PROCÈS ET EMPRISONNEMENT
Ce n’est pas impunément que l’on s’attaque à des doctrines universellement admises. Aussi arrivons-nous maintenant à une période de la vie de Van Helmont, où les haines, qu’il avait amassées autour de lui par ses attaques contre le galénisme des Écoles, devaient se traduire en persécu-
Publie le Daglteraad,
BIOGRAPHIE DE J. B. VAN HELMONT
lions de loutes sortes, rendues plus faciles par suite de la constitution politique du pays à cette époque. Débordés par ses arguments, les médecins humoristes résolurent d’invoquer l’appui de l’autorité ecclésiastique, pour le réduire au silence. Ils n’attendaient qu’une occasion ; elle ne tarda pas à se présenter.
En 1608, Rodolphe Goclenius, récemment chargé de l’enseignement de la philosophie à Cassel, prononça un discours, pour établir que la guérison des plaies par l’onguent sympatheticum etarmarium, inventé par Paracelse, était toute naturelle et que l’on avait tort de voir dans le magnétisme animal quelque chose de sérieux et de réel. Cette question du magnétisme animal occupait beaucoup les esprits à celte époque par suite de l’introduction par Paracelse dans la pratique médicale d’un onguent (dit sympatheticum et armarium), qui guérissait toutes les plaies par des propriétés occultes dues au magnétisme animal.
Yan Ilelmont parcourut le discours de Goclenius et ne le trouva rien moins que sérieux. Mais l’auteur, flatté du succès qu’il obtint auprès de ses amis, n’en publia pas moins, en 1615, une seconde édition, précédée d’une dissertation critique faite par le R. P. Jean Roberti, S. J.
Pub,1txaitén du En 1617, sur les instances de Remacle Roberti, frère du Jésuite, Yan Vuinerummra- Helmont écrivit son traité : De magneticâ vulnermn curai ione, adressé ume. au p p. jean Roberti, docteur en théologie, S. J., et à Rodolphe Goclenius. Son intention n’était pas de publier cet ouvrage; il ne le considérait que comme une dissertation rédigée disputalivè, non aulem asserlivè , comme il le déclare lui-même plus tard dans les lettres qu’il adressa à l’archevêque Boone (î). Il communiqua son manuscrit à plusieurs de ses amis, et en remit un exemplaire à Remacle Roberti, avec prière de le faire parvenir à son frère, Jean Roberti. Celui-ci après avoir lu l’ouvrage, engagea vivement Yan Helmont à le publier. L’auteur céda à ces instances pressantes et remit le Traité à Jean Galle, avec charge de l’éditer, s’il en obtenait l’autorisation du vicaire ou du censeur des livres. Yan Ilelmont en enfant soumis de l’Église catholique ne pouvait pas publier un ouvrage sans l’approbation de l’autorité ecclésiastique. Le sieur Slevart, vicaire général de (i) Broecxx, Notice sur le manuscrit « Causa J. B. Hclmontii, » p. 67.
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Louvain, autorisa l’éditeur Hovius à publier l’ouvrage; mais plus tard, cette autorisation lui fut retirée sur les instances des Jésuites.
Les détails dans lesquels nous venons d’entrer, expliquent comment plusieurs personnes eurent une copie du travail de Van Helmont. Celui-ci ne songeait plus à ce Traité, qu’il ne voulait pas publier sine censura (1), lorsqu’il parut, en 1621, à son insu, chez Leroy, à Paris, sous le titre : De magnelicâ vulnerum naturali et légitima curatione, contra Johanne m Roberti, Soc. Jesu theologum (Paris, N. Leroy, 1621, in- 12). Nous renvoyons à la partie bibliographique de notre travail un résumé des opinions professées dans ce Traité; nous nous bornerons à dire ici que Van Helmont y soutient l’existence et les propriétés thérapeutiques du magnétisme animal.
« Celle publication eut un prodigieux succès et produisit une sensation » profonde. La nouveauté de la matière d’une part, la renommée de l’auteur » de l’autre, firent lire et relire ce curieux ouvrage (2).» Mais tout ne fut pas bénéfice pour Van Helmont dans le retentissement qu’obtint cet ouvrage. Comme nous l’avons dit plus haut, ses ennemis n’attendaient qu’une occasion, pour se venger de ses attaques contre le galénisme des Écoles. Ils crurent la trouver dans le travail qui venait de paraître, et ils s’en emparèrent avec avidité. Ils choisirent dans le traité de Van Helmont vingt-quatre propositions qu’ils considéraient comme hérétiques et les soumirent au tribunal de Malines-Bruxelles. M. Broeckx publie ces vingt-quatre propositions dans sa Notice sur le manuscrit Causa J. B. Van Ilelmonlii (pages 41-49).
