VOYAGES
Yan Helmont commença dès la fin du xvic siècle à se livrer à la pratique de la médecine, comme il nous l’apprend lui-même dans le passage suivant de son Traité des fièvres : Circa finem elapsi seculi, inceperam per stagma sulfuris et vilrioli mederi : dicebam etiam, quœnam essent in sueta ilia ignolaque remédia . Primùm enim, medentes chirothecam suam prœfatis remediis ostendebant corrosam ac resolutam, ut œgros terrerent, ne suits slomachus idem tolerarel; at ciirn poslmodùm, non obslante medenlum detreclalionis fuco, cernerent a me sanatos, bene valere, à servis fugitivis meis jusserunl distillari quœdam, quœ vide rant ac didicerant (1).
Déjà à cette époque, comme on vient de le voir par ces lignes, Van Helmont était en butte à l’animosité de ses confrères. Et cependant il n’avait encore publié aucun des ouvrages, où il attaqua si victorieusement par la suite les opinions médicales universellement admises à cette époque.
Toutes les questions qu’il devait développer plus tard dans ses œuvres, le préoccupaient déjà; et si son inexpérience personnelle ne lui permettait pas encore de substituer des idées plus justes à celles qui avaient cours dans la science, il avait cependant déjà travaillé assez pour se convaincre que la médecine était engagée dans une impasse, d’où on ne pourrait la retirer que par un changement radical dans les principes de la pathologie générale.
Parmi les questions les plus importantes, celle de la formation des calculs dans la vessie le préoccupait surtout. A cette époque on attribuait la formation des calculs vésicaux à l’influence de la chaleur sur l’urine. Van
0) De febr., XVII, 13, p. 787.
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IS
Helmont ne tarda pas à se convaincre de l’inanité de celle théorie, et il déplora amèrement les tristes effets que devait exercer sur les malades l’application d’idées aussi fausses.
Il en était de toutes les questions médicales, comme de celle de la lithiase. L’ignorance était générale, mais peu de médecins osaient l’avouer.
Yan Helmont scruta à fond la question ; il ne se contenta pas de vains mots dans l’explication des phénomènes naturels; il reconnut franchement son ignorance : Tùm enim serià cognovi , me nil scire , qui ex nil scientibus mea didiceram (1).
Nous croyons devoir placer ici un épisode de la vie de Yan Helmont, Donchirur^e? de que la plupart de ses biographes rapportent cependant à une époque bien antérieure. Nous voulons parler du cours de chirurgie, qu’il fut appelé à donner au Collège des médecins de Louvain (2). Les professeurs Thomas Fyenus, Gérard de Yilleers et Stornius, prévenus en sa faveur par l’ardeur avec laquelle il se livrait au travail, lui confièrent le soin de donner ces leçons. Au point de vue purement scientifique, Yan Helmont était à coup sûr capable de les donner; il avait lu un nombre immense d’ouvrages médicaux, en recueillant en notes les passages les plus importants : aussi avait-il le droit de dire que pauci me superarenl diligenliâ, plerique aulem judicio (3). Nous n’entendons cependant lui laisser ce droit que pour la première partie de sa proposition. Il étudia encore un très-grand nombre d’auteurs, parmi lesquels il nous cite Holerius, Tagautius et toute l’École arabe.
Si ses connaissances théoriques le mettaient à même de donner de l’intérêt à ses leçons, il n’en était plus ainsi quand il s’agissait de la pratique chirurgicale. Il donna le cours à la vérité, mais il fut bientôt stupéfait de sa propre témérité et de son étourderie de vouloir, d’après la lecture des livres, enseigner une branche que l’on ne peut arriver à connaître que par
(1) De LM., II, 12, p. 6G6.
(2) Dans son traité Tutnulus Pestis, p. 853, Van Helmont dit qu’il fut chargé de ce cours a l’âge de 17 ans; mais il doit y avoir là une faute d’impression ; car en 1594, à l’âge de 17 ans, il n’avait encore terminé que ses études philosophiques ( Stud . aut/ior., 1, p. 14).
(3) Tum. Pest., p. 833.
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Histoire de la gale dont
il fut atteint.
une longue expérience, une observation attentive et un jugement sain. Aussi ne peut-il pas comprendre qu’il ait eu ses professeurs pour auditeurs. Il ne tarda pas à s’apercevoir que les faits étaient en opposition avec la doctrine des Écoles, qu’on lui demandait d’enseigner (1).
