‹ Etudes sur J. B. Van HelmontChapitre 73 sur 116 · II. OPINION DE VAN HELMONT · texte numérisé non relu

II. OPINION DE VAN HELMONT

Le résultat de ses recherches sur la formation des calculs peut se résumer en deux mots. La présence de trois agents est nécessaire dans l’urine pour la formation du calcul : l’acide urique (esprit d’urine), l’eau-de-vie (esprit coagulaleur) et le ferment qui décompose l’urine. Itaque reperi polenlialem aquam vilœ humano lotio inlimam, eamque lenam, inter spirilum coagulatorem, et spiritum putre factum, coaguli prœfati susceplorem... Ergo tria insunt lotio humano , quœ concurrere est necessum (i).

Quant au calcul même, c’est un produit anormal du sel urinaire (urée), qui n’a pas d’analogue dans l’univers, par la raison que l’urine n’existe jamais en dehors du corps de l’homme. Didiceram aulem hactenus, Duelech esse coagulalum anomalum, à sale urinario natum , qui sihi parem m tolo universo non haberet : eô quôd extra hominem,nuspiam reperialur urina humana (2). On a vu plus haut, du reste, que le calcul

(1) De Litfi.,m, 43, p. 676.

(?) hoc. cil., III, 32, p. 674.

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avait reçu de Paracelse le nom bizarre de Duelech, parce qu’il n’a pas d’analogue dans la nature.

Paracelse avait une opinion très-fausse sur la genèse du calcul. Admettant les idées de Basile Valentin, le moine alchimiste du xve siècle, il croyait à la préexistence dans les veines d’un mucilage larlré, comme matière première du calcul (i), et il ne voyait dans la formation de ce dernier qu’un phénomène analogue au dépôt de tartre dans le vin.

11 y a cependant une immense différence entre ces deux phénomènes. Dans ce dernier cas, en effet, il y a un simple dépôt d’un produit déjà existant dans le vin; tandis que dans la formation du calcul il y a plus qu’un dépôt, il y a une formation nouvelle : in Duelech constiluitur novum ac neutrum ens (2). Ejusmodi associatio non est nuda parlium qucedam commistio : sed unitatis indissolubilis connubium , substanlialis quœdam transmutatioj entis novi productio, ab agente et patiente, in corpus neutrum (3).

Van Helmont insiste beaucoup sur ce dernier point, ce qui n’a rien d’élonnant, attendu qu’il professait une opinion généralement rejetée à celte époque, et qu’il devait par suite développer avec plus de détails.

L’urine contient, il est vrai, les principes essentiels à la formation du calcul, mais quoiqu’elle renferme en elle la semence et la matière du calcul, elle n’en est cependant pas la matrice; elle n’est que la matrice de la semence calculeuse. Il lui manque le ferment, qui fait germer celle semence : In lotio quidem inest apta materia inestque semen pro Duelech; indiget saltem acluante et excitante fermento, quod semen g eumiinare procure t (4). Le calcul existe donc dans l’urine : Ut ens in potentia , quod prorumpit in aclum , dum lotii sive prioris entis cor ruptio imminet (5). C’est le rein qui conçoit le ferment corrupteur de

(1) De Lit h., V, 6, p. 685.

(2) Loc . oit. . IV, 5, p. 677.

(3) Loc. cil., III, 3, § 8, p. 669.

(4) Loc. cil.. Y, 6, p. 683.

(5) Loc. cil., -Y, 6, p. 68î.

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l’urine, c’est-à-dire celui qui détermine la formation du calcul : Lolii fermentum corruptivum est excitativum seminis (i).

11 ne suffit donc pas d’accuser le liquide urinaire comme produisant les calculs; il faut remonter plus haut pour trouver la cause de celle affection. Necesse est loca esse , quibus res fiant, antequam nascantur, idque tam j)7'ioritate locorum, quàm 'moluum (2). Il faut chercher, en d’autres termes, quelle est la cause initiale de la disposition calculeuse, après avoir établi quelles sont les conditions sous l’influence desquelles se produit le calcul. C’est ce que Yan Helmont appelle rechercher YtUérus du calcul.

La génération de ce produit suit nécessairement les lois des générations des autres corps naturels. Or, toutes les générations séminales sont les œuvres de l’archée et présupposent deux conditions : une disposition particulière de la matière et son acheminement progressif vers la maladie complète. Semper credidi, generationes séminales fieri è dispositione maieriœ, hujusque perfectionempaulalim introduci, opéra Archei (3).

Il en est ainsi pour le calcul. Sa disposition préparatoire est insensiblement amenée, et lorsqu’elle est arrivée à un certain degré, la maladie se produit instantanément. Le point de départ de celle-ci se trouve dans une mauvaise disposition de l’archée. Celte indisposition a pour effet l’expulsion d’une urine claire; elle apporte un obstacle à la coclion ou à la digestion du produit de la sécrétion rénale, c’est-à-dire à sa promotionem ad urinalem perfectionem (4). 11 n’y a pas encore de graviers, mais seulement un sédiment très-ténu. Peu à peu cependant ce sédiment s’accumule et le calcul se trouve formé : Duelech sensim in majora grana firmatur (3).

L’utérus des calculs n’existe donc pas seulement dans les reins. Yan Helmont compare sous ce rapport l’action du rein dans la formation

(i) De Lith.,\ , 6, p. 683.

{2)1.00. et*., VI* 1 , p. 688.

(3) Loc. cil., VI, 4, p. 688.

(4) Loc. cil., VI, 10, p. 680.

(5) Loc. cit., VI, 10, p. 680.

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de l’urine à l’action de cet organe dans la formation du calcul; l’urine existe déjà en substance dans le foie et le mésentère ; le rein a pour fonction de séparer cette urine du cruor, en un mot de la sécréter. 11 en est de même pour le calcul, qui, loin de naître dans le rein, ne fait que s’y manifester (1). Pour exprimer la pensée de Yan Helmont, en d’autres termes, nous dirons que l’auteur ne considère l’action du rein dans la formation du calcul, que comme une phase du développement de ce dernier.

Symptômes. Yan Helmont, après avoir exposé ses idées sur la nature de la lithiase, examine l’importance de quelques-uns des symptômes de celle affection.

Celui qui devait le premier attirer son attention est la douleur que ressentent les calculeux. A quelle cause faut-il l’attribuer? Nous trouvons, ici encore, Van Helmont en opposition avec les opinions reçues par les Écoles. Jusqu’alors on attribuait la production de cette douleur au passage des graviers. Selon le médecin brabançon, au contraire, elle provient de la contraction spasmodique des voies expultrices. Il rejette l’opinion des Écoles parce qu’il a vu parfois l’expulsion d’un gros calcul accompagnée de moins de douleur que celle d’un petit. La douleur naît parce que l’archée, voulant expulser l’ennemi, envoie une grande quantité de liquide dans les reins pour les nettoyer; il se produit donc des contractions dans toutes les veines rénales ; les intestins participent à cet effort expulseur, et la douleur existe comme résultat de la contraction dans toutes ces parties. Volens Archeus hostem eluere, et excusare instantem paroxysmum , accersil undecunque omnem laticem et ad eluendum renes, demittit. Contrahuntur eryo venœ in calculosis renibus, consentiuntque intestina, alque dolorem colicum ideà menliunlur , o b consens um (2).

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