Ces propositions sont toutes assez innocentes au point de vue religieux : la seule qui aurait peut-être éveillé la susceptibilité de l’archevêque de Malines est la quatrième dans laquelle Van Helmont nie les cas de guérisons miraculeuses obtenues par l’apposition de reliques; ou tout au moins les explique par des propriétés naturelles de ces reliques, sans que leur action présente rien d’extraordinaire.
Les ennemis de Van Helmont ne réussirent pas immédiatement dans leurs efforts. En effet, le procureur du tribunal de Malines-Bruxelles ne s’émut guère de leurs attaques et de leur dénonciation, et Van Helmont
(1) Broeckx, loc. cit p. 69.
(2) Broekcx, Interrogatoires du docteur J. B. Van Helmont, p. 7.
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ne fut pour le moment en butte qu’à la calomnie de ses confrères, qui fut, du reste, organisée sur une assez large échelle. On s’adressa partout, auprès de toutes les autorités médicales pour faire condamner l’œuvre du jeune médecin. Dès le 1er octobre 1621, les professeurs de la Faculté de Rlieims publièrent un avis catégoriquement défavorable. On vit bientôt pleuvoir les désapprobations, plus énergiques les unes que les autres. J. J. Chifïleitus, Thomas Fienus, Gérard de Villers et nombre d’auteurs rejetèrent publiquement l’œuvre de Yan Ilelmont comme impie et dénuée de. tout fondement sérieux. Parmi toutes ces déclarations, il en est une qui mérite une mention spéciale : c’est celle du docteur François De Paz, médecin des Archiducs à Bruxelles, qui affirme nettement que Helmontii partus est monstrosus.
Publication Vau Ilelmont ne se laissa pas détourner de ses travaux par ces mesquines Suppiementum de tracasseries ; nous en trouvons la preu ve dans l’ouvrage remarquable, qu’il abus. - 1624. publia, en 1624, sous le titre : Suppiementum de Spadanis fontibus. Malheureusement pour son repos, en exposant ses opinions sur les propriétés des eaux de Spa, il critiqua assez sévèrement un ouvrage publié sur le même sujet, en 1614, par un médecin liégeois, nommé Henri de Ileer. C’était se créer un nouvel erfnemi à celte triste époque où toute question scientifique dégénérait en personnalités.
Aussi cet ouvrage, dont nous ferons plus loin ressortir le mérite (voir Bibliographie), ne fit-il qu’augmenter la fureur des ennemis de l’auteur. Les démonstrations, qu’ils réussissaient à provoquer contre lui auprès des corps savants, ne pouvaient plus les satisfaire. Ils voulurent obtenir davantage; et non contents d’attaquer Van Helmont avec les armes qu’il avait employées contre eux, ils voulurent que le bras séculier intervint dans ce procès, pour obliger Yan Ilelmont à faire amende honorable et à désavouer ses opinions.
A ce point de vue, ils obtinrent déjà un premier succès en 1625. Ils avaient déféré l’affaire à l’inquisition d’Espagne. Or, le 16 octobre 1625, les examinateurs de la Sainte-Inquisition, Hyeronimus de Florenlia, Rodericus Ninno, Ludovicus de Torres, Petrus Gonzalez de Mendoça et Ponlius Hurtadus de Mendoza, après avoir condamné les propositions
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comme hérétiques et comme appartenant à la magie, jugent ainsi l’auteur : « Ipse itidem author, tam videtur haerelicus , quam impudenler audax, et educatus inter Lutheranos et Calvinistos, ut apparet ex Spiritu Privato quo nilitur, et rejicit Doctorum instructionem (1). »
Peu de temps après, le 25 février 1626, parut, à Madrid, un édit du VoTg!51
secrétaire général de la Sainte-Inquisition, Sebastianus de Huerta, dans lequel on lit le passage suivant : « Qualificatores jusserunt eundem quaternionem prorsùs prohiber i, et per édicta , solitâ formula, recolligi; quem ad finem jussœ sunt fieri chartœ, ejusdem exempli, suntque missœ ad omnes inquisitores horum reqnorum (2). »
Les censures des autorités médicales, qui continuaient à se succéder, se trouvaient ainsi approuvées par une des cours de justice les plus importantes de ce temps. Mais malgré toutes ces condamnations, ce ne fut qu’en 1627 que l’official de Malines s’occupa de l’affaire; encore n’y mit-il pas beaucoup d’empressement, puisque le procès lui-même ne fut entamé que vers 1630, c’est-à-dire neuf ans après la publication de l’ouvrage.
