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Du régime à prescrire dans les fièvres

J 54 PATHOLOGIE SPÉCIALE DE J. B. VAN HELMONT

n’a jamais pu en triompher par l’emploi de cet agent ; et cela parce que le lavement n’atteint pas le siège du mal (1).

2) Lavement nutritif.— L’usage d’alimenter les malades par l’injection de jus de viandes était, à cette époque, beaucoup plus répandu qu’il ne l’est de nos jours. Van Helmont condamne formellement cet usage : quod profectô intolerandœ stupiditatis est argumentum (2).

Il invoque plusieurs raisons à l’appui de son opinion : les liquides injectés sont répandus dans des organes dont la fonction est de tout transformer en excrément; ces organes ne peuvent pas agir autrement à l’égard des lavements nutritifs. De plus les lavements nutritifs, rejetés deux heures après leur injection, ne ressemblent pas à de la matière fécale ; suivant l’expression de Van Helmont, ils passent à l’état de cadavres, injecta juscula cadaverantur (5). Cela n’est pas étonnant, puisque rien de ce qui n’a d’abord revêtu les propriétés fermentatrices de la première digestion ne peut être absorbé comme aliment; or, ces propriétés préparatoires à la vie, les aliments ne les acquièrent que dans l’estomac. Tout ce qui sort non digéré de ce dernier organe est un corps irritant, et détermine la diarrhée, les coliques, etc. Les substances, passées en lavement, sont réduites à l’état de corps étrangers irritants, et ne se transforment pas en aliments — en un mot cadaverantur — , parce qu’elles manquent du ferment de la digestion vitale. Il s’ensuit que les lavements nutritifs ne méritent pas d’être conservés. Anile ergà inventum enema nutriens (4).

Van Helmont a consacré tout un chapitre de son traité à déterminer le régime le plus avantageux à observer dans les cas de fièvre.

Hippocrate a dit : In morbis acutis, statim tenuissimo victu utendum. Van Helmont se refuse à voir dans ce conseil la prescription d’une diète absolue. On ne peut à coup sûr supprimer les boissons dans le cours des fièvres : detestor in febribus abstinentiam à potu fs). Car

(1) Defebr., VII, 12, p. 763.

(2 ) Loc. cit., VII, 16, p. 763.

(3) Loc. cit.. VII, 16, p. 764.

(4) Loc. cit., Vil, 18, p. 764.

(5) Loc. cit.,X II, 3, p. 772.

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enlever toute boisson à un malade, altéré par la fièvre, c’est appauvrir plus encore le cruor du sang et augmenter la souffrance du patient. Chaque fois que le désir de boire se fait sentir, il faut le satisfaire; de même qu’il faut uriner, quand on en éprouve le besoin. Selon Yan Helmont, l’une de ces actions n’est pas plus naturce consonum que l’autre.

Notre auteur, après avoir admis la nécessité de laisser boire les fiévreux, s’occupe de déterminer les boissons les plus salutaires. Pendant le stade de chaleur, toute boisson tiède ou chaude répugne aux malades; on se bornera alors à leur donner de l’eau froide par petites gorgées — ingradu remisso — sans devoir craindre de répercussion. Pendant le stade de sueur, on donnera des boissons chaudes.

L’eau de source des terrains sablonneux est préférable à l’eau de rivière ou à celle qui jaillit d’un sol boueux. Car cette dernière est déjà mixtœ malignitatis particeps.

On s’est beaucoup occupé de la question de savoir si l’usage du vin est utile ou nuisible dans les cas de fièvre. Pour les Écoles, cette question n’était passible que d’une seule solution : le vin devait être sévèrement proscrit du régime des fiévreux, attendu qu’il a pour effet d’augmenter la calorem præter naturam.Vour elles, le vin est à la fièvre ce que l’huile est au feu.