Il renonça donc à ce cours, et fatigué de ne rencontrer dans tous les ouvrages qu’ignorance et présomption, il jeta de côté les livres qu’il avait tant aimés : libros abjeci, ac ducentos forte aureos in libris , dono transtuli in studiosos (ntinam combussisseni) umnino mecurn resolutus, professionem tam ignaram deserere, si non doli quoque plenam (2).
Autant il avait été avide de lectures jusqu’à ce jour, dans l’espoir d’y puiser de nouvelles connaissances, autant il les dédaigna plus lard, découragé de n’avoir trouvé dans tous les livres que la répétition des mêmes erreurs. Deserui itaque confestim omnes omnium libros, acrihologias , atque inanes Scholarum pollicilaliones (3).
Dans l’espoir de rencontrer dans d’autres pays des notions scientifiques plus certaines, il se décida à entreprendre des voyages à l’étranger. C’est vers l’an 1600 que Yan Helmont partit, en compagnie de quelques amis, pour aller voyager dans les Alpes, la Suisse et l’Italie.
Il revint dans sa patrie en 1602, et l’impression qu’il garda de cette première excursion ne fut guère favorable aux pays qu’il visita, car il ne rencontra partout que ces mêmes erreurs, qu’il cherchait à fuir en quittant le sol natal : Peregrinas aliquol Ncitiones perlustravi, et apud omnes. eandem pœn 'e ignaviam et ignorantiam inveni. Quœ autem erant curiosiores sciendi , etiam propositi lenaciores , et prœsumtione circumspectiores , quidem inveni : sed œquè, imo ampliùs , ignaras reliquis (4).
Au retour de ce premier voyage et pendant le séjour qu’il fit alors en Belgique, il lui arriva un accident qui ne fit qu’accroître le dédain que, depuis longtemps déjà, il professait pour les doctrines de Galien. Il contracta la gale, affection dont les docteurs des Écoles ne parvinrent pas à
(1) Tum. Pest , p. 833.
(2) De Lit/i., II, 12, p. 666.
(3) Promiss. Auth., col. III, 3, p. II.
(4) Promiss. Auth ., col. III, 6, p. 11.
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le débarrasser. Mais laissons lui le soin de décrire le traitement que l’on institua pour le guérir; comme le dit Littré, cette narration aurait pu fournir une scène à Molière (1).
« Étant allé faire une visite à une jeune demoiselle, qui souffrait d’une gale occulte et sèche, je mis ses gants et serrai sa main pendant quelques instants. Par ce seul contact peu prolongé, je fus bientôt atteint, non pas de gale sèche, mais de la gale sanieuse. Dans la suite j’ai eu souvent l’occasion d’observer que le mouchoir des galeux détermine la production de squammes et de teignes. C’est, du reste, un proverbe rapporté dans les Incorrigibles : « Un seul mouton peut donner la gale à tout un troupeau. » Les Écoles attribuent tous ces cas, sans distinction, à une chaleur intempestive du foie. Comme si le contact de la peau d’une seule brebis suffisait pour troubler le foie de toutes les autres brebis. Cette réflexion fut pour moi le premier rayon de lumière dans le chaos de l’école.
« J’appelai deux fameux médecins de notre ville, heureux d'éprouver bientôt sur moi-même si la pratique répondait à la théorie. Ceux-ci, en voyant cette gale purulente, pensèrent aussitôt qu’il y avait abondance de bile brûlée avec une pituite salée, et que l’hématose était troublée dans le foie. Cette réponse me satisfit beaucoup, en me montrant confirmés, par deux praticiens expérimentés, les axiomes des auteurs, axiomes que je croyais aussHrrais que ceux des mathématiques, pensant qu’ils étaient ce qu’ils devaient être. Mais une curiosité, qui m’était naturelle, me fit aussitôt demander quelle était cette intempérie du foie, qui du même coup enflammait la bile jaune et produisait un excès de pituite : car, dans le même temps, il ne pouvait se former deux produits aussi différents, une pituite froide et une bile ardente. Ces savants hésitèrent longtemps, en fronçant le sourcil, et, après s’être longtemps regardés avec stupéfaction, le plus jeune répondit que la même intempérie du foie échauffé donnait, non une vraie pituite, mais une pituite salée, et que la nature du sel est chaude et sèche.
« Je demandai alors si le sel de l’urine était dû aussi à un vice du foie et à un excès de chaleur, et j’objectai que le jus des viandes non salées n’était pas salé du tout, malgré l’ébullition.
(i) J. hebd. de mèd t. VI, p. 514.