Le premier acte que nous rencontrons et qui témoigne des poursuites Pre“‘^.i.'uj®rr0' intentées à Van Iielmont date de 1627. C’est l’interrogatoire subi par l’ac- Van Heimont. cusé devant l’official de Malines, Leroy, et son secrétaire, le 3 septembre de cette année. Cet interrogatoire porte sur les vingt-quatre propositions, réunies par ses adversaires et sur trois propositions de Paracelse, auxquelles l’accusé se rallia. Il n’est guères intéressant de consigner les réponses que fit Yan Heimont. Nous nous bornerons à dire qu’il déclara soumettre son ouvrage au jugement de l’Église catholique orthodoxe romaine, et se tenir prêt quœlibet revocare et ipsum librum comburere, si Ecclesia ita faciendum judicel et décernât (3).
Le 6 septembre suivant, le procureur du tribunal de la curie métropolitaine de Malines ayant demandé communication des réponses de Yan Heimont, pour pouvoir remplir son devoir, l’official, avant de satisfaire à
(1) Broeckx, Notice, p. 34.
(2) Broeckx, toc. cit., p. 54.
(s) Broeckx, Interrogatoires, p. 20.
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Suspension des poursuites.
Condamnation prononcée par l’Université de
Louvain. — 1630.
Reprise des poursuites.
cette demande, renvoya l’ouvrage incriminé au jugement des professeurs de théologie de l’Université de Louvain.
Par suite de cette décision, les poursuites contre Van Helmont furent suspendues pendant trois ans, à partir de cet interrogatoire : ce qui tendrait à faire admettre avec M. Broeckx, que la justice dans les poursuites dirigées n’agissait que sur les sollicitations d’ennemis personnels et nullement dans l’intérêt de la vérité.
Mais ce temps ne fut pas perdu par les adversaires de Van Helmont; ils s’adressèrent partout en Europe pour obtenir de nouvelles censures, et ils virent leurs efforts couronnés de succès. En 1628, la Faculté de théologie de Cologne et les membres Academicorum dilinganorum d’Allemagne vinrent par leurs protestations ajouter encore aux charges qui pesaient déjà sur Van Helmont. En 1629, ce fut le tour du collège des docteurs en médecine de Lyon.
Le coup le plus décisif devait lui être porté par un corps savant de son propre pays. Au mois d’octobre 1650, la Faculté de théologie de l’Université de Louvain fit connaître son jugement, qui conclut à la condamnation des opinions de Van Helmont, comme entachées d’hérésie. Le texte même de cette censure a été publié par M. Broeckx dans sa Notice, pages 25-51. Elle est signée des sept professeurs de la Faculté de théologie (î).
Le 25 octobre 1650, le procureur du tribunal de Malines, armé de cette censure, comparut devant l’official de Malines et l’archiprêtre de Bruxelles, pour faire donner suite au procès. Dans le réquisitoire qu’il dressa à cette occasion, il accuse Van Helmont d’avoir, dans un ouvrage publié à Paris, en 1621, sine legilimà superiorum licentià, exposé des doctrines superstitieuses, ouvrant la porte à toutes les erreurs du paganisme et de la magie diabolique. Le procureur conclut son travail Pelens et concludens eumdem
(i) M. Broeckx fixe la date de ce document au 24 octobre 1630. Les poursuites ayant été reprises le 23 octobre, si la date trouvée par M. Broeckx était exacte, elle justifierait l’Université de Louvain de la grave accusation qui pèse sur elle, celle d’avoir ranimé les poursuites, dirigées par un sentiment d’inimitié personnelle contre un homme de génie. Mais nous croyons que celte date est inexacte, parce que le 23 octobre 1630, le procureur comparut devant l’official curn censura Dominorum Doctorum Sacrœ Théologies Lovanii ?'esidentium. (Broeckx, Interr., p. 22.)
