‹ Etudes sur J. B. Van HelmontChapitre 47 sur 116 · RETENTA INNATA · texte numérisé non relu

RETENTA INNATA

Les causes morbides, que Yan Helmont range ici sous la rubrique des Retenta Innata, sont des éléments pathogéniques dus à un état particulier des fonctions digestives. Elles consistent dans les divers produits nutritifs préparés dans les organes de la digestion, et qui étaient primitivement destinés à faire partie de notre corps.

L’action palhogénique de cette catégorie de causes peut dépendre de trois motifs, suivant que les produits nutritifs Retenta pèchent par la longue durée de leur séjour, leurs qualités ou leur siège.

Dans le premier cas, on a les Retenta Relicta ; dans le second cas les Retenta Transmutala , dans le troisième enfin les Retenta Transmissa.

La plupart de ces produits morbifiques sont le résultat de maladies antérieures : Retenta innata plerumque à primariis morbis initiantur (2). A la suite de ces maladies primaires, il se forme des matières récrémentitielles, qui servent d’éléments à de nouvelles maladies : è quorum, ( primariorum morborum) sinu videlicet oriuntur vel dégénéra-

(1) Retenta , p. 492.

(2) Loc. oit p. 493.

tionem recremenla,ansam facientia novisldeis sive morborum insultibus (1). Il n’est guère possible, en effet, quand l’archée est violemment impressionné par l’idée morbide, qu’il ne se forme pas dans le corps un déchet que les forces digestives troublées transforment en matière récrémentitielle; et comme nous venons de le dire, une fois formée, celle-ci entretient la maladie première, ou donne naissance à un nouvel élément morbide.

A. Les Relicta seules font exception à ce sujet. Car ce sont les produits Rel!ctanormaux des diverses fonctions digestives, retenus dans l’économie au delà du temps qu’exige leur rôle physiologique.

Les Relicta diffèrent donc complètement sous ce rapport des deux autres catégories de causes, puisque ces dernières sont dues à un trouble de la digestion et des ferments, à une altération de l’esprit influx, etc. Quœ nempe cLescendunl digestionum ac fermentorum è vilio, spirilus videlicet influi peccalo universali , vel particulari insiti errore, lascivienlis Ideœ sponlanea delurpalione, ab humanis vel Archealibus passionibus produc tœ (2).

Les Relicta se rapprochent beaucoup des Assumta. Comme celles-ci, elles ne sont pas le produit de maladies archéales. Van Helmont les range cependant dans la même catégorie que ces produits, à cause de leur grande ressemblance avec eux : inter Producta refero, propter striclam affinitatem cum illis (5).

La présence des Relicta, si elle ne détermine pas directement la maladie, favorise la production de conditions qui troublent l’économie; lorsque ces causes ont réussi à porter le désordre dans l’organisme, elles sont expulsées par les diverses voies d’élimination; parfois elles déterminent des abcès, par lesquels elles sont portées au dehors. Dans ce dernier cas, les Relicta rentrent dans la catégorie des Transmissa, comme on le verra plus loin.

(1) Retenta , p. 493.

(2) Loc. cit., p. 49î.

(3) Ibidem.

Si leur viciation provient de l’état des voies digestives, l’effet des Relicla est identique à celui qui est produit par les Assimila.

Il est fort difficile de tracer une limite entre ces diverses causes occasionnelles produites en nous. Van Helmont lui-même le reconnaît. Les Assumla deviennent des Relicla, quand un trouble fonctionnel de l’estomac met obstacle à leur digestion. Nous venons de voir que les Relicta deviennent des Transmissa dans certaines circonstances. Ces causes occasionnelles n’ont donc pas de caractères distinctifs très-nets.

B. Les Transmutata qui constituent la deuxième catégorie des causes morbides Retenta , sont des produits nutritifs viciés, dus à l’altération des digestions et des ferments.

Dans l’étude de l’action exercée par cet ordre de causes, Van Helmont examine successivement les phénomènes qui se produisent à la suite de l’altération des divers ferments.

Si le ferment de la première digestion est diminué par l’âge ou les progrès de la maladie, il en résulte que les diverses substances introduites dans l’estomac doivent s’y vicier; et il faut, dit-il, attribuer à cette viciation la production de la lienterie, de la diarrhée, du choléra et d’autres troubles digestifs.

Si le ferment de la deuxième digestion (celle qui s’accomplit dans le duodénum) fait défaut, il se produit de la strangurie. Au contraire, si ce ferment pèche par excès ou par virulence, il en résulte bientôt des maladies conformes à la cause — illis radicibus conformia : vertige; syncope, apoplexie, diarrhée, choléra, vomissements, atrophies, etc.