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« Le plus vieux me répondit : « Ce sont des choses qu’il faut proposer dans les Écoles et non à des praticiens dont les heures sont comptées. » Il me demanda aussitôt quels auteurs j’avais étudié, et ce que, d’après mes études, je croyais convenable de faire dans ce cas. Je répondis que pour rafraîchir le foie et le sang, il fallait ouvrir la veine du bras droit audessous de la céphalique, puis procéder par des apozêmes réfrigérants, à cause de la bile ardente, de telle sorte cependant qu’on mêlât les incisifs et les atténuants modérés, à cause de la salure de la pituite. Je leur montrai dans Rondelet un apozêine qui contenait environ cinquante ingrédients, et qui promettait de remplir ces deux indications. Ils admirent cet avis.
« En effet, après une abondante saignée, faite dans toute la force de la jeunesse et de la santé, à part la gale, je pris pendant trois jours l’apozême de Rondelet ; le quatrième et le cinquième, j’y ajoutai de la rhubarbe et de l’agaric, si bien que l’économie commença à obéir à Rappel du remède et que les deux humeurs peccantes furent mises en mouvement. Mes médecins approuvèrent tout, et me louèrent d’être docile et aussi avide d’instruction. Le soir du cinquième jour, je pris des pilules de fumarja, sur la foi de Cordus. Le sixième jour, j’eus au moins quinze selles. On me félicita beaucoup d’avoir si bien préparé les voies.
« Deux jours après, la gale n’ayant rien perdu de sa violence, je recommençai le même traitement. Les médecins disaient que l’âge de 17 ans est propice à la génération de la bile; et voyant que les pustules et la démangeaison ne diminuaient pas, ils prescrivirent, deux jours après, un troisième purgatif. Mais le soir j’étais épuisé, mes joues s’affaissaient; ma voix était rauque, ma maigreur extrême ; la descente du lit et la marche m’étaient difficiles, parce que les genoux me soutenaient à peine (1). »
Nous avons rapporté cette observation tout au long, parce qu’elle fait connaître sous une forme résumée les principes généraux qui guidaient alors les praticiens dans l’exercice de la médecine. Qu’on veuille bien se reporter par l’esprit à une époque où de pareilles idées étaient universelle-
(i) Scabies et U/c. Sc/i ., 2, 5, 4 et 5, p. 255. Nous ven ons plus loin que les frictions sulfureuses que Van Helmont eut l’idée de substituer à ce traitement des Ecoles, parvinrent à le débarrasser assez vite de cette atteinte de gale.
BIOGRAPHIE DE J. B. VAN HELMONT
ment admises, et nul ne cherchera plus à contester les titres que Van Helmont s’est acquis à la reconnaissance de la postérité, en faisant tous ses efforts pour renverser cette doctrine.
Cet accident ne fit qu’accroître la haine que Van Helmont nourrissait depuis longtemps contre les doctrines de Galien. Désespéré de ne pas encore avoir pu trouver dans la médecine un terrain solide, qui pût lui servir de base d’opération, il regretta amèrement d’avoir consacré tant d’années et tant de travail à cette carrière; il le regretta d’autant plus qu’issu de la noblesse, il était le premier membre de sa famille qui se fût livré à l’étude de la médecine, et cela contre la volonté de sa mère et de ses parents paternels (1).
Le cœur triste et découragé, il eut un moment l’intention de laisser là Deuxième voyage, la carrière médicale et de quitter à jamais sa patrie, dans l’espoir que dans le cours de ses voyages il pourrait, avec l’aide de Dieu, rencontrer l’occasion d’embrasser une profession utile. luvenis ego , rebus cunclis prorsus inulilis, homo non frugi et qui se perperam studiis applicueral , Deo me commendavi, cum intenlione proficiscendi peregrè, medicinam dese rendi, atque in patriam redeundi nunquam... Ad exleros itaque incertus per go, suh spe , quàd Dominus cursum meum clemenler diriger et ad finem sui beneplaciti (2).
Il abandonna par un don entre vifs tous ses biens à sa sœur, qui était veuve, et il quitta la Belgique, fermement décidé à n’y plus rentrer. —
Quapropter stalim hœredilatem meam viduœ sorori inscripsi et dono inter vivos transtuli (0).
Il se rendit successivement en Espagne, en France et en Angleterre (4).
(1) Tum. Pestis., p. 834.
(2) Tum. Pestis, p. 834.
(3) Tum. Pestis , p. 834.
