‹ Etudes sur J. B. Van HelmontChapitre 72 sur 116 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

DE LA LITHIASE.

I. EXAMEN CRITIQUE DE l’oPINION DES ÉCOLES SUR LA GENÈSE DES CALCULS.

Van Helmont, dans tout le cours de son traité De Lithiasi , se sert du mot Duelech, emprunté à Paracelse, comme synonyme de calcul. Le médecin suisse lui avait donné ce nom bizarre, parce que ce corps n’a pas d’analogue dans la nature.

Les Écoles avaient sur la genèse des calculs des opinions tout aussi inadmissibles au point de vue d’une critique scientifique sérieuse que celles qu’elles professaient sur la plupart des autres maladies. D’après elles, la lithiase serait due à une cause externe. La substance du calcul est une espèce particulière de mucilage, qu’elles ont baptisée du nom de vis cidam sive mucosam pituilam. C’est à l’influence de la chaleur animale qu’elles attribuent la formation de cette matière.

Elles se sont laissé induire en erreur par les apparences. En effet, elles ont vu des urines troubles dans les cas de calculs vésicaux, et se sont dit : voilà la causam proximam atqne continentem calculi (2). Elles prenaient, comme presque toujours, l’effet pour la cause. Le nuage, qui trouble les

préparation que Van llelmonl prescrit pour obtenir celte substance : Est nimirum mercurius vulgi, à quo liquor Alkahest sernel distillatus est , residetque in fundo coagulatus et pulverabilis, nequicquam in pondéré auctus aut diminutus, à quo pulvere cohobanda est aqua albuminum ovorum , donec coralli colorent acquisiverit. ( Arcan . Paracelsi , p. 628.)

(1) Volup. viv. morb. autiq, put., 31, p. 316.

(2) De Lithiasi, II, 4, p. 664.

urines des calculeux, loin d’ètre la cause de la formation des calculs, en est au contraire l’effet; son existence permet de supposer la présence d’un calcul. Non est ercjo ista mucago , materia calculi ex qua : sed hujus Ingubris effectus (1). Car la vessie est troublée dans sa digestion par suite de la présence du calcul, corps étranger pour elle; comme conséquence de ce trouble fonctionnel, elle perd une partie non digérée de sa nourriture. Il en est de même, du reste, quand il existe une paille dans l’œil; on observe alors une certaine irritation, qui se traduit par du larmoiement, du spasme blépharique, etc.; cependant personne ne songe à admettre que les larmes sont la cause de la paille.

Il est absurde d’attribuer la formation des calculs à l’évaporation de l’urine dans la vessie, sous l’influence dé la chaleur animale; car il est établi nil unquam in vesica posse exsiccari , aut arescere^ quamdiu vivitur (2). Il aurait suffi, du reste, pour s’en convaincre, d’évaporer l’urine : on aurait vu que la matière, laissée comme résidu, loin d’offrir les caractères du calcul, n’est qu’un tophns aliquis friabilis (3).

Ce qui avait amené les Écoles à admettre que la dessiccation de l’urine se faisait dans la vessie sous l’influence d’un excès de chaleur animale, c’est que les malades se plaignent assez généralement d’éprouver dans les lombes une sensation assez vive de chaleur. Mais ce symptôme est encore l’effet du calcul, ainsi que dans le doigt pénétré par une épine, la chaleur provient de l’épine, et non pas l’épine de la chaleur.

Après avoir établi dans le second chapitre de son ouvrage, que l’opinion des Écoles sur la cause de la Lithiase est tout à fait erronée, Van Helmonl expose dans le chapitre suivant les recherches auxquelles il s’est livré, pour arriver à la connaissance de la composition de l’urine et avoir ainsi un point de départ stable pour l’étude de la formation du calcul. Ces recherches sont extrêmement intéressantes au point de vue de l’histoire de la chimie; mais comme elles n’offrent pour le médecin qu’un intérêt pure-

(1) De Lithiasi , II, 4, p. 6G4.

(2) Loc. cit., 7, p. 663.

(3) Loc. cit.

ment physiologique, nous nous bornons à appeler l’attention des physiologistes sur ces expériences.

Cette étude, du reste, offre encore un autre attrait. Elle nous montre Van Helmont entouré de mille difficultés de détails, harcelé par les Écoles qui prétendaient être en possession de la vérité, poursuivre cependant avec une ardeur admirable ses -recherches purement scientifiques. Le dévouement a toujours quelque chose de noble et de sympathique; et quand ce dévouement s’applique à un sujet purement scientifique, qui ne peut se traduire par aucune rémunération matérielle, et ne trouve sa récompense que dans le sentiment d’avoir accompli son devoir, il inspire un respect plus grand encore pour l’homme qui en est animé. Plusieurs fois dans le cours de ses recherches, Van Helmont fut saisi de découragement ; il quitta son laboratoire, désespéré de ne pouvoir arriver à réédifier, là où il avait détruit; mais chaque fois sa vocation triompha des difficultés qu’il rencontra et chaque fois il se remit au travail avec une nouvelle ardeur.

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