‹ Etudes sur J. B. Van HelmontChapitre 61 sur 116 · IL ASTHME COMMUN AUX DEUX SEXES · texte numérisé non relu

IL ASTHME COMMUN AUX DEUX SEXES

On peut diviser en deux catégories l’asthme communaux deux sexes :

1) L’asthme sec.

2) L’asthme humide.

Il existe une troisième variété, intermédiaire entre les deux précédentes : 'partim siccum, partimque humidum , quod tenerum pulmonem affectai (1).

Avant d’aborder la description de chacune de ces espèces, nous ferons connaître quelques idées générales, qui peuvent s’appliquer à tous les cas.

1. Nature de Les causes de l’aslhme étaient complètement inconnues aux Ecoles galéniennes du moyen âge. Comme le catarrhe, avec lequel elles le con-

(i) Asthma et Tussis , 65, p. 298.

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fondaient, l’asthme était dû, suivant elles, à la précipitation dans le poumon de mucosités condensées au cerveau.

Yan Helmont, après avoir rapporté plusieurs histoires d’asthmatiques, remarquables surtout par l’esprit d’observation profonde qui s’y décèle, aborde la question de la nature de l’asthme. Pour lui, cette maladie est due à une semence virulente, qui s’est logée dans l’archée d’un viscère quelconque : stat Asthma in semine virulento , quod spiritum alicujus visceris, pro radice atque diversorio, estnactum (1). Cette semence virulente ou, pour s’exprimer plus clairement, cette disposition morbide a pour effet de contracter les pores pulmonaires.

Quant au siège même, au nid ( nidus ) de l’asthme, il se trouve dans le duumvirat, qui régit toute l’organisation humaine. Si la maladie ne siégeait pas dans le spiritum influum , si elle n’avait pas une racine intérieure stable, elle ne se répéterait pas.

En examinant bien la nature de l’asthme, il est impossible de concevoir cette affection établie ailleurs que dans une partie qui gouverne tout le régime du corps. Sous ce rapport, l’asthme a une grande analogie avec l’épilepsie ; à la vérité il n’atteint pas l’intelligence, ne contracte pas les muscles des membres et du tronc, ne détermine pas de syncope. Mais l’action qu’il exerce sur les poumons, en troublant l’archée, est un effet de contraction des tuyaux bronchiques. Il ne manquait à Yan Helmont, pour compléter son assimilation entre l’asthme et l’épilepsie, que la connaissance des fibres musculaires que Reisseisen a découvertes dans les conduits bronchiques au commencement de ce siècle.

L’asthme agit également sur les reins et sur le foie; mais son action sur ces organes n’est pas aussi manifeste que celle qu’il exerce sur le poumon.

Van Helmont conclut son examen sur la nature de l’asthme, en donnant à cette maladie le nom d'épilepsie du poumon : Licet itaque libertate philosophica, Asthma nominare caducum pulmonis (2). Quoiqu’il siège dans le duumvirat et atteigne même l’esprit iotius rector, l’asthme se développe cependant particulièrement — fructificat — dans le poumon, que

(1) Asthma et Tussis, 27, p. 291.

(2) Loc. cit., 29, p. 292.

us

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l’on peut considérer comme son domaine propre; le poumon, suivant l’expression imagée de Van Helmont, se trouve empoisonné par un venin, qui agit sur lui de la même manière que la cantharide agit sur les voies urinaires (1). Ce poison doit attendre pour agir sa maturité et son union à l’esprit totius. Différentes circonstances peuvent hâter sa manifestation : dans certains cas le séjour dans des lieux élevés et chauds suffît pour la déterminer; — dans d’autres l’hiver et les milieux paludéens sont au contraire plus favorables. Quare 'proprie loquendo> ipsum semen est Asthma et caducus pulmonis, licet sileat d,udum (2)*

Van Helmont admet qu’un asthmatique est aussi malade en dehors du paroxysme, que pendant l’accès : eô quod ipsi insit verum Asthma. Ainsi, ajoute-t-il, le poirier reste poirier en hiver, aussi bien qu’en automne, à l’époque où il porte ses fruits (5).

Causes occasion-; L’accès d’asthme est déterminé dans certains cas, chez les sujets prédis-

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tie rasihme. posés, par des odeurs suaves; dans d’autres cas, c’est la tristesse ou la joie, qui constitue la cause occasionnelle. C’est ce qu’on remarque surtout dans la variété d’asthme propre aux femmes (hystérie). Van Helmont a soin d’ajouter qu’il ne considère pas ces circonstances comme la cause même de la maladie, puisque chez beaucoup de sujets elles sont grala et innoxia , L’action particulière de çes agents, dans certains cas, dépend, selon lui, d’une fureur spéciale de la folie utérine.

Les ouvriers en métaux, les doreurs, etc,, sont d’ordinaire facilement atteints d’asthme, parce que le gaz inspiré avec l’air vicie la muqueuse du larynx et des bronches, trouble ainsi la période ultime de la digestion de ces parties, c’est-à-dire le travail intime de la nutrition. Il s’ensuit que l’aliment, loin d’être assimilé, dégénère en produit excrémentiliel, et si celui-ci n’est pas expulsé, il oblitère les conduits aériens.

Tout gaz nuisible inspiré trouble la digestion du poumon; il résulte de ce trouble des produits de nutrition imparfaite de cet organe, qui agissent à leur tour comme causes morbides. Or, quand le poumon a succombé à

(1) Jsthma et Tussis , 29, p. 292.

U) Lac. cil., 33, j>. 292.

(3) Loc. cit ., 51, p. 292.