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reum condemnari in condignam pœnitentmm et amendant, eique injungi ut professionem fidei faciat, erroremque suum humiliter agnoscat, et revocet scandalum ex eo datum, débité reparel, et de ccetero a similibus excessibus abslineat, subpœna hœreticis, et lœsœ majestatis divinœ atque humanœ statuta, cum expensis (1).
A la suite de ce réquisitoire, Van Ilelmont fut de nouveau soumis à un interrogatoire. Nous renvoyons le lecteur à l’ouvrage déjcà cité de M. Broeckx, pour en connaître les détails. Bornons-nous à dire que l’accusé, en enfant soumis de l’Église, se déclara prêt à brûler son œuvre, si le tribunal le jugeait nécessaire : ad conclusionem dicit, se paralum renunciare librum prœ fatum imo et comburere, si illi injungatur, et facere professionem fidei; petit tamen parcere honori suo, uxoris et protium maxime eo intuitu quod prœdictus liber editus sit se inscio , neque exstar e amplius, adeoque vere suppressus sit (2).
Je ne sais si ce fut par suite de cette rétractation formelle, que Van Nouv^ tï“sspen' Ilelmont eut un nouveau moment de répit. Toujours est-il certain, que la 1030-1634.’ justice ecclésiastique le laissa de nouveau tranquille pendant quatre ans.
Peut-être espérait-on que le temps calmerait les passions et que l’on pourrait ainsi échapper à la nécessité de s’engager plus avant dans une affaire grave, par suite de la haute position de l’accusé.
Mais le temps ne parvint pas à apaiser les haines que Van Helmont avait soulevées contre lui par sa rude franchise. Ses ennemis, voyant que toutes leurs menées avaient échoué jusqu’alors, tentèrent un suprême effort pour le renverser. Après avoir réuni les censures des principales Facultés et Académies de l’Europe, ils les réunirent en une brochure, qu’ils publièrent en 1634, sous ce titre :
Joannis Baptistœ Helmontii medici et philosophi per ignem propositiones notatu dignœ, depromptœ ex ejus disputatione de magnetica
(1) Broeckx, Notice , p. 9. Bien que cet acte d’accusation ne porte pas de date, nous croyons qu’il doit remonter à 1630. En effet, le § 9 parle d’un interrogatoire, que Van Helmont a subi e/apso circiter triennio devant l’official de Malines. Or, cet interrogatoire, publié par M. Broeckx (. Interrogatoires, etc., p. 12), est daté du 5 septembre 1627.
(2) Broeckx, Interrog., p. 27.
BIOGRAPHIE DE J. B. VAN HELMONT
vulnerum curatione Parisiis édita. Addilœ sunt censurœ celeberrimorum tota Europa theologorum etmedicorum ex autographis optimâ fide descriptœ. Leudii, typis Joannis Tornay, sub signo sancti Auguslini 1654^ superiorum permissu (1).
Ils envoyèrent cette brochure aux membres du clergé et du corps médical belge. Cette fois ils réussirent dans leurs tristes tentatives. En appeler au fanatisme dans un pays aussi éminemment catholique que la Belgique d’alors, c’était mettre le feu aux poudres : c’était forcer la main aux officiers de justice et les obliger à intervenir activement. C’est ce qui ne tarda guère.
Le o mars 1654, l’official J. Leroy, considérant les censures graves, que presque toutes les Universités de l’Europe avaient publiées contre l’ouvrage incriminé, ordonna l’arrestation de Van Helmont, juxta libeltum , quem etiam eæhibel, et de cœtero in dicta causa ad ulteriora procedi (2). Emprisonnement j lendemain (4 mars 1634), le procureur, assisté de l’officier séculier, Jn iGSE °n procéda à l’arrestation de Van Ilelmont et confisqua aussi quosdam libros et charlas , ad quorum invenlorizationem petit procedi (3).
Le 6 mars, l’accusé s’adressa à l’archevêque de Malines, pour obtenir la faveur d’être mis en liberté sub iis conditionibus et cautione, quas idem reverendus dominas o/jicialis arbitrabitur (4). phases diverses du Ceite faveur lui fut refusée et le procureur se borna à lui assigner pour
prison le couvent des frères mineurs de Bruxelles, après lui avoir fait jurer qu’il n’en sortirait pas, et qu’il n’adresserait la parole qu a sa femme, à ses domestiques et à Guillaume Charles Van Banst, son beau-père. Nous devons ajouter que cette faveur ne lui fut accordée que moyennant un cautionnement de six mille florins, versé par le seigneur Van Ranst.
