les Écoles n’ont pu admettre cela ; car elles ne comprenaient pas l’union de la cause efficiente et de l’effet produit ; elles ne songeaient pas que bien souvent la cause et l’effet sont unis dans la nature, quoique séparés dans nos traités, et que leur considération isolée dans nos livres n’a d’autre raison d’être que la facilité de l’étude, sans indiquer autre chose qu’une division purement mentale.
En appliquant ses idées étiologiques à la pratique, Van Helmont en arrive à exclure de la catégorie des maladies proprement dites toute une série d’états morbides, qui n’ont rien de commun avec la médecine. Ainsi l’abstention alimentaire, quoique entraînant la mort en peu de jours à l’instar des maladies aiguës, n’est pas cependant une maladie : car elle n’est pas due à l’existence de véritables causes morbides : Est nempe Archeus , tam in famé quàm in saluritàte, nedum morbi, sed ipsiusmet sanitalis causa (3). L’archée n’est pas malade dans la mort par inanition : Archeus nullatenus est morbosus in famé (4).
(1) Ignot. Ilosp. Morbus, 64, p. 598.
(2) Loc. cit., 47, p. 395.
(3) Loc. cit., 51, p. 396.
(4) Ibid.
Van Helmont a eu le grand mérite d’insister fortement sur la différence radicale qui existe entre les deux catégories de causes efficiente interne et occasionnelle. Selon lui, la véritable origine de la maladie réside dans l’impression, déterminée sur la force vitale par une cause nuisible. A un certain point de vue, celle-ci peut encore être considérée comme la cause première, mais à condition que l’on y mette cette réserve, qu’elle ne peut pas troubler directement des fonctions qui ont pour caractère distinctif de n’obéir qu’aux ordres de la force vitale. Or, la cause occasionnelle est toujours étrangère à la vie, et ne peut agir, à part les cas de traumatisme, qui ne sont pas des maladies, que consécutivement à l’impression occasionnée à l’archée.
Cette impression a pour résultat, dit Van Helmont, d’exciter l’archée à diverses manifestations désordonnées; sous l’influence de ces troubles, il se produit une idée morbide qui s’imprime sur l’archée (i). Le produit composé de celui-ci et de l’idée séminale est la véritable maladie séminale. Isludque compositum ex materia Archei et prœfala Idea seminali, tanquam efficiente initio, est verè Morbns omnis seminalis {2).
La maladie n’existe donc que quand la cause occasionnelle a agi sur l’archée et y a suscité la cause efficiente morbide. Celle-ci doit pénétrer la vie, elle doit y résider; car elle constitue la maladie, qui cesse par la mort : Usque adeo et illud in morbis seminalibus perpetuum est, quod morbus, ut nunquam est in cadavere : ita non potest non esse in vivo (s).
Nous voilà bien loin, comme on le voit, de l’action physique ou chimique de l’agent nuisible, considérée comme cause efficiente morbide. Celle-ci est, en effet, vitale de sa nature. F ilœ symbolum conlinere est p r or sus necessarium (4).