(4) Nous avons trouvé dans un ouvrage publié à Bruxelles au commencement de ce siècle quelques détails sur la vie de Van Helmont, que nous rapportons ici à titre de renseignements, sans garantir en rien l’exactitude de ces affirmations. C’est à l'Essai philosophique et critique sur la vie et les ouvrages de J. B. Van Helmont , de Bruxelles , l'un des plus grands hommes du xvi° siècle, par le colonel u’Elmotte, que nous empruntons les lignes suivantes :
« Van Helmont visita les mines d’Allemagne, s’avança vers la Russie, toucha les frontières de la » Tartaric : apprenait-il qu’un homme possédait quelque secret, de quelque état qu'il fût, en quelque » coin de la terre qu’il fut relégué, il l’interrogeait : Un homme, disait-il souvent, qui veut lire dans
BIOGRAPHIE DE J. B. YAN HELMONT
Nous n’avons pas de renseignements précis sur ces divers voyages; tout ce que nous savons, c’est qu’en Angleterre il fut reçu par la plus grande noblesse; nous le Voyons même admis pai la reine d’Angleterre et les princesses de ce pays, aux grandes fêles qui se célébraient à Whitehall. Contigit semel, quod cum Heroinis, dynaslarum uxoribus, adeôque et cum
» le livre (le la nalure, ne doit point toujours avoir les yeux fixés sur le même feuillet. Il parcourut » l’Autriche, la Bavière, l’Alsace, la France, la Suisse, l’Italie, l’Espagne, et termina ses courses par » la Hollande.
» Avant de quitter Bruxelles, il fit ses adieux au père Aiguillon. Ce savant religieux cultivait paisi- » blement les sciences dans sa modeste cellule; entièrement livré aux mathématiques, bornant tous » ses plaisirs à cette étude sérieuse, il n’avait point d’autre distraction, il vécut dans un temps où » son mérite fut peu apprécié ; mais du moins il ne souffrit aucune persécution : on le regardait dans )> son couvent comme un fou, mais un fou qui n’était point dangereux, puisqu’il ne parlait qu’à ses » livres. Van Helmont seul avait le droit de le faire causer; ils avaient toujours quelque chose à » s’apprendre; qui croirait que cet homme simple, que ses confrères regardaient avec pitié, a publié » un traité il 'Optique^ qui fut très-utile à Newton? Je dirai même que Newton n’a fait souvent que » le copier.
» Je ne parlerai point des voyages de Van Helmont dans le Nord; il n’a laissé aucun détail sur cet » objet. Pendant son séjour en France, il vit avec surprise qu’à la suite d’une guerre civile longue » et meurtrière, Henri IV était parvenu à payer ses dettes, à diminuer le fardeau des tailles, à faire » fleurir le commerce et l’industrie, à maintenir la paix entre les deux religions ennemies, entre les » ligueurs et les royalistes, et tout cela avec deux mots : Union , oubli; mais deux mots qui étaient » plus dans son cœur que sur ses lèvres; il ne les accompagnait ni de proscription ni de cours pré- » vôlales. Van Helmont voulut voir Paré et Palissy,qui venaient de recevoir des Français, l’un le titre » de restaurateur de la chirurgie, l’autre celui de restaurateur de l’agriculture. Paré avait rendu » toute sa dignité à l’art de guérir : avant lui, des barbiers et des femmes faisaient la chirurgie ; et » Palissy fut le premier qui donna à Paris un cours public d’agriculture; il avait enrichi l’économie » champêtre de ses découvertes en chimie. A Venise, Van Helmont apprit, de Magoti, la pratique » salutaire du rare pansement des plaies ; à Padoue, il eut le bonheur de s’entretenir avec Fabricius, » médecin respectable, dont la vie laborieuse fut couronnée par une vieillesse fortunée : il vécut au » delà d’un siècle; à sa fêle séculaire, la ville se plut à célébrer avec un grand éclat cette faveur que » la nature ne prodigue point. Un nombre incalculable de ses petits-enfants l’accompagnaient à celte » solennité, et en faisaient l’ornement, il mourut d’une mort douce et insensible; il fut escorté au » tombeau par tous les citoyens, dont les larmes attestaient ses vertus. Il vil dans la même ville h Spigelius, né comme lui à Bruxelles; le Sénat de Venise l’avait honoré du litre de chevalier de » Saint-Marc, pour le récompenser des services par lui rendus à la République, comme savant et » comme médecin. On admirait son ouvrage sur la structure du corps humain. La République en fit » faire le dépôt dans ses archives. De l’Italie, Van Helmont passa en Suisse; il y trouva un grand » nombre de ses concitoyens, chassés de leur pays par les troubles civils; ils vivaient tranquilles, » au milieu d’un peuple simple et hospitalier, qui depuis a étonné et affligé l’Europe par sa dureté » envers de malheureux proscrits. Il ne fil pas un long séjour en Espagne; tout, dans ce pays, pré- » sentait un aspect sinistre. La plus révoltante bigoterie recélait sous son manteau des poignards et » l’attirail de la vengeance : la dévotion la plus fervente marchait à côté des passions libertines et
BIOGRAPHIE DE J. B. VAN HELMONT
Regina ipsa, à iertia posl meridiem , usque in lerliam posl tnediam noctem Londini in aula Wilhal conversarer (1).