Le 17 mars, Van Helmont sollicita de nouveau du procureur de l’office l’autorisation de pouvoir subir son emprisonnement chez lui ; il offrait une caution de six mille florins et s’engageait à ne pas sortir de sa demeure
(1} Brochure in-4° de 20 pages. (Broeckx, Interrogatoires , page 28.)
(2) Broeckx, Interrog., p. 29.
(3) Ibid., p. 29.
(4) Ibid. , p. 29.
BIOGRAPHIE DE J. B. VAN HELMONT
sans l’autorisation de l’archevêque de Malines ou de son official. Ce fut encore Van Ranst qui se porta caution pour Van Helmont.
Celte fois le procureur de l’office fut moins sévère; et l’accusé obtint de pouvoir subir chez lui l’emprisonnement préventif, auquel il était soumis. Les interrogatoires, que le malheureux médecin dut subir les 17, 21 et 27 mars 1634 devant l’official de la cour ecclésiastique de Malines, se rapportent aux ouvrages que l’on avait saisis à son domicile lors de son arrestation. Nous nous bornons à faire connaître les dates des interrogatoires, parce que les réponses faites par l’accusé ne nous offrent pas le moindre intérêt au point de vue de la médecine.
A partir de ce moment jusqu’en 1636, Van Helmont fut obligé de ne sortir de chez lui qu’avec une autorisation spéciale de l’archevêque de Malines. C’est en vain que sa belle-mère, Isabelle van Halmale, s’adressa aux autorités judiciaires pour obtenir la liberté de son gendre; l’official de Malines s’opposa à toutes ses demandes.
Le 6 mai 1634, Isabelle van Halmale s’adressa au chancelier du Brabant, en contestant la légalité des poursuites intentées à Van Helmont; elle se fondait sur ce « qu’en ceste Duché de Brabant, l’appréhension » et détention des personnes laïques ne compèterait nullement aux juges » ecclésiastiques, mêmes point contre ceux qui pourraient être suspects » d’hérésie, mais que l’appréhension et détention d’iceulx compète priva- » tivement à Sa Majesté comme Duc de Brabant ou à ses officiers (î). »
Le 22 mai suivant, l’official répondit à cette lettre, en maintenant son opinion. Une correspondance suivie s’établit au sujet de cette question entre la dame van Halmale et l’official de la cour de Malines (2). Nous regrettons de ne pas en connaître le contenu; ces pièces seraient intéressantes, surtout parce que leur connaissance nous permettrait peut-être de décider de quel côté sont parties les attaques contre Van Helmont. M. Broeckx est disposé à croire que les poursuites dirigées contre le médecin flamand n’étaient pas dues à l’initiative de l’autorité ecclésiastique ; mais qu’elles étaient suscitées et entretenues par la haine, que lui avaient vouée ses con-
(1) Marinus, Bulletin de l'Académie de médecine de Belgique , 1831, p. 429.
(2) Broeckx, Notice, pages 10, 11, 12.
BIOGRAPHIE DE J. B. VAIN HELMONT
Issue du procès.
frères. La publicalion de la correspondance échangée entre la dame van Ilalmale et l’ofïicial de Malines jetterait peut-être un peu de lumière sur cette obscure question.
Quoi qu’il en soit, la dernière pièce de la correspondance est datée du 23 octobre 1654 : c’est une réponse de la dame van Ilalmale à une lettre du procureur. A cette réponse se trouvaient jointes cinq pièces, tendant à établir l’illégalité des poursuites intentées à Van Helmont.
A partir de ce moment, les documents nous font défaut pour compléter l’histoire de ce triste procès. Ce que nous savons, c’est que le malheureux médecin fut retenu prisonnier chez lui jusqu’en 1636. Il ne pouvait sortir qu’avec le consentement de l’archevêque. M. Broeckx a retrouvé dans les archives de Malines le texte d’une de ces autorisations, datée du 7 juillet 1635; elle permet à l’illustre médecin d’aller voir un malade. Pour donner une idée de la sévérité des poursuites dont on l’accablait, il nous suffira de dire que le lendemain de ce jour, un certain Henri Calernus dénonçait ce fait à l’archevêque de Malines, accusant le chancelier Langen hove d’avoir outrepassé ses pouvoirs. Ce trait seul nous prouve que Van Helmont fut sévèrement tenu prisonnier; s’il en avait été autrement, auraiton vu s’élever des réclamations de ce genre?
