‹ Etudes sur J. B. Van HelmontChapitre 52 sur 116 · III. SIÈGE DES FIÈVRES · texte numérisé non relu

III. SIÈGE DES FIÈVRES

Le siège des fièvres continues est le même que celui des fièvres intermittentes. Aussi voit-on débuter comme continues, des fièvres qui se terminent en intermittentes (1). Elles diffèrent non pas par leur siège, mais par la seule nature de la cause occasionnelle; Van Helmont rejette donc non-seulement la théorie de Galien, mais encore celle de Fernel, qui, comme on l’a vu plus haut, assigne un siège diffèrent aux fièvres continues et intermittentes.

Où faut-il placer le siège unique de ces affections? Selon Van Helmont, la

(i) De /ebribus, X, 1, p. 7G9.

PATHOLOGIE SPÉCIALE DE J. B. VAN HELMONT

question n’est passible que d’une seule solution. Le nid des fièvres se trouve dans les premières voies; il s’étend du pylor jusqu’au foie, par le duodénum, les intestins et les veines mésaraïques, Nidus ergô febrium in primis est ofjicinis ; extendilur scilicet à Pyloro per duodénum, et vasa ibidem midtiplicia, Intestina item, venas Mesenterii , Lienem , usque ad Hepar (i).

Nous ne saurions trop insister sur les idées développées par Van Helmont dans ces lignes. Il nous suffira, pour en faire sentir toute l'importance, de rappeler qu’en 1642— ■ époque à laquelle il publia son traité De Febribus, — le réformateur flamand exprimait des idées qui, proscrites pour le moment, devaient être reprises deux siècles plus tard par Broussais et bouleverser toute la pathologie. Van Helmont prophétisait donc, quand il écrivait les lignes suivantes : Ætas mea , quia perversorum ingeniorum ferax , paradoxum hoc cum aliis multis ridebit. Quod tamen sequens postentas lubens amplexabitur (2).

Mais continuons l’exposition des doctrines du médecin flamand. Il trouvait la confirmation de son opinion sur le siège des fièvres dans les divers symptômes qui caractérisent ces dernières : les nausées, qui se produisent dès le début, surtout à la vue et à l’odeur de la viande et du poisson ; la soif, l’anorexie, la céphalalgie sincipitale, l’hémicrânie gauche, le délire, le sopor, l’insomnie, la sensation de chaleur circa os stomachi, le trouble de la digestion, le vomissement, la coloration de la langue, sa sécheresse, son état fendillé, les renvois acides, les urines nuageuses, etc. — Tous ces signes annoncent une lésion du duumvirat in actione regiminis. La fièvre quarte seule siège dans la rate elle-même et les vaisseaux voisins.

Les fièvres sont d’autant plus à craindre que leur siège est plus rapproché de l’orifice de l’estomac. Il en est de même quand elles résident à la face convexe, et non à la face concave de cet organe, parce qu’il faut un extraordinarium arcanum pour atteindre cette partie (3).

La fièvre quotidienne, comme la fièvre hectique, a son siège dans l’es-

(1) De febribus , X, 5, p. 769.

(a) De Lith., IX, 118, p. 732.

(3) Defebr., X, 4 à 7, p. 769.

PATHOLOGIE SPÉCIALE DE J. B. VAN HELMONT

tomac. Les fièvres des camps et toutes les fièvres endémiques sont plus opiniâtres que les autres, et, le plus souvent, celui qui en est atteint ne souffre pas de la soif. La chaleur y est à peine perceptible, et les malades succombent à la seule anxiété, qui revêt un caractère continu. Cette catégorie de fièvres atteint ultimum stomachi nutrimentum. Nous aurons plus loin l’occasion d’expliquer ce que Van Helmont entend par là.

La peste diffère de toutes les autres fièvres malignes; elle ne siège ni dans des ordures fébriles, ni dans le cruor ; mais elle affecte l’esprit vital par son odeur : c’est ainsi qu’elle pénètre jusqu’à l’estomac. Dans la partie bibliographique, nous avons consacré quelques lignes à bien préciser la pensée de Van Helmont; nous y renvoyons le lecteur. Nous ajouterons seulement ici que le venin de la peste arrivé dans l’estomac, imprime son influence, à la nutrition de cet organe; unde mox vomitus , cephalalgia , sopores, deliria, syncopes, et quœ vitiati oris stomachi consequuntur domi nium (1).

Page 1