Selon Yan Helmont, cette manière de faire est tout à fait erronée et contraire aux enseignements de l’observation journalière. Chaque fois que dans les fièvres on prescrit le vin à dose modérée, la convalescence est plus prompte; les forces se conservent mieux et reviennent par conséquent plus rapidement à leur état premier, que chez ceux qui guérissent par les seuls efforts de la nature. La peste en offre un exemple frappant : c’est de toutes les maladies aiguës fébriles celle qui se termine le plus promptement par la mort, à moins qu’on n’administre les sudorifiques et le vin, à l’exclusion de toute médication antiphlogistique proprement dite (saignée et purgatifs). S’il en est ainsi dans une forme aussi grave de la fièvre, multô minus erit vinum auferendum in mitioribus febribus (1).

Les Écoles craignent l’augmentation de chaleur déterminée par l’emploi

(1) De febr XII, 7, p. 775.

Emploi du vin.

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du vin. A leur point de vue, elles ont raison ; mais Van Helmont, après avoir établi, d’une manière irréfutable, que la chaleur loin de constituer l’essence de la fièvre, n’en est qu’un symptôme — per accidens conséquent ■ — ne pouvait pas se rallier à leur manière de faire.

La fièvre et la chaleur sont radicalement distinctes. Ainsi chez l’adulte on observe une fièvre légère et une chaleur brûlante à la peau; — . tandis que chez le vieillard une fièvre mortelle est à peine accompagnée d’une légère élévation de la température de la peau. Si vous augmentez l’élément chaleur par l’administration du vin, il ne s’ensuit pas du tout que vous rendez la malignité fébrile plus grande.

L’inconvénient que le vin détermine chez le malade en augmentant la chaleur animale, est largement compensé par l’augmentation des forces vitales — morborum unicœ médicatrices — - qui suit son administration. Il y a plus : selon Yan Helmont, le degré de chaleur est en raison directe de l’énergie des forces vitales. Ce qui dans l’action du vin effraie le plus les Écoles, est donc un phénomène de bon indice. Car les fièvres les plus graves sont à peine accompagnées de chaleur, et toute fièvre devient froide à l’approche de la mort.

Les Écoles objectaient encore à Yan Helmont, — et cette fois en allant chercher des armes dans ses propres théories, — que puisque la chaleur fébrile est l’effet indignati impetum facientis , il s’ensuit que c’est par le degré de chaleur qu’il faut mesurer l’indignation de l’archée; par conséquent tout ce qui augmente la chaleur fébrile, aggrave la maladie (1). Yan Helmont n’eut pas de peine à répondre à cette argumentation spécieuse. La chaleur fébrile, indice de l’indignation de l’archée, n’est qu’une réaction de celui-ci contre la fièvre, réaction destinée ad expidsionem hostis. Or puisque le vin augmente la chaleur animale, celui qui s’en sert dans les fièvres , juxta conformitatem naturœ medetur (2). Le vin augmente donc la force vitale, et la chaleur qu’il détermine est un agent thérapeutique semblable à la vie et même au moyen , dont l’archée se sert lui-même : calor verà à moderato vino , estmedium simile vitœ

(1) De febr., XII, 10, p. 773.

(2) Loc. cil., XII, 8, p. 773.

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et medio, quo ipse Archeus utitur (1). Van Helmonl ne craint donc pas d’augmenter la fièvre, — comme disent les Écoles — pour que l’archée s’insurge plus fortement ad expulsionem radicis febrilis (2). Si les Écoles désignent cet effet du traitement par les mots auctam febrim , il ne croit pas devoir attacher une grande importance à celte manière de voir.

Le vin offre encore un avantage au point de vue de la thérapeutique des fièvres; il constitue le véhicule le plus convenable pour la plupart des médicaments. Il agit alors non-seulement par lui-même, mais encore en introduisant dans l’économie des moyens copulata sibi, qui agissent ainsi d’autant plus activement, quod Archeum, opérande, sibi consonum habeant (3).

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