Résumé de de Van Helmont
produit des gaz acides, indigestes, fétides même, qui euntes in loca impropria , frigoris causam augent. — D’autre part, le fiel, qui à l’état normal change le chyme acide de l’estomac en chyme salin, le convertit ici en chyme amer. L’archée — lotus expulsioni intentus — rejette ce produit amer; mais le vomissement ne soulage pas les fiévreux, parce que l’excrément dans les fièvres n’est qu’un produit de la maladie, non autem mali radix occasionalis. L’archée indigné enfin de ses vains efforts, s’enflamme au plus haut degré et réussit à soulager l’économie par l’excrétion d’une sueur abondante et fétide : velut iratus, Archeus seipsum accendit, hostemque adoritur, œstuat , olidumque tandem sudorem profundit (i).
Tel est le tableau que Van Helmont nous trace des diverses périodes de la fièvre. Nous sommes loin, comme on le voit, de la matière peccante admise par les Écoles, et dont la chaleur prœler naluram devait donner lieu à tous les phénomènes morbides. Un abîme sépare ces deux opinions. Van Helmont, en effet, cherche la raison d’être de la fièvre dans une force dont les Écoles méconnaissaient complètement l’importance, en la rejetant du domaine des considérations pathologiques générales.
Si nous abandonnons un moment les expressions figurées de l’auteur (archée, image morbide, etc.), nous pouvons réduire sa pensée à des termes très-simples : la fièvre est pour lui un effort de la force vitale réagissant contre l’action d’une cause morbifique. La force vitale préside à tous les phénomènes, à toutes les fonctions de l’organisme sain ; sa présence y est manifestée par l’existence de ces fonctions. Cette force n’est cependant pas à l’abri de l’atteinte des causes morbifiques; elle peut être troublée, elle l’est dans les maladies, et celles-ci ne sont dès lors qu’une série de phénomènes anormaux produits par suite de cette modification. La raison d’être de la fièvre réside donc, non pas dans le trouble matériel ou fonctionnel, mais dans l’altération subie par la force vitale.
Quand celle force est saine, elle fait fonctionner régulièrement tous les organes de l’économie : les divers processus de la nutrition — la digestion, la circulation, le travail récrémento-excrémentiticl — s’accomplissent
(i) Defebribus, IX, 10-17, p. 767.
PATHOLOGIE SPÉCIALE DE J. B. VAN HELMONT
normalement, sans laisser de résidu, de corps étranger dans l’économie.
Quand la force vitale est malade, ces processus sont troublés : la digestion souffre, la preuve s’en trouve dans l’embarras gastro-intestinal, par lequel les fièvres débutent si souvent; — la circulation est modifiée, l’état du pouls l’établit suffisamment; — le travail récrémento-excrémentitiel est dérangé; pour s’en convaincre, il suffit d’examiner les urines, les selles, la transpiration cutanée. Il résulte de tous ces troubles une élaboration imparfaite de la nourriture; de là des résidus qui, agissant comme corps irritants et comme causes morbifiques, doivent être expulsés avant que la force vitale ne puisse revenir à son état normal.
De là la fièvre, c’est-à-dire la manifestation de la force vitale troublée. La fièvre ne consiste pas seulement, comme le croyaient les Écoles, dans une succession de froid, de chaleur et de transpiration ; ne voir que cela en elle, c’est se mettre à côté de la question, c’est accorder à des symptômes toute l’importance des causes. Il y a plus que cela à considérer dans cette affection; car les organes de la digestion, de la sécrétion et de la nutrition intime souffrent autant que la circulation et la chaleur animale : l’ensemble de tous ces phénomènes morbides réunis permet seul de se faire une idée juste de la nature de la fièvre.
Telles sont au fond et dégagées de leurs formes imagées, les idées de Van Helmont sur la nature de cette importante affection.