‹ Etudes sur J. B. Van HelmontChapitre 5 sur 116 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

Van Helmont se rendit ensuite à Bruxelles, et à partir de ce moment jusqu’à la fin de sa carrière il mena une vie admirable de dévouement à l’humanité souffrante. Aucune distraction, aucun plaisir ne put l’arracher à ses occupations. Elenim nec Venus, nec symposia , vet unicam mihi horam suhlrahehant : sed labor conlinuus et vigilia , fures mei lemporis (2). La prison de l’Inquisition vint seule, comme nous le verrons bientôt, interrompre cette suite de travaux.

Il avait embrassé la carrière médicale et il la pratiquait par esprit de charité. A chaque page de ses œuvres il s’élève contre les médecins, qui pluris faciunl visitalionum numerum , quàm sanalionis gloriam, quœ in hene fecisse iota se sepelil (5). Sa vie entière est, du reste, la confirmation de son opinion : Nec inviso œgros,?iec medeor spe lucri.... Libenter vivo latens , à solis pauperibus solicilalus (4).

Ses malades de prédilection étaient les pauvres et les prisonniers; pour eux il était toujours abordable : Quondam ante obilum suum , pauperibus charilale gratis ministratum ibat, mulla misericordiœ opéra in Noso-

(1; Ignot. Hydrups., 11, p. 408.

(2) Tum. Pestts, p. 834.

(3) Defebr ., XV, 3, p. 777.

(4) De Lithiasi, VII, 3, p. 094.

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comiis et Carceribus operabatur, dit son fils dans la préface qu’il a composée pour les œuvres de Van Helmont. Son dévouement pour les pauvres était si grand qu’il lui arriva souvent de refuser d’aller voir de riches personnages, dans la crainte de devoir négliger pour eux ses malades indigents : Contigil enim, quôd Consul, aut Vir palriiius, meâ quan dôque operâ libenter usurus, eam denegaverim prœsenlialiter exhihere, nolens desere plures pauperiores ; ne censerer plures , propler unum, neglexisse (1).

Il refusa les fonctions honorifiques que plusieurs souverains de l’Europe vinrent lui offrir. L’Électeur de Cologne, Ernest de Bavière, l’appela en vain auprès de lui, pour être son médecin. L’empereur Rodolphe II, et plus lard ses successeurs, Mathias et Ferdinand II, ne furent pas plus heureux; ils ne purent le décider à venir se fixer à Vienne, malgré les grands avantages et les honneurs qu’ils voulaient lui accorder (2). Van Helmont refusa toutes ces positions, afin de pouvoir s’adonner tout entier à l’étude de la médecine et au soulagement des pauvres souffrants.

En 1609, Van Helmont épousa une riche héritière, Marguerite Van v^ Ranst, fille de Charles Van Ranst et d’Élisabeth de Halmale. Il s’allia ainsi à une des familles les plus puissantes du pays, la famille de Mérode. Marguerite Van Ranst avait eu pour aïeule maternelle une demoiselle de Mérode.

Tout ce que Van Helmont nous apprend dans ses œuvres au sujet de sa vie privée, nous prouve qu’il fut heureux dans le choix qu’il avait fait; sa femme lui témoigna toujours le plus tendre attachement ; elle soutint son courage dans toutes les épreuves qu’il eut à supporter, et plus tard quand les intrigues des humoristes, ses confrères, lui suscitèrent toutes sortes de difficultés, nous la retrouvons toujours admirable de dévouement aux côtés de son mari.

Peu de temps après il se retira à Vilvorde afin de pouvoir se livrer tout entier aux travaux qu’il affectionnait. Il y passa sept ans de sa vie dans la retraite la plus absolue, ne voyant du monde que les malades indigents, et

(1) Tum. Pestis, p. 83b.

(2) Tum. Pestis, p. 833.

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Ses recherches chimiques.

complètement absorbé par ses travaux scientifiques. Uxorem piatn atque nobilem mihi dédit (Deus),cum qua Vilvordiam me subduxi,per septennium Pyrotechnies me immolavi,ac pauperum calamitalibus snbveni(i).