Comment se termina ce procès? Ici encore, obscurité complète. Ce qui paraît certain, c’est qu’il n’y eut pas même de jugement, et qu’après avoir poursuivi pendant plus de dix ans un homme honorable, lin savant distingué entre tous, on se borna, faute de preuves de culpabilité apparemment, à le laisser en liberté et à ne pas donner suite au procès. Ce résultat fut dû, paraît-il, à l’influence de la reine-mère Marie de Médicis, qui intercéda auprès de l’archevêque de Malines. Voici ce que dit à cet égard Guy Patin, dans une lettre du 5 décembre 1649 : « Van Helmont étoil un enragé. » Les Jésuites le vouloient faire brûler pour magie; la feue Pleine mère le » sauva, parce qu’il lui prédisoit l’avenir, étant induite à cela par un cer- » tain Florentin, nommé Fabroni, qu’elle avoit près de soi, qui la repais- » soit de ces vanités astrologiques (î). »
En quelle année Van Helmont obtint-il son relâchement? Nous l’igno-
(i) Lettres de Guy ratin, 1. 1, p. 1503.
BIOGRAPHIE DE J. B. VAN HELMONT
rons ; la dernière pièce que M. Broeckx a pu recueillir, date du 10 décembre 1638. C’est une lettre adressée à l’archevêque de Malines, dans laquelle l’accusé se plaint des dommages que lui cause son procès et de la confiscation de plusieurs ouvrages d’une valeur considérable. Il termine sa lettre en suppliant l’archevêque de Malines de vouloir lui pardonner, puisqu’il n’existe plus aucun exemplaire de son Traité sur le magnétisme, et qu’il est prêt à souscrire telle déclaration qu’on exigera de lui (î).
Nous croyons donc, d’après l’examen de ces pièces, que Van Ilelmont ne fut laissé tranquille qu’en 1638. Nous rappelons encore ici que la liberté ne lui fut pas rendue à la suite d’un jugement ; la poursuite fut seulement suspendue. Ce ne fut que deux ans après sa mort que l’archevêque de Malines, Jean Boonen, daigna, à la demande de la veuve de Van Ilelmont, mettre fin à cette longue persécution par le décret suivant :
« Pro parte Domicellœ Margaritœ Van Ranst, viduœ quondam Joannis Helmontii, medici , ejusque liber orum enixè fuimus rogati, ut nostrum de vità, moribus et fide docti Helmontii pro ferre et scripto mandare velemus judicium ; cui requisilioni satis facientes, dicimus quod quamvis liber docti Helmontii, inscriptus : « Disputalio de Magneticà vulenerum Curatione, » Parisiis impressus, et pleraque scripta manu ejus propriâ conscripla inter schedas ipsius reperla, postquam mandato nostro apprehensus, et custodiœ mandatas fuit ob graves errores elplerasque assertiones judicio gravissimorum Facultatis Lovaniensis theologorum partim apertè hœrelicas , partim hœresim non parum redolentes, quœ dicto libro et schedis continentur, eum nobis de hœresi et pravâ religione vehementer reddiderint suspèctum.
Quia tamen multa in dicto libro contenta specialiler revoca.verit et detestatus fuerit, ac generaliter quœcumque tum in eo, tum in
(0 Broeckx, Notice , p. 75. Broeckx parle encore de deux pièces, datées de 1642 et qui se trou veraient dans sa Notice, sous les numéros V et VI. Les deux pièces indiquées portent la date de 1634, et nous n’en avons pas trouvé d’autres, postérieures à 1638. Nous pensons que M. Broeckx a voulu faire allusion aux deux censures publiées en 1642, par les professeurs Moreau et Plcmpius, contre le Traité des fièvres ; ces censures sont reproduites dans les Interrogatoires du docteur .7. B. Van Hc/mont , p. 10 et 11 .
