‹ Etudes sur J. B. Van HelmontChapitre 84 sur 116 · I. EXAMEN CRITIQUE DES OPINIONS ADMISES AVANT VAN HELMONT · texte numérisé non relu

I. EXAMEN CRITIQUE DES OPINIONS ADMISES AVANT VAN HELMONT

Après avoir exposé les opinions professées par Yan Helmont sur la nature de la maladie, il nous reste à faire connaître ses principes thérapeutiques.Toutefois, nous commencerons, pour mieux faire ressortir à ce sujet les mérites du médecin flamand, comme nous l’avons fait pour la partie pathologique, par exposer l’état de la thérapeutique médicale au moment où Yan Helmont publia ses ouvrages.

. L’étude des propriétés thérapeutiques des médicaments avait été complètement négligée depuis Dioscoride. Tous les naturalistes qui s’étaient occupés des plantes ( Mathiolus , Tahernœmonlanus, Brasavolus, etc.), s’étaient bornés à décrire les propriétés physiques des herbes (1), et quant à leurs vertus pharmacodynamiques, ils avaient trouvé plus simple de les transcrire des ouvrages de Dioscoride (2).

Rembert Dodoneus (s) est le seul qui se soit efforcé de compléter nos connaissances à ce sujet. Assisté de quelques amis, il fit de nombreuses expériences qui lui permirent d’ajouter à la science un contingent assez

(1) Van Helmont comprend aussi dans le mot herbes, les arbres et les fruits : Enimvero subler censurn herbarum , arbores ac frutices quoque intelligo. ( In verb ., fierb. et lap., p. 461.)

(2) P/iarmacop. ac Dispensator. modem. ,9, p. 368.

(3) Né à Malines, en 1318, mort à Leyde en 1583.

riche de faits nouveaux. Cependant tout ce qu’il publia à cet égard est encore très-vague et très-incertain; en effet, il a puisé le plus souvent ses renseignements, non dans l’observation scientifique, mais dans les contes populaires ou dans des observations et des expériences incomplètes.

Pour montrer jusqu’à quel point les Écoles galéniennes du moyen âge poussaient le manque d’esprit critique scientifique en matière de thérapeutique, il nous suffira de rappeler qu’elles préconisaient beaucoup les poumons de renard contre toutes les maladies des organes thoraciques. Or, l’unique raison qui déterminait la vogue de ce moyen, c’est que le renard étant infatigable pendant la vie, les Écoles s’imaginaient que les poumons conservent cette propriété après sa mort et la transmettent à ceux qui les mangent (î).

11 en était de même de certains médicaments préconisés contre la paralysie : on attribuait une grande vertu au cerveau du lapin et du lièvre, quod veloces sint cursu (2). La verge de cerf était aussi recommandée dans les cas d’anaphrodysie, parce que le cerf est l’animal le plus lascif, — eo quod fera salacissima (3).

Il estsurperflu de dire, pensons-nous, que Van Helmont ne fait mention de ces absurdités que pour en faire un sujet de raillerie contre les Écoles qui y ajoutaient foi. Pourquoi donc, leur dit-il, ne préparez-vous pas des loochs avec la queue du cheval, qui, pendant l’été, est continuellement en mouvement pour chasser les mouches? — Vous disposeriez ainsi d’un médicament bien plus puissant encore que celui que vous trouvez dans les poumons de renard.

On comprend que la science médicale engagée dans une voie semblable 11e pouvait faire aucun progrès en thérapeutique. U fallait la faire sortir de cette impasse avant de songer à asseoir la pharmacodynamie sur des bases sérieuses. Van Helmont le comprit; et faisant table rase de ces absurdités, il en appela à l’observation des effets des médicaments, comme seul moyen de faire progresser la science thérapeutique.

(1) Pleura furens, 30, p. 321.

THÉRAPEUTIQUE GÉNÉRALE DE J. B. VAN HELMONT. 191 II. l’observation est la seule source de nos connaissances en pharmacodynamie.

L’observation, mais une observation attentive et longtemps prolongée, nous permet seule de juger quelles sont les propriétés réelles des agents médicamenteux (i). Il n’existe aucun moyen de connaître à priori quelle est l’action pharmacodynamique d’une substance : car aucun rapport rationnel 11e relie la maladie au remède. En effet, qu’a de commun la pleurésie avec le sang du bouc, la verge du taureau, et les autres médicaments si utiles dans celte maladie, demande Van Helmont? C’est le hasard seul qui conduit à la découverte des propriétés médicamenteuses des herbes : credo Deum dare scientiam simplicium, cui nuit ; ex gralia supernalurali : non aulem per signa naturce (2).

Les Écoles avaient cru évidemment trouver la clef de la connaissance des propriétés thérapeutiques dans la saveur dont elles sont douées : Scholœ enim, per sapores, sive gustus, introïtum ad simplicium scientiam promiserunt (s). Elles admettaient que les propriétés médicinales des herbes varient avec la saveur de celles-ci, et que l’on peut connaître d’avance et à priori ces propriétés d’après la saveur âcre, amère, saline, douce, astringente, acide et insipide. Mais les observations des Écoles ellesmêmes ont renversé cette prétendue base de nos connaissances thérapeutiques. Ainsi elles admettent que Xamarum développe de la chaleur; cependant elles rangent l’opium, substance très-amère, dans la catégorie des frigida. Nous n’avons donc plus à nous occuper de ces idées purement théoriques.

En voyant les Écoles méconnaître à ce point la nécessité d’une observation attentive, on n’est plus étonné de constater qu’elles aient enseigné sur la nature des propriétés des médicaments et leur mode d’action des propo-

(1) Van Ileimont désigne les propriétés pharmacodynamiques des remèdes par le terme saveurs, — sapores. II distingue donc deux espèces de saveurs dans les plantes médicinales : la saveur âcre, âinère,etc., qui se perçoit par le sens du goût; et une saveur spéciale, spécifique— sapor specifictis — , qui ne se manifeste pas au goût, et n’est autre, en dernière analyse, que la propriété pharmacodynamique. ( Potest . tnedicamin., 12, p. 379).

(2) Pharmacop. ac Dispensât, modem. ,3, p. 367.

(î) Loc. cit., 13, p. 369.

m THÉRAPEUTIQUE GÉNÉRALE DE J. B. VAN HF.LMONT.

silions aussi incomplètes qu’erronées. Elles attribuaient toutes les propriétés des médicaments à une action directe, d’ordre physique ou chimique, produite par les qualités de ces substances sur l’économie animale. Ainsi, les réfrigérants agissent en vertu de leur température peu élevée, les corps qui nous réchauffent doivent cette vertu à la qualité opposée, et ainsi de suite (î). Telle était l’opinion généralement admise par les Écoles galénistes du moyen âge sur le mode d’action des médicaments.

Depuis peu, Paracelse avait cherché à substituer à cette doctrine une théorie nouvelle en rapport avec celle qu’il avait publiée sur la nature de la maladie. De même qu’il attribuait la production de celle-ci à l’influence des corps célestes sur l’organisme humain, il rapportait aussi aux signes du zodiaque les propriétés utiles des herbes médicamenteuses. Nous nous bornons à signaler cette rêverie de l’alchimiste suisse.

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