Toutes les branches qui se rapportent à la pratique de la médecine ont été étudiées et approfondies par Van Helmont ; mais parmi toutes ces branches il eut toujours une grande prédilection pour les recherches chimiques, et il se plaisait à prendre un titre, qui rappelait cette catégorie de ses travaux : Philosophus per ignem. Notre tâche ici n’est pas de le juger comme chimiste, mais nous devons constater cependant que comme tel il occupe une des places les plus distinguées dans l’histoire de cette science. C’est à Van Helmont que l’on doit remonter pour trouver les premiers éléments de la chimie rationnelle. Ses travaux scientifiques ne furent pas, du reste, purement spéculatifs, car ils lui firent découvrir un grand nombre de remèdes, au moyen desquels il guérissait, dit-il, chaque année des myriades de malades. Parmi ces remèdes nous citerons ici l’huile de soufre per Campanam, d’abord appelée esprit de soufre ; un laudanum analogue à celui de Paracelse; l’esprit de corne de cerf; un sel volatil huileux; l’esprit de sang humain; la liqueur des cailloux (solution de silice dans un excès d’alcali); l’offa Helmontii, mélange d’esprit d’urine et d’esprit de vin (alcool ammoniacal).

Les médecins de son siècle ne lui pardonnaient pas ses travaux chimiques; il n’en pouvait être autrement, puisque l’analyse chimique venait à chaque instant renverser leurs doctrines. Van Helmont n’en persista pas moins dans sa ligne de conduite. Il comprit admirablement bien que, à l’époque où il vivait, ce qui manquait surtout à la science, c’étaient des points de départ certains. Les hypothèses abondaient sur toutes les parties de la médecine, mais les faits avérés faisaient complètement défaut.

Or, il n’y avait qu’un moyen de remédier à ce déplorable état de choses : c’était d’engager la science dans une voie d’observation, dégagée de tout esprit systématique. Il fallait laisser là les livres des Écoles et aller puiser son instruction dans les phénomènes naturels eux-mêmes : Abdicavi omnes libros, et sensi me per ignem plus proficere in conceplibus orcindo

(1) Tum. Pestis, p. 835.

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acquisitis, quàm libris quibuslibet, cantum setnper eundem cuculi canentibus (î).

L’observation clinique et la physiologie pour les tissus vivants ; l’anatomie pathologique et la chimie pour les tissusmorts; telles étaientles arme&dont Van Helmont crut devoir se servir, pour arriver non-seulement à renverser l’ancienne école humorale, mais à édifier une nouvelle doctrine, prenant pour point de départ le tissu vivant, dont les transformations successives ne peuvent être connues qu’au moyen de la clinique, de la physiologie, de l’anatomie pathologique et de la chimie. L’ardeur avec laquelle il se livrait à ses travaux chimiques n’était arrêtée par aucun obstacle. Les recherches les plus dégoûtantes ne le faisaient pas reculer, quand il croyait voir dans ces recherches un moyen d’acquérir de nouvelles connaissances. C’est ee que prouve un passage de son traité Schol. Humor. Pass. Dec., ch. V, 11.

Les dangers ne parvenaient pas davantage à modérer son zèle; souvent dans le cours de ses travaux, exposé à l’action de gaz toxiques, il éprouvait des vertiges qui l’obligeaient de suspendre son travail. En 1643^ à l’âge de 65 ans, nous le trouvons encore dans son laboratoire de chimie ; mais cette fois il faillit y rester, et si le hasard n’avait pas amené sa petite fdle dans son cabinet de travail, il n’aurait pas survécu ; il avait fait apporter un réchaud, et le renouvellement de l’air ne se faisant pas suffisamment, Van Helmont ressentit tous les phénomènes de l’empoisonnement par l’oxyde de carbone. Des soins empressés et un traitement énergique parvinrent à le remettre sur pied, mais il éprouva pendant longtemps encore des vertiges et un malaise général, suites de cet empoisonnement (2).

Cependant son amour pour les recherches chimiques l’emportait sur tout, et il finissait toujours, malgré le danger de ses travaux, par répéter :

Laudo benignum mihi Deum , qui me in Pyrotechniam vocavit, extra aliarum professionum fœcem (3).

Comme il nous l’apprend lui-même dans son Orlus medicinœ.W se livra Ses recherches

rr 7 anatomo-

dès sa jeunesse avec la plus grande ardeur aux travaux de dissection, et il Pathol°g'>es-

(1) Tum. Festis , p. 834.

