‹ Etudes sur J. B. Van HelmontChapitre 57 sur 116 · IL OPINION DE VAN IIELMONT · texte numérisé non relu

IL OPINION DE VAN IIELMONT

Telles étaient les théories universellement admises à l’époque où parut Van Helmont. Elles étaient si solidement établies, que Paracelse lui-même n’avait pas osé les attaquer de front, et qu’il admit toujours dans ses ouvrages le terme de fluxion — de flaxio, fliissen, — impliquant la reconnaissance des théories catarrhales (1).

Il était utile, croyons-nous, de rappeler ces détails, pour mettre dans tout son jour un des plus beaux titres de Van Helmont à la reconnaissance de la postérité. Le premier, il osa s’élever contre ces théories absurdes, qui ne s’appuyaient sur aucune base scientifique. Dans la guerre qu’il avait entreprise contre le galénisme dégénéré, un point aussi important ne

(1) Cat. d-etir., 13, p. 347.

PATHOLOGIE SPÉCIALE DE J. B. YAN HELMONT

pouvait échapper à son atlenlion ; aussi le réformateur flamand s’est-il attaché à battre ces théories en brèche, et l’on doit avouer, après la lecture de son chapitre Ccitarrhi Deliramenta^ qu’il a admirablement réussi dans ses efforts.

Nous ne croyons pas devoir reproduire ici les longues dissertations qu’il a publiées sur ce sujet; elles n’offriraient qu’un faible intérêt historique, attendu que ces théories ne se sont pas relevées des coups qu’il leur a portés. Il nous suffira de dire que Yan Helmont rejette complètement l’idée des anciens sur l’origine des catarrhes : il n’existe pas de vapeur, qui s’élevant de l’estomac au cerveau, se condense dans ce dernier organe, pour tomber plus tard sous forme de pluie muqueuse dans les viscères placés au-dessous. Selon lui, les mucosités sont sécrétées par les organes malades : ex propria cujusque partis idiopathia , sire propria indisposition, fermentis topicis, superinducta, morbi oriuntur (1). Dans les affections bronchiques, caractérisées par la toux et l’expectoration de mucosités, celles-ci sont sécrétées à l’intérieur même du poumon, per violation loci fermentant.

La sécrétion de ce mucus catarrhal, qui était pour les Écoles un phénomène physiologique, est tout l’opposé pour Yan Helmont. Il désigne sous le nom de custodes les facultés qui déterminent la formation du mucus (2).

Quel que soit l’état de l’atmosphère, l’air doit pénétrer dans le poumon et dans l’organe de l’odorat. Le Créateur, accommodant les dispositions des organes et leurs fonctions aux usages et aux besoins de l’économie, plaça un gardien dans les derniers confins du cerveau et un autre dans le larynx. Si nous laissons de côté les images auxquelles Van Helmont a recours pour rendre son idée, nous pouvons exprimer celle-ci plus simplement, en disant que les derniers confins du cerveau (les nerfs olfactifs?) et le larynx sont pourvus d’une faculté spéciale à laquelle Van Helmont a donné le nom de Custos Errans.

Quelle est sa fonction? La voici: chaque fois que l’air extérieur irrite

(1) Cut. délit 4, p. 346.

(2) Cust. Errans , 27, p. 210.

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une partie quelconque des voies respiratoires, cette faculté a pour effet de déterminer la formation d’un mucus, qui sert de tégument et de rempart à la partie blessée : tanquain vestern utque interstitiam (1). L’air sévit dans ce produit nouveau; il y mitige la rudesse de sa première atteinte et le mucus conserve seul le mal causé par l’air, ou recouvre les traces qu’il aurait pu laisser. Le début du coryza le démontre clairement. Dès que l’influence du froid a agi comme cause occasionnelle, on observe dans les fosses nasales et dans le larynx la production d’un mucus qui agit comme protecteur de la membrane malade. C’est à l’action des deux Custodes Errantes que celte production est due. Aussi longtemps que la faculté formatrice du mucus est saine, le Custos Errans triomphe de la fureur de l’air. Mais si par suite de faiblesse, il est incapble de remplir sa fonction, il se borne à fabriquer une grande quantité de mucus, pour détruire tout le mal (2).

Telle est l’idée que Van Helmont se faisait de la production du mucus. Cette opinion, dégagée de toute image, nous paraît être l’expression de la vérité ; elle se réduit à dire que l’influence de l’air extérieur détermine sur les muqueuses la sécrétion d’un produit qui préserve leur surface de l’action irritante de l’air lui-même. Que l’on compare dans tous les cas ces notions nettes et précises, basées sur une observation attentive, aux ridicules propositions du galénisme régnant, nous ne croyons pas qu’on puisse, au sujet des catarrhes plus qu’à celui des fièvres, nier les services éminents que Van Helmont a rendus à la médecine.

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