‹ Etudes sur J. B. Van HelmontChapitre 49 sur 116 · I. EXAMEN CRITIQUE DES OPINIONS DES ÉCOLES · texte numérisé non relu

I. EXAMEN CRITIQUE DES OPINIONS DES ÉCOLES

La fièvre, selon les écoles du moyen âge, n’était autre chose que calor prœler naturam, accensus primùm in corde , dein delalus per tolum corpus (1).

Cette définition est vicieuse pour plusieurs motifs. Elle attribue d’abord à la chaleur une importance beaucoup trop grande, puisqu’elle en fait l’essence même de la fièvre, un phénomène tout à fait inséparable de celleci. Or, les fièvres des camps se distinguent au contraire par l’absence de toute chaleur : citra sitim ac manifestum calor em accidunt. (2). C’est

(1) Defeb., I, 2, p. 739.

(2) Loc. cit., I, 4, p. 739.

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déjà un premier argument, qui prouve que les Écoles se sont trompées.

Il y a plus: dans la doctrine qu’elles soutiennent, quelle est la part faite au frisson? On n’en fait pas mention ; on le néglige complètement, et cependant c’est un phénomène très-important, puisqu’il peut à lui seul déterminer la mort. Neque enim, qui talibus initiis moritur ( qnod plerumque in Intermittenlibus fit) verâ febri extinctum, credat qui volet (i).

Le phénomène principal de la fièvre d’après les Écoles est la chaleur; voyez les malades, disent-elles, ils ne demandent qu’à boire. Mais cet argument ne prouve rien ; car, puisque les boissons ne calment pas la soif fébrile, comment conclure que la chaleur soit cause de la fièvre?

Yan Helmont continue cette critique pendant tout le premier chapitre de son ouvrage, et après avoir démontré toute l’inanité de la théorie des Écoles, il expose ses idées sur la nature et la cause de cet état morbide. Nous y reviendrons plus loin, quand nous aurons fini l’examen de la première partie de son traité.

Il examine aussi à un point de vue critique les causes mêmes de la chaleur fébrile, telles que les admettent les humoristes des Écoles. D’après eux, elle trouverait sa source dans la putridité des humeurs de l’économie. Rien ne prouve cette assertion. Les Écoles faisaient jouer le rôle principal dans la production de la fièvre à la putréfaction du sang dans le corps humain. L’auteur réfute parfaitement bien cette idée toute théorique. Pour lui, le sang ne se putréfie jamais dans les veines, à moins que la veine elle-même ne se putréfie, comme c’est le cas dans la grangrène (2). Venœ à Creatore sunt ordinatœ, ut sdnguinem servent à corruptione , quia vita confermentata est sanguini venarum (3).

Tout ce qui est corrompu et putréfié nunquam iterum redit in gratiam, parce que la putréfaction présuppose la privation des forces vitales et conséquemment la mort. Or, le sang, qui paraît corrompu dans la peste et la pleurésie, redit iterum in gratiam : ergo non fuit semel corruptus (4).

(1) De febribus, I, 6, p. 739.

(2) Loc. cit., II, 21, p. 743.

(3) Loc. cit., II, 23, p. 744.

(4) Loc. cit., II, 36, p. 743.

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Toutes ces opinions, adeô fabellis similes, quod vix crederem Scholas seriô locutas (i), ne mériteraient même pas une mention, si elles n’avaient dirigé le traitement, et exercé ainsi une grande influence sur les maladies; si les Écoles, respectum ah antiquitate potiorem vénérantes quàm à veritate: quasi fontes Sapientiœ in Galeno exhausti essent (2), n’avaient pas transporté leurs rêveries sur le terrain pratique.

Quant au type des fièvres, on l’attribuait tantôt à l’influence des astres : la maleria febrilis syngamia cumaslris expliquait tout, sans égard poulies démentis de l’observation clinique, qui montrait la fièvre se produisant à toute heure du jour et sans régularité. Pour d’autres, la matière fébrile se comportait à l’instar des semences dont les unes germent vite et les autres lentement : c’était résoudre la question par la question (3). Fernel (1497-1558) s’éleva le premier contre ces vaines théories; ce qui lui a valu le titre de Scholœ desertorem et apostatam. Il fixa le siège des fièvres intermittentes circa Stomachum , Duodénum et Pancréas , et le siège des fièvres continues circa Cor (4). Il n’osa cependant ni aller jusqu’au bout ni s’écarter de l’ancienne méthode de traitement des fièvres et se laissa ainsi enlever sa découverte.

Paracelse a défini la fièvre morbum sulfuris ac nitri ; et ailleurs terrœ motum Microcosmi. Yan Helmont rejette cette opinion et reproche à son auteur d’être tombé, de même que Galien, par une étrange irréflexion, in Microcosmi parœmias Medico indignas.

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