(2) Jus Duumvirat, 19, p. 242.

(3) Pharmacop . ac Dispensât. Modem., 32, p. 371.

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continua pendant toute sa vie à examiner les cadavres de ceux qu’il avait traités, dans l’espoir d’y trouver les éléments de nouvelles connaissances, qui lui permettraient d’approcher la vérité scientifique de plus près. Nouçri de la lecture de Yésale, dont il fait le plus brillant éloge dans différents passages de ses œuvres, Van Helmont insiste beaucoup sur la nécessité pour tout médecin de connaître à fond l’anatomie, non l’anatomie de Galien, inspirée par des dissections faites sur des animaux, mais l’anatomie humaine, telle que Vésale l’enseigna vers le milieu du xvi° siècle.

L’anatomie pathologique lui paraissait un des meilleurs moyens d’instruction pour le médecin (1) ; et il ajoutait que si la médecine n’a pas fait de progrès par l’étude de l’anatomie, c’est à l’esprit systématique des écoles qu’il faut l’attribuer (2).

Van Helmont ne laissait échapper aucune occasion de s’instruire ; on en trouve la preuve dans le soin qu’il mettait à étudier ses propres maladies. Nous en avons déjà donné un exemple plus haut à l’occasion de la gale, dont il fut atteint; nous en trouvons encore beaucoup, parmi lesquels nous citerons la description d’une pleuropneumonie assez violente, dont il fut atteint en 1640 (3).

Doué d’une imagination ardente et inquiète, il ne se contenta pas des moyens naturels d’investigation. Toute sa vie, il attacha une très-grande importance aux rêves, et il suffit de parcourir ses œuvres pour en avoir la preuve. Son esprit inquiet le tourmentait jusque dans son sommeil, et les visions exercèrent sur lui une très-grande influence. C’est à la suite d’un rêve, qu’il se décida à embrasser la carrière médicale; c’est à la suite d’un rêve aussi, qu’il renonça à son funeste projet de jeter son Orlus medicinœ au feu. Il y a plus : c’est en rêve qu’il construisit toute sa doctrine thérapeutique , comme il le dit lui-même dans son Pharmacop. et Dispens. Modem. Nous ne citons cette particularité de sa vie, que pour mieux faire connaître le caralère de Van Helmont.

Il avait une foi sincère et profonde dans l’Église catholique; aussi com-

(1) Ignot. Ihjdrop. 10, p. 408.

(2) Ignot. JIosp. Ifforb., 90, p. 401.

(3) Pleura furens, 3S, p. 322.

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prend-on difficilement les poursuites auxquelles il fut en butte plus tard de la part des autorités ecclésiastiques. Il reportait le mérite de toutes ses œuvres à Dieu, source de tout bien; et la dédicace qu’il fit à Jéhovah de son Orlus medicinœ, n’est qu’une des nombreuses manifestations de sa foi religieuse.

A chaque page de ses écrits, on trouve des extraits des livres saints; il trouve même un certain charme à démontrer l’accord de ses doctrines avec les opinions exprimées dans les Évangiles et par les pères de l’Église; car il voit dans cet accord une nouvelle preuve de l’exactitude de ses opinions. Les doctrines de Galien et de ses disciples sont des doctrines païennes, dit-il, et qui comme telles, doivent être rejetées par les catholiques.

Après six années d’un travail obstiné dans sa retraite de Vilvorde, Van Helmont publia en 1615, à Leyde, son premier ouvrage, intitulé : Dagheraad ofle nieuwe opkomst der Geneeskonst, in ve?'borgen grondregulen der nature , in-4°. Il y exposa ses doctrines générales de physiologie et de pathologie, et s’attira la haine de tous ses confrères par les attaques violentes qu’il dirigea contre tous les galénistes. Les discussions de cette époque nous offrent un triste exemple des excès auxquels se laissent parfois emporter les esprits les plus éminents dans la défense de leur opinion. On ne saurait pas imaginer de termes plus grossiers, que ceux dont on se qualifiait mutuellement dans les discussions scientifiques. Van Helmont malheureusement ne fit pas exception sous ce rapport. Nous le regrettons ; caries attaques grossières et injustes, auxquelles il fut en butte, ne justifient pas les paroles plus qu’inconvenantes qu’il adressa à ses adversaires.

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