BIOGRAPHIE DE J. B. VAN HELMONT
cœleris scriptis ante dictis comprehenduntur , judicio Sanctœ Romance Ecclesiœ submiserit , cl quidquid ah eâ reprobatum est, vel reprobandum, reprohare se declaraverit, quamvis non eâ forma , quæ de jure ad hoc requirilur, sallem in foro exteriori ; cumque prœlereà intellexerimus eum omnibus Ecclesiœ Sacramentis munitum pie et catholicè ohiisse, ac multos viros doctos, graves et religiosos de ipso et vitâ ejus ben 'e sentire , nec quicpiam in moribus ejus reprehensione dignum nobis compertum fuerit, quin potius ex relatione fide dignorum nobis constet midta eum bona opéra prœstilisse ; declaramus nos eum non habere pro haeretico, sedpi'e existimare quod vixerit et obier il catholicus et Sanctœ Romanœ Ecclesiœ obediens filius.
Datum Bruxellœ, die 23 oct. 1646 (î).
Le procès de Van Helmont constitue un triste chapitre à ajouter au livre déjà si rempli de faits, des persécutions que le moyen âge infligea à tous les hommes de génie. M. Broeckx paraît attacher une certaine importance à justifier l’autorité ecclésiastique de Malines dans ce procès; d’après lui, ce n’est qu’à regret qu’elle se serait décidée à intervenir. « La reproduc- » tion littérale des pièces, dit-il, semble prouver, à l’évidence, que l’ofîice de » Malines n’aurait jamais songé à poursuivre Van Helmont pour ses opinions » sur le magnétisme animal, s’il n’y avait été forcé à diverses reprises par » les publications et les sollicitations incessantes des .ennemis du célèbre » réformateur de la médecine au xvue siècle. (2). »
Il est possible que les poursuites intentées par l’office de Malines aient été entretenues par les menées des ennemis personnels de Van Helmont; nous croyons même que c’est probable, à en juger par les sentiments d’animosité, que nous trouvons consignés dans les ouvrages de cette époque, contre le médecin flamand. Mais il est certain que l’église catholique a vu dans les propositions qui lui étaient soumises des attaques contre les croyances religieuses, qu’elle inculquait aux populations; dès lors son ardeur à le poursuivre n’a rien qui doive nous étonner, quand on songe qu’à
(1) Foppens, Bibliotbeca Be/gica, etc., 2 volumes in-4°, Bruxelles, 1739. — (Marinus, Bulletin de l’ Académie de médecine de Belgique , 1831, p. 429.)
(2) Broeckx, lnterrog page 49.
BIOGRAPHIE DE J. B. YAN HELMONT
cette époque l’esprit du libre examen en matière de dogme venait de lui susciter dans tous les pays de l’Europe des ennemis, dont le nombre allait toujours croissant, et dont l’influence se faisait de plus en plus sentir, surtout dans les classes élevées de la société. L’Église catholique, convaincue qu’elle seule enseignait la vérité, ne reculait devant aucun moyen pour l’imposer aux habitants des pays où elle était maîtresse. C’est à l’application de ce principe que Yan Ilelmont dut son emprisonnement; le clergé voulait ainsi arrêter dès ses débuts toute tentative d’opposition. Aussi croyons-nous que M. Broeckx n’exprimait que la vérité, quand il écrivait, en 1852, les lignes suivantes dans sa Notice sur le manuscrit de Yan Helmont : « Quand on considère les vingt-sept propositions qui précèdent,
» sous le point de vue catholique, elles sont très-répréhensibles. Pour qui- » conque a su apprécier l’esprit si éminemment catholique, qui régnait en » Belgique vers le milieu du dix-septième siècle, il ne paraîtra nullement » étonnant que l’olfîcial de la cour ecclésiastique de Malines ait cru de » son devoir de poursuivre Yan Helmont conformément aux lois exis- » tantes du pays. Ce même esprit explique suffisamment, ce nous semble,
» la persistance dont le ministère ecclésiastique fait preuve dans tout le » cours de l’instruction de l’affaire. (1) . »
Cette question, du reste, est assez peu importante : que l’autorité ecclésiastique ait agi spontanément ou à l’instigation de quelques hommes envieux, — le fait de son intervention n’en reste pas moins vrai; et à une époque où l’Église était toute puissante, on peut lui reporter les conséquences de cette toute puissance, c’est-à-dire la responsabilité des poursuites intentées par ses agents à un homme de science.