L'auteur rapporte à des troubles de la quatrième et de la cinquième digestion (celles qui se passent dans le cœur et dans les artères des diverses parties du corps) les petits ulcères que l’on trouve parfois à la surface de l’endocarde, les concrétions calculeuses (dégénérescences athéromateuses?) des artères, etc.

On doit rattacher aux troubles de la sixième digestion, un grand nombre de maladies de l’estomac. Cet organe, comme le fait très-bien remarquer Van Helmont, a une double fonction à remplir : il doit élaborer les éléments nutritifs pour toute l’économie et soigner sa propre nutrition ;

non solüm pro toto; sed etpro se coquit (1). Il est donc sujet à un double travail : travail de digestion commune et de nutrition propre : propriœ digestionis et sextœ (2).

L’estomac, pour accomplir ce double travail, dispose de deux ferments : l’un qui est le suc gastrique; l’autre, dont Van Helmont ne spécifie pas la nature et qui sert au travail de la sixième digestion : Dixi dein duplex stomacho esse fermentum : unum quidern pro Prima, quod ipsi ex Lieue affluit. Aliud verô proprium pro Sexta, quod sibi ex insito spiritu vernaculum, ac suce coquinœ proprium. ( 5). Chacun de ces deux ferments peut être altéré; et c’est à l’altération de celui qui préside au travail de nutrition intime, qu’il faut rapporter la production des Transmutata de la sixième digestion.

Van Helmont rapporte aussi aux causes de cette catégorie les atrophies et les hypertrophies. Il exprime à ce sujet une opinion assez curieuse et qui, comme telle, mérite d’être rapportée : il avait commencé par admettre que l’époque de croissance passée, la faculté de croître s’éteignait en même temps; mais après avoir vu continuer à se développer par des maladies certains organes, faisant partie normale de l’économie, il a fini par admettre que la croissance n’est arrêtée que par un seul obstacle : l’arrêt de développement des os.

Ces effets ne sont point encore les seuls que détermine l’action des causes Transmutata. Par suite de l’obstacle qu’elles apportent à l’accomplissement normal de la sixième digestion, la circulation sanguine est gênée dans son fonctionnement. Or, les diverses parties du corps, dit Van Helmont, ne sont nourries que pour autant qu’il existe une certaine proportion, inconnue encore entre le sang veineux et le sang artériel. Dès que ce rapport est troublé, il se produit des maladies plus ou moins graves, suivant le siège de la partie souffrante. Il faut rapporter à celte catégorie de causes la goutte, la lithiase, etc.

On voit que Van Helmont attribue dans la production des maladies une

(1) Retenta , p. 49i5.

(2) Loc. cit.

(3) Loc. cit., p. 496.

part très-grande aux phénomènes de nutrition intime, qui s’opèrent dans le tissu même des organes. Il a entrevu très-clairement le rôle capital que la physiologie pathologique était appelée à jouer plus tard dans l’histoire de la médecine; s’il n’a pas pu préciser davantage les points qu’il a indiqués, nous croyons qu’il n’a été arrêté que par le manque de moyens convenables d’investigations.

Transmissa. C. Les Transmissa prennent naissance dans deux ordres de circonstances : 1° lorsque les substances nutritives introduites dans le corps sont viciées par les transformations qu’elles subissent; 2° lorsqu’elles s’écartent delà route qu’elles devaient suivre, pour remplir normalement leur fonction.

La transmission des produits de la digestion peut se faire d’une digestion à l’autre, sans que le produit doive nécessairement passer par les digestions intermédiaires. Les Transmissa pèchent donc surtout par erreur de lieu, par hétérotopie. Ainsi, quand les substances transformées et viciées dans la première digestion, au lieu d’être expulsées par le vomissement, passent dans cet état dans le duodénum, où se fait la seconde digestion, il survient de la fièvre, des coliques, des nausées, etc. Si elles arrivent jusqu’à la troisième digestion (dans les veines mésaraïques), on observe l’hydropisie, l’ictère, la dysurie, des douleurs hypogastriques, diverses cachexies, etc. Si elles parviennent dans la sixième digestion, on a les diverses espèces de fièvre, la pleurésie, la pneumonie, etc.; dans certains cas, le malade éprouvera des vertiges, et parfois on observera l’apoplexie, la paralysie, etc.

Si les Transmutata de la deuxième digestion reviennent à la première, il se déclare des vomissements bilieux, le choléra, la lienterie, etc. S’ils arrivent à la troisième, ils donnent lieu à des fièvres, à l’ictère, etc.

Si les Transmutata de la troisième digestion arrivent dans les organes destinés à la première, on observe l’hématémèse, la dysenterie, les hémorrhoïdes, etc. - — S’ils s’arrêtent à la seconde, on a la diarrhée et diverses fièvres. — S’ils parviennent à la quatrième, palpitations, syncopes, et morts subites, — et s’ils sont transportés dans la sixième digestion, on observera des apostèmes de diverses natures.

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