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l’action de ces causes morbides, de ces venins, l’asthme ne tarde pas à paraître.

Dans un cas rapporté par Van Helmont, l’accès d’asthme était déterminé parle séjour prolongé au lit; il cessait dès que le malade se levait.

La marche sur un plan ascendant détermine, dans le plus grand nombre des cas, un accès d’asthme. Les Écoles avaient déjà cherché à expliquer ce fait, en ayant recours à leurs théories humorales. Nous croyons pouvoir passer ici leurs explications sous silence. Ge sont, comme toujours, des rêveries. Nous nous bornerons à dire que, pour elles, tout mouvement de sa nature fait naître des fuliginosités dans le poumon ; et que plus le mouvement est fatigant, plus la quantité de fuliginosités produites est grande. Or, le mouvement ascensionnel étant évidemment plus fatigant que le mouvement sur un terrain horizontal ou déclive, il s’ensuit qu’il y a formation plus abondante de fuliginosités dans toute montée ; et pour expulser celles-ci, il faut une respiration accélérée. De là l’asthme.

Nous ne suivrons pas Van Helmont dans la longue réfutation qu’il a faite de cette doctrine imaginaire. Selon lui, il doit exister une autre cause en vertu de laquelle le thorax se resserre, le cœur palpite et la gorge se dessèche. Il croit aliquod omnibus Asthmatieis subesse pulmonis vitium (1), et que c’est à l’influence de ce vice encore inconnu qu’on doit attribuer la gêne de la respiration pendant la montée. Il est possible, du reste, que d’autres causes accessoires interviennent encore ici. Ainsi Van Helmont se demande si les muscles cruraux, plus énergiquement contractés par la montée et comprimant par suite plus fortement les artères, ne sont pas en partie cause de l’oppression? Dans ces mouvements, les muscles ne compriment-ils pas alternativement les artères de manière à modifier la circulation sanguine et, par suite, à gêner la respiration?

D’autre part, dans toute marche ascensionnelle, on retient sa respiration plus que dans la descente; c’est là un phénomène qui est constant chaque fois que l’on fait un effort.

En troisième lieu, lorsqu’on monte, à chaque pas la respiration est

(1) Asthma et Tussis, 56, p. 296.

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interrompue, comme si on disait : Ha! ha! ha! — tandis que dans la marche piano, il n’y a qu’un seul ha!

Van Helmont, plus sincère que ses prédécesseurs les galénistes des Écoles, a la franchise de reconnaître qu’aucune de ces raisons ne répond encore à la question : Car motus acclivis lardior anhelel , non autem declivis celerior (1).

3. Divfsion. Nous allons faire connaître maintenant quelques particularités sur chacune des deux espèces d’asthme admises par le médecin flamand. i» Asthœe sec. 1° Asthme sec. — Cette variété est celle qui mérite h juste titre le nom à' épilepsie du poumon. Dans l’asthme sec, l’archée universel du corps est atteint dans sa racine et la lésion d’un organe (utérus, rate, etc.) détermine la maladie de l’archée pulmonaire, spiritum innatum pidmonis.

Il s’ensuit qu’il existe une différence considérable entre l’asthme sec et la toux ; aussi les Écoles se sont-elles trompées, en appliquant le même traitement à ces deux états (2). Van Helmont en parlant de la toux , n’indique spécialement aucune maladie; dans tout le cours de son ouvrage, il donne ce nom à toutes les affections bronchiques et pulmonaires chroniques qui s’accompagnent de toux et d’expectoration ; il en exclut seulement la consomption, qu’il considère comme le résultat d’affections pulmonaires ou bronchiques mal soignées et dégénérées.

Il a observé différents cas d’ictère se compliquant d’asthme sec, et croit pouvoir rattacher ce dernier à l’ictère par un rapport de causalité; il explique sa pensée, en donnant comme cause de l’affection bilieuse l’influence d’un venin ou d’un produit dégénéré de sécrétion, qui irait aussi irriter le poumon (3).

isthme humide. 2° Asthme humide. — L’asthme humide au contraire, par opposition à l’asthme sec, est dû à une affection localisée dans le poumon. Quoiqu’il détermine souvent la toux pour expulser les mucosités produites, sa cause première réside dans la toux. Nous avons dit plus haut ce qu’il faut entendre par ce mot dans le style de Van Helmont.

(1) Asthma et Tussis, 56, p. 296.

(2 ) Loc. cil., 60, p. 297.

(3) Loc. cit., 64, p. 298.

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La cause accidentelle est diverse : tantôt cette variété d’asthme est due à une vomique existant dans le poumon ; — tantôt à la production d’un phlegme muqueux, qui obstrue les bronches ; — tantôt à l’impression du froid ou d’une autre cause externe, qui donne naissance à des mucosités, en altérant la nutrition pulmonaire; ■ — dans d’autres cas enfin, c’est moins à l’état morbide du poumon qu’à la faiblesse du Custos Errans, qu’il faut attribuer la production de ces mucosités. C’est ce qui arrive notamment chez les ouvriers en métaux et chez ceux qui respirent des vapeurs d’eau forte. Chez ces sujets, l’action de ces agents affaiblit considérablement le Custos Errans , et le poumon est obligé de puiser dans ses propres éléments, pour en retirer des mucosités dont la présence entretient une irritation continuelle (1).

5° Asthme mixte. — Il existe encore une troisième variété d’asthme, s- Asthme mixte. partim siccnm, partim humidum, qui est due à quibusdam endemicis injuriis, et s’attaque surtout aux poumons affaiblis.

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