III. TRAITEMENT DE LA PLEURÉSIE
Le traitement de la pleurésie était basé par les Écoles sur l’idée purement théorique qu’elles admettaient, que le sang de la veine azygos est la cause du mal. Elles instituaient la phlébotomie comme un moyen de retirer de cette veine le sang, causa proxima immediata et conlinens (2).
Pour quelques auteurs cependant, l’effet utile de la saignée consistait dans la dérivation obtenue par son emploi. Nous ferons ressortir plus tard
(1) Pleur, fur., 18, p. 520.
(2) Lor. cit., 7, p. 518.
tout ce que la théorie de la révulsion et de la dérivation avait d’absurde, entendue comme la comprenaient les Anciens. La saignée générale, pratiquée dans la pleurésie, n’agit pas comme dérivatif et révulsif; mais elle agit en diminuant la masse du sang et les forces de l’économie. La nature, effrayée de cette déperdition, cesse alors d’envoyer un nouvel excès de sang à la plèvre (1). En un mot, la phlébotomie n’a d’autre puissance qu’une puissance privative. Phlebotomia privationis tantum vim habet (2).
La saignée n’est pas le moyen curatif de la pleurésie; Van Helmont, pour faire saisir son idée, s’est servi de son langage métaphorique habituel. Comme nous l’avons dit plus haut, il compare la pleurésie à l’inflammation d’une partie, dans laquelle se trouve une épine. Le traitement dans ce dernier cas consiste non dans la saignée, mais dans l’extraction du corps étranger; il en est de même dans la pleurésie. Denique sicul apostema, natum ab infixa digito spina, non nisi lemerè curatur per venœ sectionem : sed propter solamspinœ evuîsionem sanationem promiltit : ita contingit in Pleurilide (3).
La pleurésie est due, suivant notre auteur, à un acide anormal du sang, qui se dépose en un point de la plèvre. Mais le sang que l’on relire par la saignée générale, ne peut empêcher le dépôt de cet acide (4).
Par le traitement qu’elles instituent au moyen des saignées générales,, les Écoles n’aboutissent qua diminuer considérablement les forces du malade : comme si, après avoir abattu les forces, on pouvait avoir encore quelque espoir de guérison, alors que le malade est réduit à l’état le plus triste (5). C’est ce qui n’arriverait pas si, négligeant la phlébotomie et se bornant à conserver le baume de la vie et les forces de la nature, les Écoles s’attachaient à enlever l’épine, cause de tout le mal.
La pleurésie, guérie parla saignée, est plus disposée à revenir et laisse plus fréquemment la phthisie comme suite. Van Helmont attribue surtout
(1) Pleur, fur., 8, p. 318.
(2) Loc. cit 16, p. 519.
(3' Loc. cit., 15, p. 519.
(4) Loc. cit., 17, p. 519.
(5) Loc. cit., 31, p. 321 .
cet effet à l’esprit systématique de ceux qui appliquent la saignée; ils ont une confiance extrême dans ce moyen et négligent complètement le traitement de l’épanchement qui s’est formé; or, la guérison de ce dernier est abandonnée aux seules forces de la nature, absque adjulorio, restaurante characterem ibidem morantem (1).
Il y a dans le traitement de la pleurésie deux indications à remplir : il faut d’abord et avant tout enlever à l’archée sa propriété acidifiante (2). Il faut ensuite s’occuper de faire disparaître l’apostème ou l’épanchement ; car celui-ci une fois formé persiste par lui-même comme cause morbifique, même quand il n’est plus entretenu par un vice de l’archée; — il faut, comme dit Van Helmont, arracher cette épine du corps. Semel formato apostemale vel ulcéré, licet à tergo nec radicem in corpore sint nacla, nec aliunde foveantur, per se stant deinceps, suhsistuntque absque alia sui tutela. Incumbendum ergo spinœ evellendœ (5).
La pleurésie a, par elle-même, une tendance naturelle vers la guérison ; mais l’état phlegmasique aigu passé, il faut pour achever le traitement, combattre l’épanchement amené à la suite d’un trouble de la nutrition de cette partie.
Van Helmont, adversaire convaincu de la saignée comme on vient de le voir, admet cependant qu’elle est très-utile quand elle est pratiquée dès le début de la pleurésie; alors, suivant lui, elle arrête l’hémorrhagie et les malades s’en trouvent bien. Mais plus tard, quand l’épanchement s’est déjà formé, la saignée non-seulement ne fait plus de bien, mais elle dispose à la phthisie et à la rechute, en affaiblissant le malade.
Les remèdes employés par Van Helmont, dans les cas de pleurésie, sont des diaphoniques ; ces agents lui paraissent de nature à calmer l’archée, à détruire l’acidité du sang et à amender les symptômes de la pleurésie; de plus, ils facilitent grandement la résorption du liquide épanché : Hujusmodi namque præsidia, Archeo arnica , atque domestica naturœ humanœ, causam immediatam in Archeo corrigunt , tolluntque a corem,
(0 Pleur . fur., 24, p. 320.
(2) hoc. cit., 17, p. 319.
(s) Loc. cit., 21, p. 520.
PATHOLOGIE SPÉCIALE DE J B. VAN HELMONT
et ad diaphœresin disponunt cruorem, dolorem pacant, quia acidita tem exlinguunt. Ablato quoque acoris fermento , résolvant quantum possunt cruoris extravenati reliquumque, neglecta puris destinatione , tempestiva dejiciunt per tussim (1).
Parmi ces moyens il préconise la poudre de la verge du cerf ou du taureau, le sang du bouc, le suc de la chicorée, les fleurs de pavot sauvage; il accorde surtout une a’ès-grande valeur au sang de bouc, recueilli convenablement (2).
Quant à tous les loochs de peuplier blanc, de poumons de renards, etc., que préconisaient les Écoles, il ne leur accorde aucune importance.