N’ayant pu trouver dans les pays étrangers des notions plus sûres sur la Sg“]rgei^’uuel science médicale que celles qui avaient cours en Belgique, il se décida à rentrer dans sa patrie dans l’automne de 1605, pour s’y livrer à la pratique de la médecine. Rien ne pouvait plus désormais l’arrêter : il avait reconnu que sa vocation l’appelait sur le terrain de la médecine pratique.
Quô magis Medicinam detes tarer, an velut imposluram procul à me abjicerem> eà nempe major me invasit medendi occasio (2).
» honteuses. Cachée, enchaînée par la superstition, la religion n’osait ni remuer ni se montrer : cette » fille du Ciel était l’esclave de sa plus redoutable ennemie. L’inquisition alors préparait au souve- » rain une fête d’un grand éclat; elle se disposait à brûler solennellement les disciples de la Carmé- » lite Catherine de Jésus : ces bonnes gens, sous le nom d 'Jlambrados, croyaient, par le moyen de » l’oraison, arriver à la perfection et à la vie suréminente.
» Il trouva ces mêmes folies accréditées en Allemagne par la Bourignon; elle prêchait comme » sainte Thérèse, comme la Guyon et la Kreuhner, que l’illumination passive, le silence sacré de » l’âme, la suspension des sens, conduisaient à une telle union avec Dieu, que toutes les actions des « hommes en étaient déifiées.
» Van Helmont, en Bavière, fut admis dans la Société des Roses-Croix, espèce de réunion d’illumi- » nés, qui se croyaient éclairés d’en haut. Les initiés avaient une langue et des signes qui leur étaient » propres : ils travaillaient à la réformation des mœurs et des sciences, ils possédaient, selon leur » opinion, des connaissances universelles ; ils pouvaient connaître le passé et l’avenir. Les merveilles » qu’on disait d’eux leur attachaient beaucoup de sectateurs : leur Société, répandue en Europe, a » fini comme toutes les sectes : elle s’est éteinte. Quelques Roses-Croix, dispersés ça et là, se sont » réunis aux enfants de la veuve; ils ont donné leur nom à un grade supérieur de la maçonnerie,
» qui transmet le droit à celui qui en est revêtu d’initier un profane, sans l’intervention des loges » régulières.
» En passant à Liège, Van Helmont fut appelé par l’Évêque, qu’une maladie grave retenait au lit; » contre tout espoir, il le tira d’affaire. Notre philosophe profita de la trêve conclue entre les Pro- » vinces-Unies et l’Espagne pour se rendre en Hollande : le soleil vivifiant de la liberté y faisait » éclore des hommes de génie dans tous les genres. Je ne parlerai ici ni de Catz, ni de Vondel, ni » d’Antonides : leur gloire est aussi durable que celle de Sophocle, de Schiller et de Shakspearc » (page 27).
» Enfin, après dix ans d’absence, Van Helmont revint dans sa patrie (p. 52). »
M. Henri Masson a reproduit ces détails, presque dans les mêmes termes, dans une notice biographique sur Van Helmont, qu’il publia en 1857, dans la Revue trimestrielle (t. XVII); mais il n’indique pas plus que d’Elmolte, la source où il les a puisés.
(Note ajoutée pendant V impression.)
(0 lie lit/iiasi , II, 15, p. 667.
(2) Ttim. Pestis, p. 854.
Son séjour à Anvers.
Dévouement
de
22 BIOGRAPHIE DE J. B. VAN HELMONT
En débarquant à Anvers, au retour de ses voyages, Yan Helmont apprit qu’il y régnait une épidémie de fièvres malignes, dans le cours desquelles se produisait une hydropisie, le plus souvent mortelle. Il n’hésita pas un moment sur la conduite qu’il devait tenir : il s’arrêta à Anvers et y donna ses soins aux malades, en y mettant tout le dévouement sans lequel il ne comprend pas la profession médicale. Il eut le bonheur de sauver un grand nombre de ces malheureux ; mais déjà alors il s’attira l’animosité de ses confrères, en combattant comme funeste le traitement qu’ils instituaient dans ces cas (1).